Le bureau de mariage de M. Ali – Farahad Zama

Couverture Le bureau de mariage de M. Ali

Quatrième de couverture

« Comment s’occuper à la retraite, surtout si l’on a du bon sens à revendre ? Ouvrir une agence matrimoniale, bien sûr ! Aussi, M. Ali, originaire de la ravissante ville de Vizag, dans le sud de L’inde, voit-il son affaire prospérer sous les regards attentifs de son indomptable épouse et d’Aruba, son assistante hors pair. Si la plupart de leurs clients s’en retournent satisfaits, des problèmes ne s’en profilent pas moins à l’horizon… Une comédie tendre et joyeuse sur le mariage et l’amour dans l’Inde d’aujourd’hui, entre tradition et modernité. Une version à l’orientale d’Orgueil et Préjugés, d’où il ressortira que l’amour sincère ne s’avoue jamais vaincu. »

Mon avis

Pour faire court

Les points positifs : un sujet très intéressant, des personnages attachants, des explications et des connaissances apportées par l’auteur, un rebondissement final qui m’a beaucoup plu.

Le point négatif : l’évocation d’un ou deux personnage pas forcément nécessaire.

Une première pour moi

Jusqu’au Bureau de mariage de M. Ali, je n’avais jamais lu une oeuvre écrite par un auteur indien. Notre culture et la leur sont vraiment différentes et j’ai toujours eu peur de ne pas accrocher à l’histoire, de ne pas me retrouver dans les personnages ou d’être stupéfaite par les pratiques que je découvrirais. Mais je me trompais sur toute la ligne ! Bien évidemment, la différence de culture est bien là, mais cela ne m’a pas dérangé. Au contraire, j’ai même adoré découvrir la façon dont les mariages s’organisaient en Inde. J’avais déjà regardé un reportage à ce sujet et j’y avais « appris » que tous les mariages étaient forcés et que personne n’était vraiment satisfait de la situation. Grâce à ce livre, écrit par un indien, j’ai découvert que beaucoup de jeunes considèrent cette situation comme normale et refuse catégoriquement de se marier par amour. C’est le genre de livre qui vous ouvre les yeux sur le monde et qui vous font oublier que notre manière de vivre, de s’habiller, de penser, de manger n’est pas la meilleure et qu’elle ne doit pas être imposée à quoique ce soit.

Des personnages sympathiques

Le plus gros point fort de ce livre est que l’histoire tourne autour de trois personnages centraux : M. Ali, Mme Ali et Aruna. Dès les premières pages, je me suis attachée à Mme Ali. C’est une femme forte qui tient tête à son mari quand il se montre trop déraisonnable. Mais c’est également une femme simple, qui profite de ses vieilles années comme elle le peut. Son mari, lui, est plus ambitieux et bien qu’il soit à la retraite, il décide de créer une agence matrimoniale. Au début, j’avais un peu peur que M. Ali soit trop arrogant, trop attiré par l’argent, mais quand on apprend à le connaître au fil des pages, on se rend compte qu’il est très sympathique, qu’il ne veut que le bonheur de sa famille et il prend également plaisir à trouver un époux à toute personne qui se présentera dans son agence. C’est un petit couple très attachant dont j’ai aimé découvrir l’histoire.

Le troisième protagoniste est Aruna, la secrétaire de M. Ali. Je me suis tout de suite attachée à elle. Cette jeune femme doit travailler pour aider ses parents financièrement et elle se consacre peu à la recherche du mari parfait – comprenez de la même caste, de la même religion et ne demandant pas un grande dot. Elle sacrifie sa vie personnelle pour soutenir ses parents et sa soeur. Elle est admirable. C’est également elle qui m’a fait passer par tout un tas d’émotions : la joie, la tristesse, la surprise… J’espérais qu’à la fin, elle trouverait son bonheur et je n’ai pas été déçue !

Une plume très légère

Ce livre a beau faire 392 pages, je n’ai pas eu l’impression d’avoir lu autant. La plume de l’auteur est si légère, si fluide que l’on tourne les pages sans même s’en rendre compte. Les enchaînements dans l’histoire semblent si naturels que les chapitres défilent à une vitesse folle. En fait, il n’y a pas d’énormes péripéties ou de retournements de situation. On découvre parfois des choses de la vie quotidienne et c’est comme si on regardait un reportage sur la vie de M. Ali. Les choses s’enchaînent vraiment naturellement et c’est ce que j’ai principalement aimé. J’adorerais lire une autre oeuvre de cet auteur.

J’ai beaucoup aimé la fin de ce livre. Que ce soit pour Aruna, M. Ali, sa femme et son fils, je trouve que toutes leurs histoires se concluent très bien. C’est même assez émouvant et j’étais heureuse de quitter ces personnages parfaitement heureux de leur situation.

Un seul petit bémol

La seule chose que j’ai trouvé dommage, c’est qu’on évoquait parfois des sujets ou des personnages et qu’on laissait ensuite cette histoire de côté. Par exemple, on parle d’une femme mise à la porte par son fils. Puis plus rien jusqu’à la fin. Dans les dernières pages, on apprend ce qu’est devenu cette femme, mais je n’ai pas trouvé de réel intérêt à cette histoire. L’auteur n’avait pas besoin de rajouter cette mini-intrigue pour rendre son livre intéressant !

Citations

C’est l’erreur que les gens commettent – chercher systématiquement le conjoint idéal alors qu’ils seraient tout aussi heureux s’ils se contentaient de quelqu’un de bien.

Lorsqu’un homme tombait malade ou perdait son emploi peu après son mariage, tout le monde blâmait sa femme sous prétexte qu’elle avait porté la poisse à la famille. Curieusement, cela ne fonctionnait pas dans le sens inverse – un mari n’y était pour rien si son épouse tombait malade après les noces. Au contraire, on s’en prenait à elle parce qu’elle n’était pas en bonne santé.

Il faut parfois regarder au-delà de nos propres intérêts et de notre famille. […] Je ne vois pas à quoi ça sert de devenir riche si on perd son âme en cours de route.

Publicités

Le Pont des hommes perdus – Max Gallo

Couverture Le Pont des hommes perdus

Quatrième de couverture

« L’armée française en débâcle, les communications coupées, un pont qui doit sauter, l’honneur d’un capitaine et l’attente d’une poignée d’hommes, perdus. Tout est là.
En quelques pages sèches, brûlantes, drues comme le soleil d’un dernier été. L’action se passe en juin 1940, à ce moment précis de l’histoire où tout s’apprête à basculer dans le long tunnel de la défaite. Cinquante ans plus tard, Max Gallo raconte. »

Mon avis

Pour faire court

Les points positifs : des personnages attachants, des rebondissements surprenants, une réflexion poussée sur le sens de la guerre, un récit court et captivant.

Les points négatifs : aucun, à mes yeux.

Un début percutant

Dès le début de cette nouvelle, nous sommes plongés au coeur de la guerre. Le capitaine Teyssier, qui occupe une ferme avec ses hommes, regarde le pont menant à Versoix-sur-Arvon et il y voit une foule de civils fuyant les combats. Il remarque également la présence de plusieurs soldats, désarmés et parfois sans leurs uniformes. Ils savent que le combat est perdu et ils désertent tout simplement. Teyssier ordonne à ses soldats de rester en place, mais la plupart ne respectent plus désormais son autorité. Ils savent très bien que la fin est proche et ils se disent qu’ils n’ont plus rien à perdre, la désertion est leur ultime chance de s’en sortir. Le capitaine fait preuve de beaucoup de sang-froid face à l’abandon de hommes. Il ne lui reste que Victor Rovini et Jean Carlin. Le premier est anarchiste, le second veut devenir prêtre. Ces trois hommes n’ont rien en commun et ils vont pourtant devoir gérer cette dernière crise ensemble.

Des péripéties inattendues

Une fois le décor planté, les péripéties peuvent commencer et, pour être honnête, je ne les avais pas vu venir. Je ne m’attendais pas à ce que d’autres personnages fassent leur apparition ni à ce que lesdits protagonistes prennent autant d’importance. Ils sont indispensables à l’histoire, car ils font réfléchir Teyssier sur le sens de la guerre. Pourquoi continue-t-on de se battre alors que tout est perdu ? Peut-on rechercher la victoire à tout prix ? Le sacrifice humain n’a-t-il aucune conséquence ? Ayant participé à la première guerre mondiale, le capitaine sait déjà qu’il est difficile de perdre des hommes au combat. En revanche, il ne s’était pas forcément rendu compte que la destruction du pont causerait tant de tort au village de Versoix-sur-Avon. Le fait d’être coincé à cet endroit, surveillant constamment le pont, va donner beaucoup de temps de réflexion à Teyssier.

Comme un huis-clos angoissant

Cette nouvelle a beau se dérouler dans une ferme, j’ai eu l’impression que les personnages étaient comme enfermés dans un espace limité. Ils voient les civils et leurs camarades fuir, mais eux restent là, à regarder le pont et à agir pour le faire exploser dès que les allemands arriveront dessus. Ils sont obligés de se supporter les uns les autres, ils doivent cohabiter puisqu’ils n’ont aucune échappatoire. L’un est capitaine et ne déserterait pour rien au monde, l’autre est anarchiste et donnerait sa vie pour combattre le fascisme, le dernier est trop docile pour s’opposer aux ordres de son supérieur. Ils doivent tous calmer leurs egos, parler et réfléchir ensemble à la suite et au sens de leurs actions. J’ai trouvé cette situation assez angoissante car j’essayais de me mettre dans la peau de chacun d’entre eux et j’imaginais à quel point la prise de décision pouvait être compliquée. C’était donc une lecture compliquée au niveau émotionnel, mais tellement captivante !

Des personnages touchants

Rapidement, on oublie aussi le fait que Teyssier est le capitaine. Rovini n’en a rien à faire qu’il soit son supérieur et il lui parle comme s’ils avaient le même grade. Teyssier n’essaie pas de le remettre à sa place, ce qui fait vraiment ressortir son côté humain. À la guerre, tout le monde est dans la même situation. Chaque homme devient un cadavre potentiel, qu’il soit capitaine ou simple soldat. D’ailleurs, l’auteur parle du fait que Teyssier se mettait toujours en première ligne pendant la première guerre mondiale afin de motiver ses troupes et de leur donner le bon exemple. Je me suis pris d’affection pour ce personnage.

Carlin reste plus discret. Au début, on ne sait pas vraiment s’il reste avec son capitaine car il respecte ses supérieurs ou par simple conviction. On ne l’apprend qu’à la fin. J’aurais peut-être aimé en savoir plus sur ce personnage, mais cela aurait peut-être ajouté quelques longueurs inutiles à cette nouvelle.

Quant à Victor, il est touchant dans le sens où il est prêt à défendre la liberté coûte que coûte. C’est un résistant de la première heure, un homme capable de sacrifier sa vie pour défendre la population de la menace brune ou de la menace rouge. Je l’imagine très bien devenir maquisard après cet épisode du pont sur l’Arvon. Il représente l’une des figures emblématiques de la France sous l’occupation et je ne pouvais que l’admirer.

Du suspens jusqu’à la dernière seconde

Dès les premières pages, je me suis rendue compte qu’il me serait impossible de deviner la fin de cette nouvelle. À la guerre, on ne peut jamais savoir si l’ennemi a un coup d’avance. Je me demandais donc ce qu’il adviendrait de nos trois protagonistes. Allaient-ils mourir ? Allaient-il déserter ? Allaient-ils finir par faire sauter le pont ? Allaient-ils être arrêtés par les allemands ? Difficile de le deviner à l’avance. J’ai apprécié le fait que le suspens durait véritablement jusqu’à la dernière page, voire même jusqu’à la dernière ligne. La surprise restait entière !

Citations

Les généraux se débinent. Ils foutent le camp, vous les voyez, capitaine ! Et nous, on va jouer les héros, ici, et se faire prendre aux pattes par les boches ! Moi j’en suis pas.

Qu’étaient devenus en vingt années l’héroïne, l’abnégation ?
Peut-être avait-il mieux valu que Péguy meure, le 1er septembre 1914, plutôt que de voir cela, ce peuple et ces soldats transformés en fuyards.

Je m’en fous de mourir. J’ai vu trop de cadavres ces temps-ci et, pas seulement des enfants, des vieux et des pauvres femmes, mais aussi des cadavres d’idées, d’illusions, d’espérances, et ça, je le supporte mal.

Vous les avez vus, tous ces pauvres gens avec leurs valises, leurs ballots. Vous deviez les défendre. Ils vous ont cru. On vus a tous cru, vous les militaires ! Tout était prêt, la ligne Maginot, les avions, les tanks. Je suis allé chez mon fils à Paris le 14 juillet de l’année dernière ! J’ai assisté au défilé. Je suis revenu des Champs-Élysées fier, sûr que si la guerre éclatait, on allait être à Berlin en quelques jours.

Tragiques Pâques 1944 – Miloslav Samardjic

Couverture Tragiques Pâques 1944 : Pourquoi Belgrade a vu tomber plus de bombes Alliées que nazies

Je remercie tout d’abord Babelio et les éditions Pogledi pour m’avoir fait découvrir ce livre dans le cadre de la masse critique.

Quatrième de couverture

« Un des paradoxes de la Seconde Guerre mondiale est que ce sont les États européens occupés ayant le plus résisté à Hitler qui ont le plus souffert de la part des Alliés : la Pologne, la France et le Royaume de Yougoslavie, plus précisément pour ce dernier, dans ses parties serbes. (…) Le but de cet ouvrage est de déterminer les raisons pour lesquelles plus de belgradois ont péri sous les bombes Alliées en 1944, que sous les bombes allemandes en 1941. » Extrait de la préface de la présente édition.

Mon avis

Pour faire court

Les points positifs : l’apport de connaissances, les explications claires, les citations de documents officiels, les photos, les cartes de Yougoslavie, la véritable quête de vérité.

Les points négatifs : quelques fautes de grammaire/orthographe.

Le vif du sujet

Dès les premières pages, on rentre directement dans le vif du sujet. L’auteur nous explique de quoi le livre va parler, pourquoi c’est important et quels sont les problèmes qui ont empêchés l’éclatement de la vérité. J’ai apprécié le fait que l’auteur ne parte pas dans tous les sens et qu’i se concentrent bien sur l’histoire des bombardements Alliés sur Belgrade (et sur d’autres villes serbes). Tout en apportant un contexte indispensable en parlant de la Croatie, Miloslav Samardjic ne se disperse pas. C’est important à souligner car le thème abordé n’est pas simple, la politique est tellement perfide qu’il est parfois difficile de la suivre donc si l’auteur avait parlé de tout et n’importe quoi, le livre aurait été incompréhensible. J’ai également apprécié sa détermination. Il veut absolument découvrir la vérité sur ces bombardements : qui est responsable et pourquoi ?

Des explications détaillées

L’apport de connaissances dans ce livre est extraordinaire. Je ne m’attendais pas à apprendre autant de choses, mais je me suis en fait rendu compte que je ne savais absolument rien de la Yougoslavie dans la seconde guerre mondiale. J’ai été ravie de découvrir toutes ces nouvelles informations – et en même temps j’ai été triste de voir que ce conflit avait été encore plus horrible que je ne l’avais imaginé.

Pour évoquer de façon claire le bombardement Alliés des villes serbes, l’auteur doit parler de la Croatie, de l’Allemagne, de l’URSS, des États-Unis, du Royaume-Uni, de Tito, de Staline, de Roosevelt, de Churchill… bref, d’un nombre incalculable de personnes. Mais il le fait brillamment. Ses explications sont bien détaillées et bien claires. Ses notes en fin de livre permettent également de s’y retrouver. J’avais peut-être un peu peur au début de me perdre dans toutes ces informations, mais grâce à la plume agréable de l’auteur, j’ai réussi à suivre de la première à la dernière page l’explication de cette tragédie qui m’était encore inconnue.

Les illustrations

L’auteur a ajouté dans ce livre tout un tas d’illustrations. Il y a des cartes de la Yougoslavie afin de mieux comprendre où sont placées les villes touchées par les bombardements. Il y a des photographies des principaux concernés, que ce soit du côté Yougoslave comme du côté des Alliés américains et britanniques. Il y a également des photographies de Belgrade, le jour de la Pâque orthodoxe, qui nous montrent l’étendue des dégâts et qui prouvent surtout à quel point l’attaque était violente. Ces images ne sont peut-être pas appropriées pour tous les lecteurs. On y voit, malheureusement, des cadavres d’adultes comme d’enfants donc ce livre ne s’adresse pas à tout le monde. Il y a également des affiches de propagande sur lesquelles on voit chaque parti défendre son point de vue.

Si on prend en compte le texte, les cartes, les photographies et les affiches, on a un livre bien complet qui détaille parfaitement la situation en Serbie pendant la seconde guerre mondiale. Chapeau à l’auteur qui a réussi à rassembler autant d’informations dans 150 pages.

Un petit bémol

Si je devais absolument relever un point négatif dans ce livre, je dirais qu’il s’agit des petites fautes de grammaire et d’orthographe. Il n’y en a pas non plus à chaque phrase, c’est vraiment rare. Le principal problème est la coupure des mots en fin de ligne, il ne respecte pas les syllabes. Cela ne dérange en rien la lecture, c’est juste le petit point qui m’empêche de mettre la note maximale. Le traducteur n’est clairement pas à blâmer, je sais par expérience qu’on peut écrire des aberrations lorsqu’on tape à l’ordinateur et on ne s’en rend même pas compte ! Donc ce petit bémol n’est franchement pas un frein à la lecture, d’autant plus que le style de l’auteur est agréable à lire. Il est un peu compliqué par moment quand on rentre dans les détails complexes de la politique, mais en général je n’ai pas eu de problèmes et je n’ai pas eu besoin de relire de phrases pour les comprendre.

Citations

Hormis les villes slovènes, les villes croates ont aussi été préservées du système de bombardement de saturation. À la demande de Tito et de son commandement suprême, et en accord avec les Britanniques, les bombes étaient larguées « d’une manière particulière » uniquement sur les villes serbes.

Le hurlement des femmes, des hommes et des enfants fendait le ciel, les parents cherchaient leurs enfants, partout des ruines et du bétail mort, la puanteur des corps calcinés, l’air chargé d’odeurs toxiques et de poussières, des morceaux de corps jetés même sur les câbles électriques ou sur les toits des environs, et dans les jardins, les cheveux, les jambes, les bras et les cerveaux éparpillés des victimes mortes.

Avec Maman – Alban Orsini

Couverture Avec Maman

Quatrième de couverture

« Avec Maman est une fiction qui retrace l’histoire de maman et de son fiston que l’on découvre au fil de leurs échanges de textos. Ce récit drôle, touchant et parfois surréaliste nous parle des liens parents/enfants et du décalage entre les générations. Au fil des pages on s’attache aux personnages, on en découvre de nouveaux et on s’identifie. Inattendu, hilarant, captivant mais aussi bouleversant, ce livre est le témoin de son époque … aujourd’hui, les histoires s’écrivent aussi en SMS. »

Mon avis

Pour faire court

Les points positifs : l’originalité, la légèreté, la rapidité de la lecture, un vocabulaire accessible à tous (utilisable pour cours de Français Langue Étrangère à mon avis !)

Les points négatifs : une fin attendue, un manque de véritable histoire.

Un roman pas comme les autres

Lorsque j’ai commencé ce livre, j’étais un peu dubitative. Effectivement, ce roman n’a rien à voir avec ceux que j’ai pu lire auparavant et pour cause : il est écrit en SMS. Pas dans le langage SMS avec des fautes partout et des abréviations, mais littéralement en conversations SMS entre un fils et sa mère. Entre les « bon week-end mon chéri », les « maman, j’ai besoin d’argent » et les « c’est quoi ta recette ? », on passe par toutes les conversations a priori banales que pourraient avoir une mère avec sa progéniture.

Le fait que ce roman soit écrit de cette façon est assez divertissant. Le rythme de lecture est si rapide que l’on a pas le temps de s’ennuyer, on tourne les pages à une vitesse folle et on dévore chaque dialogue. C’est plutôt positif dans l’ensemble, car on ne perd pas une miette de cette lecture, mais j’ai trouvé cela également dommage car j’avais l’impression que ce livre n’avait pas grand intérêt, dans le sens où je ne retenais quasiment rien de ce que je lisais. Beaucoup de conversations sont futiles – enfin, c’est le bla-bla quotidien avec nos parents – et ne sont pas utiles à « l’histoire » qui implique également Boris et Diane.

Une tentative d’intrigue

J’ai apprécié le fait que l’auteur essaie d’introduire une véritable intrigue avec le voisin de la mère ainsi que la petite amie du fils. Les nouvelles informations sur ces personnages donnaient une impression de progrès dans le temps, je n’avais pas cette sensation de stagner à une même période, ni d’être coincée dans un tourbillon infinie de conversations sans importance. En revanche, cette intrigue n’est pas assez développée à mon goût. J’aurais aimé en apprendre plus sur ces deux personnages et sur leur relation avec les protagonistes, j’aurais aimé plus de rebondissements également. Si le livre n’est pas ennuyant car très rapide et dynamique, il manque tout de même d’une véritable histoire captivante. Je ne sais pas si je me souviendrais de ce que j’ai lu dans Avec Maman dans une semaine et c’est dommage. J’aurais aimé pouvoir me raccrocher à d’autres personnages et à des rebondissements plus nombreux.

De l’humour

Le principal attrait de ce livre est évidemment son côté humoristique. On a beau aimer nos mamans, on adore les taquiner et c’est ce que fait parfaitement le protagoniste. La mère n’est pas en reste. Si son fils se moque de ses capacités à comprendre les nouvelles technologies, elle se moque de son problème pour dégoter une fille convenable et son manque chronique d’argent. Bref, c’est le genre de conversation que l’on a tous eu avec nos parents. En revanche, mes discussions avec ma grand-mère n’étaient pas du tout comme dans le livre! Cette mémé amène pas mal d’humour par son côté déjanté, mais je dois bien avouer que la première fois que je suis tombée sur ce charabia, je me suis demandée si tout le livre allait être comme cela. Le coup de la mémé m’a amusé une ou deux fois, mais au bout d’un moment je m’en suis lassée.

Des émotions

Malgré le format SMS de ce roman, on arrive tout de même à ressentir quelques émotions, principalement lorsque les conversations entre la mère et le fils deviennent sérieuses tout à coup. C’est toujours douloureux de parler des choses qui fâchent avec les personnes à qui l’on tient, surtout lorsqu’il s’agit de nos parents et les deux protagonistes l’illustrent très bien. Je m’attendais à cette fin-là. Je ne sais pas pourquoi, je me disais qu’il y allait y avoir quelque chose dans ce genre-là pour que le roman mette fin à la conversation de manière logique et appropriée. Du coup, je n’ai vraiment pas été surprise, mais il n’empêche que le dernier message envoyé du portable de la maman briserait le cœur de n’importe qui. C’est assez étrange de se dire qu’on peut ressentir des émotions en lisant des textes si courts, mais au final, cela reflète bien la société actuelle où tout passe par ces quelques lignes que l’on s’envoie à longueur de temps.

Citations

— La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres.
— ?
— Je précise ma pensée : la liberté que tu as prise en me téléphonant une nouvelle fois pété comme un coing à 3h du matin aurait dû s’arrêter là où ma liberté de dormir tranquillement commençait !

— C’était quoi la chanson qu’elle chantait Céline Dion?
— Laquelle?
— Ça faisait « Aïe canette tout flaï, I’m alive, Tzim Boom Tzim Boom, Aïe canette tout flaï, I’m alive woohoo »
— I’m Alive…
— Voilà. C’est ça. I’m Alive, c’est le titre que je cherchais. Merci mon chéri.

— Je suis à découvert, tu peux m’aider ?
— Oui, mets un pull.

Une héroïne américaine – Bénédicte Jourgeaud

Quatrième de couverture

« Detroit, États-Unis, 1950. Brownie Wise, une femme au foyer américaine, fait prospérer les produits de la gamme Tupperware d’un certain Earl Tupper et change le quotidien des femmes. Un demi-siècle plus tard, Amelia Earhart, une jeune étudiante française exilée outre-Atlantique, bouscule le microcosme universitaire par sa liberté d’esprit.
Brownie et Amelie, deux êtres extraordinaires, à deux époques différentes, que le destin va réunir. Sauront-elles, ensemble et chacune à sa façon, bouleverser le monde sans sacrifier leur vie personnelle ? »

Mon avis

Pour faire court

Les points positifs : le personnage d’Amelia, un style d’écriture agréable, un côté informatif/historique.

Les points négatifs : un rapport entre Amelia et Brownie pas toujours évident, une intrigue parfois difficile à suivre, le personnage de Brownie.

Mon avis mitigé sur les personnages

Nous faisons au début la connaissance d’Amelia Earhart, une jeune française qui consacre toute sa vie à ses études et à ses travaux de recherche. Sa mère, traductrice pour Harlequin, aimerait plutôt qu’elle trouve l’amour et fonde une famille. Mais Amelia, tout comme la grande aviatrice dont elle a hérité le nom, est plutôt en quête d’aventures et d’indépendance. Elle veut vivre sa vie comme elle l’entend et elle assume de se consacrer à son travail plutôt qu’au prince charmant.
J’ai beaucoup aimé ce personnage, peut-être parce que je m’identifie un peu à elle. Elle ne laisse personne lui dicter la conduite à adopter et elle se fiche totalement de savoir que les gens la jugent parce qu’elle se plonge dans son travail. Elle veut accomplir des choses, elle veut aller au bout de ses travaux. Elle serait comme un modèle pour moi ! En revanche, son histoire avec Philip m’a un peu perturbé.

Philip Pershing est professeur à l’université et il se consacre à l’étude des Pimos, une tribu mexicaine. J’ai eu beaucoup de mal à comprendre ce qu’Amelia lui trouvait. Il m’est apparu très hautain, désagréable et arrogant. Le genre de personnes qui croit tout savoir mieux que tout le monde et qui considère que ceux qui ont une opinion différente de lui sont des moins que rien. Lui et son ami Henry Woods forment une belle paire de vieux idiots.

Quant à Brownie Wise, la deuxième protagoniste féminine sur laquelle se concentre ce roman, je l’ai malheureusement trouvé assez détestable également. Si au début, elle était plutôt à plaindre avec son mari alcoolique, elle est rapidement devenue très (trop) sûre d’elle, quitte à en devenir hautaine et désagréable. Elle a, certes, participé au développement de Tupperware et a dégagé beaucoup de profit, mais de la façon dont elle s’exprime dans la deuxième moitié du livre, on dirait presque qu’une statue devrait être érigée pour saluer son excellence. Je ne sais pas si la véritable Brownie Wise était aussi désagréable que cela, en tout cas, le personnage du livre m’a paru très peu sympathique.

Une intrigue prometteuse et un apport de connaissances

Le début de ce livre m’a semblé très prometteur, je me suis tout de suite plongée avec grand plaisir dans l’histoire d’Amelia et j’ai aimé suivre ce personnage dans les premiers chapitres. Et c’est là, subitement, que Brownie fait son apparition. J’ai eu malheureusement un peu de mal avec le fait que les chapitres soient uniquement consacrés à l’une ou l’autre des protagonistes. Je perdais parfois un peu le fil de ma lecture, surtout lorsque plusieurs chapitres ne parlaient que d’Amelia ou de Brownie. Il faut être bien concentré pour se souvenir de tout. Personnellement, je n’apprécie pas toujours ce genre de découpage qui peut casser mon rythme de lecture.

J’ai également eu du mal à comprendre au début quel était le rapport entre les deux femmes. Certes, elles sont toutes les deux un peu rebelles pour leur époque et veulent affirmer leur indépendance, mais je ne voyais pas plus de ressemblance que cela. C’est seulement en page 116 que le premier rapport évident entre les deux protagonistes apparaît, soit à 1/3 du livre. J’ai trouvé cela dommage car je commençais à m’impatienter, j’étais en train de me dire que c’était un livre qui mettait seulement en contraste deux fortes personnalités. Heureusement, je me suis trompée et le lien entre Amelia et Brownie devient plus clair dans la seconde et troisième partie du roman.

S’il y a bien une chose que je dois souligner dans ce livre, c’est l’apport de connaissance. L’histoire de Tupperware m’était totalement inconnue. Comme tout le monde, mes placards sont remplis de petites boîtes hermétiques avec couvercle, mais je ne m’étais jamais doutée que l’histoire de l’entreprise qui les fabriquait pouvait être intéressante. En fait, elle s’inscrit très bien dans les années 50. Ces petites boîtes en plastique ont révolutionné le quotidien des femmes de cette époque et je suis heureuse d’en avoir appris plus. Grâce à l’avertissement de l’auteure à la fin du livre, nous faisons la différence entre la réalité historique et la fiction. On referme donc ce roman en ayant appris un tas de choses. Rien que pour cela, je ne regrette absolument pas ma lecture.

Un style d’écriture agréable

Il est vrai que le découpage des chapitres ne m’a pas particulièrement plu. En revanche, la plume de l’auteure m’a paru très fluide et agréable. Je n’ai pas eu besoin de relire certains passages pour en comprendre le sens. Il y a parfois certaines descriptions de lieux ou de personnages, mais elles ne sont jamais trop longues et n’alourdissent pas trop la lecture. Le seul petit moment qui m’a peut-être gêné est le journal de voyage de Philip. À mon avis, il n’apportait pas grand-chose à l’intrigue. Mais à part ces trois ou quatre pages, la plume de l’auteure m’est restée lisible et plaisante. Les dialogues sont crédibles, on imagine bien des gens parler de cette façon dans la vraie vie.

Citations

Ce n’est que quand des créanciers commencèrent à frapper à leur porte que Brownie dut se rendre à l’évidence. L’homme qu’elle avait épousé était un raté. Ce n’était pas du tout le héros sur lequel elle avait compté. Mais ce n’était là qu’une des deux mauvaises nouvelles auxquelles il fallait qu’elle se fasse. La seconde étant qu’elle attendait un enfant.

C’était une courte nouvelle. L’histoire d’une jeune fille américaine qui s’était construite toute seule. Une nouvelle génération de filles qui faisait son apparition en Amérique, racontait le narrateur. Le personnage de Pandora avait quelque chose de Brownie Wise, pensa Amelia, même si les époques étaient différentes.

Verdun, tome 1 : Avant l’orage – Jean-Yves Le Naour, Marko, Iñaki Holgado, Sébastien Bouet

Couverture Verdun, tome 1 : Avant l'orage

J’ai profité d’une semaine de vacances du côté de Verdun pour faire le plein de livres traitant de la première guerre mondiale. J’ai pris les deux premiers tomes de la bande-dessinée Verdun sans même réfléchir. Les couvertures ont tout de suite attiré mon regard. Après la lecture du premier volet, Avant l’orage, je ne suis vraiment pas déçue d’avoir découvert cette série.

Quatrième de couverture

« Décembre 1915 : les Allemands semblent préparer une attaque d’envergure sur l’un des points stratégiques de la ligne de défense française. Si Verdun tombe, la guerre pourrait définitivement basculer en faveur de l’Allemagne. Malgré les nombreuses mises en garde, le général Joffre, commandant en chef des forces françaises, se refuse à renforcer la zone, persuadé que la vraie bataille se jouera en Champagne. Quand en janvier 1916 l’attaque ne fait plus le moindre doute, il semble bien tard pour réagir. Seul un miracle pourrait sauver Verdun. »

Mon avis

Pour faire court

Les points positifs : de beaux dessins, pas d’anachronismes, l’objectivité (point de vue des Français et des Allemands), l’apport énorme de connaissance, le choix de couleurs judicieux.

Les points négatifs : aucun, à mes yeux.

Une objectivité appréciable

J’ai particulièrement aimé le fait que cette bande-dessinée ne prenne parti ni pour les allemands, ni pour les français. Évidemment, quand on est d’une nationalité ou de l’autre, notre coeur balance souvent vers notre patrie. Mais si l’auteur du scénario est français, il ne fait pas l’éloge de nos dirigeants et ne dit pas que le gouvernement a fait tout ce qui était en son pouvoir pour défendre Verdun. Au contraire, il montre à quel point le général Joseph Joffre est resté inflexible jusqu’au jour où l’attaque a commencé et qu’il n’a plus eu d’autres choix que d’envoyer du renfort (et même à ce moment-là, il reste persuadé que l’attaque principale aurait lieu ailleurs). C’est donc une bande-dessinée très informative et non pas ultra-nationaliste qui nous laisserait croire que les vilains allemands ont réussi à nous battre alors que nous étions vraiment bien préparés.

Beaucoup d’informations

D’ailleurs, à la fin de ce premier tome, huit pages explicatives (qui ne sont plus sous la forme d’une bande-dessinée) nous décrivent pas à pas l’attaque de Verdun en 1916. J’ai beaucoup aimé ces quelques pages et je les ai lu avec grand intérêt. Les illustrations (photographies) et informations données sont très utiles et peuvent très bien servir de base pour un cours. Comme j’aimerais, à la fin de mes études, devenir professeure de français/culture française pour les élèves étrangers, j’essaie de repérer dans chaque livre quels passages/dialogues je pourrais utiliser, quelles illustrations je pourrais analyser avec eux, etc. Dans cette bande-dessinée, j’ai trouvé plusieurs passages très intéressants qui pourraient me servir de base pour un cours sur Verdun, sur les conditions de vie des soldats, sur le contraste avec les officiers gradés qui, eux, peuvent se manger des entrecôtes pendant que leurs gars sont coincés dans les tranchées. Le général Driant écrit également une lettre à sa femme. Je pourrais donc utiliser cette BD en lien avec le livre Paroles de Poilus par exemple. Bref, c’est un livre très enrichissant au niveau culturel et que j’ai hâte d’utiliser dans un de mes cours. En revanche le niveau de langage est assez élaboré. Donc il est parfaitement compréhensible pour quelqu’un dont le français est la langue maternelle, mais pour un étudiant étranger, je dirais qu’il faut tout de même des bases solides dans la langue.

Dessins & couleurs

Sinon, j’ai beaucoup aimé les dessins et particulièrement les couleurs. Je ne suis pas tellement bande-dessinée, mais le sujet abordé ici y est tellement intéressant que je n’ai pas réussi à refermer le livre avant de l’avoir terminé. Les dessins réalisés par Iñaki Holgado correspondent parfaitement à l’ambiance qui règnent dans ce livre. On voit les regards déterminés des soldats, allemands comme français, on lit l’agacement sur les traits du général Joffre qui ne comprend pas pourquoi on lui parle sans cesse de Verdun, on voit l’horreur sur les visages des poilus lorsque les bombes explosent et que les morts s’entassent. Bref, les dessins nous transmettent parfaitement les émotions de chaque personnage, c’est très prenant. Mais les couleurs utilisées par Sébastien Bouet jouent également un énorme rôle. Le contraste est saisissant entre les couleurs chaudes utilisées à la chambre des députés, à l’Élysée, au Sénat et l’ambiance bleue glaçante que l’on retrouve dans les tranchées. Je ne m’y connais pas tellement en art, ni en analyse picturale, mais pour le coup j’ai bien vu la différence entre les deux atmosphères et cela ne fait que contribuer à l’excellence de ce livre.

Un auteur que j’apprécie

Je ne suis pas non plus une spécialiste de Verdun ou de la première guerre mondiale, mais je pense que cette bande-dessinée reflète avec exactitude ce qui s’est passé pendant le combat. D’ailleurs, l’auteur du scénario, Jean-Yves Le Naour, n’en est pas à son coup d’essai et a déjà sorti plusieurs livres et bande-dessinées sur la première ainsi que la seconde guerre mondiale et sur le Général de Gaulle, par exemple. D’ailleurs, j’avais lu 177 : Ces français du jour J (avant d’ouvrir mon blog) de ce même auteur et j’avais eu un énorme coup de coeur. Je crois même avoir versé quelques larmes pendant cette lecture. Bref, tout cela pour dire que j’ai envie de découvrir les autres romans et/ou bande-dessinées de cet auteur, car il est capable de faire ressentir un tas d’émotions tout en expliquant des faits historiques précis.

Si cette bande-dessinée vous intéresse, vous pouvez en lire les premières pages ici.

Citations

L’assaut aura lieu demain, au petit jour. Notre bois aura ses tranchées prises dès les premières minutes. Comme on se sent peu de choses à ces heures-là ! Ma chère épouse, j’aurais tant voulu te serrer dans mes bras une dernière fois.
Driant

Ce sera la plus grande bataille de tous les temps. Grâce à vous, commandant suprême, nous avons pu regrouper mille deux cents canons de tous les calibres, du jamais vu! Avec plus de mille obus par pièce, nous allons littéralement écraser l’ennemi sous un déluge d’acier.

Le Chien de Claude – Roald Dahl

Capture d_écran 2018-06-02 à 10.39.26

Les éditions Folio nous présentent ici un recueil de quatre nouvelles de Roald Dahl, l’auteur de Charlie et la Chocolaterie et de Matilda (entre autres). Quand j’étais plus jeune, j’avais adoré ces deux romans et j’étais heureuse à l’idée de retrouver son écriture un peu loufoque. Malheureusement, je n’ai pas été convaincu par ces quatre histoires brèves.

Quatrième de couverture

« Connaissez-vous les différentes manières de capturer les rats ? De faire fortune avec un tonneau de mazout vide et quelques morceaux de viande ? Avez-vous une idée des secrets que peut dissimuler une meule de foin ? Et que savez-vous sur les courses de lévriers ? Entrez dans l’univers de Roald Dahl où chaque éclat de rire est suivi d’un grincement de dents ! »

Mon avis

Pour faire court

Les points positifs : des intrigues qui démarrent bien, de l’humour, du cynisme.

Les points négatifs : des intrigues qui se développent mal, des détails sordides dont j’aurais pu me passer, un lien flou entre les histoires, des personnages parfois déplaisants.

Des histoires liées ?

Si les personnages sont similaires dans toutes les nouvelles, j’ai eu du mal à voir un lien précis entre chaque récit. Oui, il y a Claude, il y a Gordon, il y a le chien. En fait, je m’attendais tellement à ce que toutes les histoire soient liées que j’ai été déçue. Pourtant, ces quatre petits récits ne sont pas mauvais en soi, c’est juste que je m’attendais à autre chose. J’espérais voir une continuité plus évidente.

Un bon commercial

La première nouvelle nous parle d’un homme dont le métier est de capturer les rats. Il connaît ces petits rongeurs sur le bout des doigts car pour les attraper, il faut se montrer aussi malin qu’eux, voire même plus. Cependant, les rats cachés dans les meules de foin semblent faire preuve d’une intelligence incomparable et l’homme va rapidement déchanter, tout en essayant de garder la face devant ses clients.
J’ai bien aimé cette histoire. Le personnage principal a un bagout assez impressionnant, il pourrait vendre de la glace aux esquimaux. Même quand sa technique ne fonctionne pas, il essaie de convaincre ses clients qu’il est le meilleur. Il m’a bien fait rire!

Une fin en suspens

La deuxième nouvelle nous raconte la journée au cours de laquelle Rummins décide de démolir les meules de foin. Le travail se révèle plus compliqué que prévu étant donné que quelque chose gêne la découpe. Après avoir lu la première nouvelle, on pourrait penser qu’il s’agit d’une dizaine de rats qui se seraient nichés là. Mais le narrateur se souvient du jour où le foin a été mis en meule et il en vient à une tout autre conclusion…
J’ai bien aimé cette histoire. En revanche j’ai été très déçue par la fin. La question du lecteur reste sans réponse. Oui, on peut deviner ce que Claude et les autres trouvent dans la meule, mais nous n’avons aucune certitude. On peut s’imaginer tout un tas de choses. Je reste donc un peu sur ma faim.

Un sacré menteur

Dans la troisième nouvelle, Claude prend une place beaucoup plus importante. Il se rend chez le père de sa fiancée et ce dernier finit par lui demander comment il compte gagner de l’argent. C’est alors que Claude va inventer toute une histoire à base de mouches, de vers et de viandes pourries, tout cela pour cacher la vérité. Mais le beau-père ne se laisse pas avoir et pose tout un tas de questions.
J’avoue ne pas avoir été une grande fan de cette histoire. D’accord, Claude voulait démontrer à son beau-père qu’il était capable de prendre soin de Clarisse, mais de là à inventer une histoire aussi farfelue (et répugnante) sur des verres et de la viande qu’on laisse pourrir… hm, je ne sais pas trop. Je n’ai pas vraiment apprécié le côte « vas-y que je t’embrouille » de Claude, ni le ton moralisateur du beau-père.

Des détails sordides

Enfin, la dernière nouvelle, qui est aussi la plus longue et qui est donc plus développée, raconte toute la combine orchestrée par Claude pour la course de lévriers. Si tout se passe comme prévu, son chien devrait gagner la course pour la première fois, défiant ainsi tous les paris, et son maître empocherait presque deux mille livres. Seulement, dans ce genre d’entourloupe les choses se passent rarement comme prévues…
J’ai bien aimé le début de cette histoire. Claude expliquait minutieusement son plan et prenait le temps d’en parler à Gordon. En revanche, je n’ai pas du tout aimé les descriptions assez précises de ce qu’on faisait endurer au chien pour les rendre plus ou moins performants selon le résultat qu’on désirait. Je n’ai pas non plus aimé la fin, qui m’a encore une fois laissé sur ma faim. Je m’attendais à une conclusion complètement différente et j’ai été déçue.

Citation

— Faut être malin pour faire ce métier-là. Plus malin qu’un rat et c’est pas peu dire.
— Faut être vous-même rat, quoi!
La phrase m’échappa, sans le faire exprès, justement parce que j’avais les yeux posés sur lui. Il n’en fut pas vexé, au contraire.

Bonjour ! Après une longue absence, je reviens sur le blog. Pendant toute cette année incroyable, pendant laquelle j’ai eu la chance de suivre des cours de littérature à St. Norbert College, Wisconsin, j’ai lu énormément de choses. Mais il s’agissait la plupart du temps d’extraits plus ou moins longs de romans, de lettres ou […]

Damoclès – Fatou Ndong

Couverture Damoclès

Je tiens tout d’abord à remercier l’auteure pour l’envoi de ce livre ! Quand j’ai lu le résumé, je me suis dit qu’il fallait absolument que je découvre ce roman. Étant une grande passionnée de l’Histoire des États-Unis et m’intéressant tout particulièrement au combat pour les droits civiques, j’ai su que ce livre était fait pour moi. Et je n’ai vraiment pas été déçue.

Quatrième de couverture

« Madelyn Johnson est une jeune afro américaine de dix-sept ans. Elle grandit à Jackson, dans le Mississippi, l’un des Etats le plus ségrégationniste d’Amérique. Tout va basculer lorsqu’elle se verra confier par sa mère, employée en tant que bonne au sein de la famille la plus riche de Jackson, la lourde tâche de donner des cours particuliers à leur fils. Une mission à garder secrète quoi qu’il en coute. Les Johnson devront non seulement faire face à la vie quotidienne dans le ghetto noir, mais aussi à l’absence d’un père qui a dû fuir le Ku Klux Klan il y a plusieurs années. Car dans le Mississippi, la peine de mort est la seule sentence pour les noirs coupables de quelque préjudice qu’il soit… »

Mon avis

Au début du livre, nous faisons la connaissance de Paul Harper, un jeune entrepreneur sur le point de devenir papa. Alors que sa femme est en salle d’accouchement, son ami et collègue Gibson reste pour le soutenir. Ce même Gibson l’encourage à se changer les idées en parlant d’autre chose, il ne s’attendait certainement pas à ce que Paul le renvoie de son entreprise, n’ayant plus besoin de lui… Qui aurait cru que dix-huit ans plus tard, les deux anciens amis se retrouveraient en tant qu’adversaires dans la course à la mairie ? Qui aurait cru que leurs enfants respectifs deviendraient amis et s’allieraient dans une bataille sans merci pour « nettoyer la ville » ? Madelyn, fille de la servante des Harper, se retrouve au milieu de toute cette folie raciste, politique et sociale. Elle aimerait bien que son amitié avec Sebastian, le fils de Paul et donc un blanc, soit acceptée d’un côté comme de l’autre. Mais elle se rend compte que le chemin vers l’égalité des noirs et des blancs est semé d’embûches et qu’il faudra encore du temps, beaucoup du temps pour que les choses changent.

Pour faire simple, j’ai adoré ce livre. Contrairement à d’autres romans trop « structurés », je n’ai pas eu l’impression d’avoir un début, un milieu avec son paroxysme et une fin. Pour moi, quand on apprend à connaître les Johnson et les Harper, c’est comme si on rencontrait quelqu’un et qu’on faisait sa connaissance. Les personnages prennent vie très rapidement. On sait qu’il y a un avant, qu’ils ont vécu des choses avant le début de ce livre et qu’ils en vivront après la fin. Je ne sais pas comment l’auteure s’y est pris mais c’est un coup de génie car j’avais vraiment l’impression de découvrir des personnes réelles plutôt que des personnages sortis de son imagination. Par conséquent, il était plus facile de les imaginer physiquement et de me représenter toutes les scènes dans la tête. J’ai donc trouvé cette lecture très vivante et c’est pourquoi je ne me suis pas ennuyée une seule fois.

Au début, j’avais un peu peur de me perdre avec tous ses personnages. Il y a les principaux comme Paul, Teresa, Madelyn, Sebastian, Sean et James mais il y a aussi les personnages mineurs comme Bettie Sue, Trent, Jane, Kirt… Mais l’histoire est tellement prenante qu’on arrive très vite à comprendre qui est qui et quel est le rôle de chacun. En revanche, je ne saurais dire qui est mon personnage préféré. Évidemment il y a les mauvais, les racistes, ceux qui se croient supérieurs aux noirs. Ceux-là, je ne les ai pas aimé. Mais j’ai aimé découvrir leurs histoires. Parfois, les auteurs bâclent la description des « méchants de l’histoire » et préfèrent se concentrer sur celle des héros. Mais ici, Fatou Ndong fait réellement exister les gens comme James et leur donne une véritable profondeur psychologique. J’ai vraiment apprécié le fait qu’elles développent tous ses personnages de la même façon.

J’ai également adoré la narration par de multiples personnages. Parfois, on relit la même scène vue par deux personnages différents. La première fois que c’est arrivé, je me suis dit que si cela arrivait trop souvent j’allais vite m’ennuyer. Mais pas du tout ! Au contraire, toutes les fois où c’est arrivé, j’ai aimé découvrir ce que pensaient les personnages de leur interlocuteur. Grâce à ces parallèles on apprend vite à cerner les personnages. On voit s’ils sont naïfs ou au contraire parfaitement lucides et cela nous aide à comprendre si l’on doit se fier à leur capacité de jugement…

Le fait que des réalités historiques aient été intégrées dans le livre nous aide à nous plonger complètement dans l’histoire. On n’a aucun mal à s’imaginer que Madelyn et Sebastian ont réellement existé. Ils sont un peu les Roméo et Juliette des temps modernes. Même sans parler d’amour, ces deux jeunes gens tiennent l’un à l’autre comme de véritables meilleurs amis. Ils ne font rien de mal et pourtant les conventions sociales leurs interdisent de se voir. J’imagine sans peine que des amitiés telles que celle-ci existaient dans l’Amérique des années 60 et c’est pourquoi ce livre m’a autant bouleversé.

Quant à la fin, je ne m’attendais pas du tout à ça. Ai-je été déçue pour autant ? Oh que non. Ce retournement de situation inattendu avec James, le comportement de Sean, la décision de Madelyn et les espoirs de Sebastian concluent magnifiquement ce roman.

Citations

Les gens parlent, ils disent des choses à propos de Madelyn…
— Madelyn ?
— On l’aurait vu à plusieurs reprises en compagnie d’un blanc… Moi je ne dis rien, tu sais ! Mais tu connais les rumeurs… Je préfère t’avertir avant que tu ne l’entendes de la bouche de quelqu’un d’autre. Si c’était vrai… et je ne dis pas que ça l’est… ça pourrait être très dangereux pour elle.

Si tu veux un conseil, si j’étais toi, je lui poserais un ultimatum. Il renonce à voir sa négresse et il se projette dans l’avenir avec toi. Autrement, il devient la risée de tout Jackson et bien entendu, tu le deviendras aussi par la même occasion.

N’avais-je pas cette épée de Damoclès au-dessus de ma tête ? Tout ce temps, j’avais voulu croire que j’étais de ceux qui ne seraient jamais en danger, parce que j’avais Sebastian, je me mentais à moi-même. Je fermais les yeux sur tout, je n’écoutais pas les avertissements que l’on me faisait, je détournais les yeux devant les panneaux d’alerte que l’on mettait sur mon chemin.