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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux." – Jules Renard

Catégorie: Témoignages

Un aperçu rapide des événements qui se sont produits du 15 au 20 juin 1940

Résumé :

« Extraits des reportages publiés dans les numéros du Gâtinais des 6, 13, 20 juillet et 10 août. Zones traitées : principalement Gien, Sully-sur-Loire, Gondreville, Pithiviers, puis Puiseaux, Montargis, Orléans. Il ne s’agit pas de généralités sur la guerre et l’époque mais de reportages de terrain sur les combats et les destructions, de nombreux de civils de la région sont nommément cités. »

Mon avis :

Ce petit livre traînait sur mon étagère depuis un sacré bout de temps. Je n’osais pas l’ouvrir, je n’osais pas le parcourir. Et pour cause : j’avais peur d’être bouleversée. Ce livret regroupe des extraits de journaux locaux qui nous racontent ce qui s’est passé dans les principales villes du Loiret au début de l’Occupation allemande. Étant originaire de ce département, j’y suis particulièrement attachée et connaître toutes les horreurs qui s’ étaient déroulées ne me tentait pas plus que ça… Mais j’ai enfin franchi le pas.

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Le premier extrait du livret nous explique que l’un des journal local n’avait pas pu être publié pendant quelques jours à cause de l’arrivée des allemands et de la situation compliquée à laquelle devait faire face les habitants du Loiret. Une fois le calme (relativement) revenu, les journalistes avaient du récolter des informations pour faire un bref compte-rendu à la population. La première ville dont on parle est Gien. C’est exactement ce que je redoutais… Gien est la ville dans laquelle je suis née et je la connais plus ou moins sur le bout des doigts. Alors quand je lisais et que je voyais des noms de rue ou d’avenue ayant été détruites par des bombes, des incendies ou quand je lisais que des personnes avaient été retrouvées mortes à tel ou tel endroit, j’étais bouleversée. C’est difficile de se dire qu’à un endroit où l’on est passé des centaines de fois, des choses aussi horribles se sont produites. Je ne vois plus la ville de la même façon et je pense qu’à partir de maintenant, dès que je passerais dans ces rues je penserais aux événements qui s’y sont déroulés.

C’est des fenêtres du château que l’on se rend le mieux compte du cataclysme qui a frappé la ville. La Loire coule en bas, majestueuse; sous son flot, en séjour rapide, se devine déjà le banc de sable. Mais les yeux rechercheraient en vain une maison intacte et les quelques murs qui subsistent ont l’air de sentinelles fatiguées, prêtes à s’écrouler. Pauvre Gien, pauvre victime de la guerre !

En ce qui concerne les autres villes, comme Sully-sur-Loire ou Orléans par exemple, je les connais, mais pas autant que Gien. Par conséquent, quand il y avait des noms de rues ou de places, j’avais du mal à me repérer. Évidemment, les extraits sont tirés de journaux locaux, lus par des habitants de ces villes et c’est pourquoi il y a un tel niveau de détail. Mais il faut bien avouer que c’est un peu dur à suivre quand on ne connaît pas très bien la ville. En plus de ça, le journaliste situe parfois les événements au niveau de la maison de monsieur un tel ou madame un tel. Certes, les gens de l’époque comprenaient, mais un lecteur actuel se retrouve vite perdu. Je pense que ce serait vraiment bien si un spécialiste de l’histoire du département se penchait sur ce livre et y ajoutait ses connaissances pour que les lecteurs d’aujourd’hui puissent comprendre et situer tout ce qu’il lit. Le livre n’en gagnerait que plus d’intérêt !

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J’ai également eu un peu de mal avec le style d’écriture. Je suis parfaitement consciente qu’il s’agissait du style journalistique de l’époque et que dans les années 40, tout le monde y était habitué. Mais personnellement, j’ai trouvé la plume très lourde et j’avais parfois besoin de relire des phrases pour les comprendre. Il fallait que je sois bien concentrée pendant cette lecture. Malheureusement avec le nombre de lectures requises pour mes cours de littérature ou de linguistique, j’avais envie de me détendre et je ne le pouvais pas vraiment avec ce livre.

Le malheur fortifie les âmes. Orléans restera fidèle à son passé et préparera l’avenir.

Difficile de faire des critiques sur un tel livret puisqu’il nous donne un témoignage unique sur le drame de l’Occupation dans le Loiret. Mais bon, j’ai toujours partagé un avis honnête sur le blog et puis mes critiques n’en sont pas vraiment, ce sont plutôt des petits détails qui m’ont empêché d’avoir un coup de coeur. Le livre en lui-même reste très instructif et je ne regrette vraiment pas de l’avoir lu. Je le conseille à tous ceux qui s’intéressent à l’Occupation et au département du Loiret. C’est captivant de voir comment l’arrivée des allemands a été perçue dans les petits villages. Les documentaires se concentrent d’habitude sur Paris ou autres grandes villes mais ils parlent rarement des zones rurales dans lesquelles l’Occupation a été tout aussi horrible qu’ailleurs.

Note : 19/20
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PS : j’ai décidé de ne pas mettre des GIF animés dans cette chronique mais plutôt des photos de mon beau département. La première photo a été prise sur la place principale d’Orléans, la seconde représente le château de Sully et la dernière, le château et le vieux pont de Gien.

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La Guerre d’Algérie – Patrice Gélinet

Couverture La Guerre d'Algérie

Résumé :

« La nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954 marque la naissance du Front de libération nationale et le début de la guerre d’Algérie. Une guerre qui durera huit ans, des attentas terroristes presque quotidiens, l’envoi en Algérie de plus d’un million de soldats du contingent, la chute de la IVe République, l’emploi de la torture, une tentative de putsch militaire, l’exode en 1962 de plus de huit cent mille pieds-noirs, le massacre des harkis et l’indépendance d’une colonie sur laquelle le drapeau français flottait depuis cent trente-deux ans. Comment en rendre compte ? A la fin des années 1980, Patrice Gélinet a donné la parole à quarante témoins, les principaux acteurs de la guerre d’Algérie, de part et d’autre de la Méditerranée : militaires français, combattants du FLN, activistes de l’OAS, pieds noirs, journalistes et hommes politiques… Aujourd’hui, plus d’un demi-siècle après la conclusion des accords d’Evian qui scellent l’indépendance de l’Algérie, ces témoignages permettent de saisir la passion qui animait les principaux protagonistes et aussi de tenter, le recul aidant, d’aborder une histoire douloureuse avec la sérénité nécessaire. »

Mon avis :

Je tiens tout d’abord à remercier Babelio et les éditions Acropole pour l’envoi de ce livre!

Cette année nous célébrons les 100 ans de la bataille de Verdun. C’est une bataille dont tout le monde a entendu parler que ce soit en primaire, au collège ou au lycée. On l’étudie pour ne pas oublier l’horreur des tranchées et le sacrifice de nos ancêtres. Mais qu’en est-il de la guerre d’Algérie ? Personnellement, je me souviens avoir passé trente petites minutes dessus en classe de première. C’est tout. Je ne sais quasiment rien sur ce conflit et pourtant, l’un de mes grand-père a été envoyé en Algérie et y a combattu. C’est pourquoi lors de la masse critique organisée par Babelio j’ai choisi ce livre, pour en apprendre un peu plus sur cette page très sombre de notre Histoire qui est souvent passé sous silence par nos professeurs…

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Loin d’être un simple livre explicatif de la guerre d’Algérie, ce livre est en fait un recueil de témoignages et de déclarations officielles. En 1987, le journaliste Patrice Gélinet décide de consacrer dix émissions radiophoniques à la guerre d’Algérie et interroge donc de multiples témoins directs : des généraux français, des combattants Algériens, des pieds-noirs… En 2016, il décide de rassembler ses témoignages dans un livre et des les mêler à des discours officiels notamment du général De Gaulle ou à des extraits de reportages diffusés à la radio française en plein milieu du conflit. En remettant tous ces éléments dans l’ordre, l’auteur nous offre un aperçu de la guerre d’Algérie du point de vue de ceux qui se sont battus, qui ont du prendre des décisions plus difficiles les unes que les autres, qui ont tué des innocents pour une cause qu’ils pensaient juste. En fait, l’auteur se met en retrait. Ses écrits sont très courts et ne servent qu’à faire la jonction entre deux témoignages ou à nous expliquer quelques petits détails (notamment tous les acronymes tels que FLN, ALN, OAS). L’essentiel de ce livre est donc constitué de témoignages souvent émouvant, parfois choquant ou agaçant. Il est donc assez difficile de faire une chronique sur ce livre car je ne peux pas dire Untel ment, Untel exagère… Ces hommes et femmes nous racontent leur expérience de ce conflit meurtrier afin que nous, les jeunes générations, n’oublions jamais ce qui s’est passé là-bas.

Les guerres, c’est comme ça, ça rend aveugle. La passion qui habite les gens leur fait commettre toutes sortes de choses qui seraient inconcevables en temps de paix.

Je dois avouer que l’auteur a été très habile dans sa façon de compiler les différents témoignages. En effet, lorsqu’on lit les déclarations d’un ex-membre du FLN (Front de libération nationale), on lit ensuite celles d’un général ou d’un pied-noir en faveur d’une Algérie française. Tous les points de vue sont donc représentés, à proportion égale. Quoiqu’il arrive, le lecteur n’est nullement influencé : chacun est libre de se forger sa propre opinion.
J’ai aussi apprécié le fait que les personnes interrogées soient d’un milieu différent. Patrice Gélinet n’aurait pu interroger que des « soldats » français et algériens puisque, après tout, ce sont eux qui faisaient la guerre. Mais non. Il a aussi laisser la parole a des pieds-noirs, à un évêque, à un curé… Grâce à ces témoignages-là, on a aussi le point de vue des civils et c’est particulièrement touchant.

Patis

Ce livre présente plusieurs particularités. Tout d’abord, on retrouve fréquemment des flashcodes qui, grâce à notre téléphone, nous permettent d’accéder aux extraits radiophoniques des déclarations que nous sommes en train de lire. Je ne me suis pas servi de tous les flashcodes. J’avoue que, admirant ce très grand homme (au sens propre comme figuré), j’ai surtout écouté les discours du général de Gaulle. Ce principe est un atout pour ce livre car il permet de nous plonger directement à l’époque où ces déclarations ont été faites. En un clic, on se retrouve au coeur de cette époque troublée et cela donne une dimension très réelle au livre.

De Gaulle était un homme d’une telle stature qu’on ne pouvait pas « s’amuser » avec lui. Ou bien on le renversait, ou bien on le brisait, mais en aucun cas on ne pouvait s’amuser à vouloir le chatouiller, l’égratigner, car nous savions bien que le personnage avait une telle dimension historique que c’est lui qui nous briserait, qui nous écraserait.

Autre particularité, l’auteur a réuni à la fin de ce livre les biographies de toutes les personnes que nous avons rencontré au cours de notre lecture. C’est particulièrement utile car, j’avoue, on se perd un petit peu entre les différents généraux français, les combattants Algériens, les pro-Algérie française, les pro-Algérie indépendante… On retrouve aussi bien la biographie de Marie Elbe, une pied-noir, que celle de Jacques Massu, qui fut préfet d’Alger, ou encore celle de Yacef Saadi, figure emblématique du FLN.
Enfin, après les biographies, on retrouve une chronologie complète et détaillée du déroulement de la guerre d’Algérie. Elle est intéressante, bien écrite et surtout très instructive. J’ai d’ailleurs appris tout un tas de chose lors de ma lecture, et rien que pour ça, ce livre mérite une très bonne note.

Je crois que le but de la guerre, c’est de s’arrêter un jour, non ?

Si je devais cependant ajouté une petite note négative, je dirais que parfois deux témoignages successifs ne traitent pas d’un même sujet. Sans introduction préalable, on se retrouve un peu perdu et on se demande pourquoi il parle de ceci alors que juste avant, on parlait d’autre chose. Mais bon, je chipote peut-être un peu, ça n’arrive pas très souvent au cours du livre.

Ce qui était intolérable à cette époque, c’était cette espèce de monstrueuse hypocrisie des pouvoirs publics. C’était Guy Mollet disant « les cas [de torture] se comptent sur les doigts de la main » alors qu’il y en avait des milliers.

En bref, je remercie vraiment Babelio et les éditions Acropole de m’avoir permis de découvrir ce livre et de m’avoir aidé à en apprendre beaucoup plus sur un conflit dont on ne parle pas assez. Nous y avons été tour à tour bourreau puis victime, nous y avons laissé de nombreux soldats et civils mais nous avons aussi pris de nombreuses vies. Personne ne voulait de cette guerre et pourtant elle a eu lieu. En lisant, on perçoit dans les déclarations des témoins des sentiments aussi variés que contradictoires : la haine, la peur, la culpabilité, l’acceptation, le soulagement… Je pense que ce livre est adapté à une première lecture sur la guerre d’Algérie puisqu’il est loin d’être ennuyeux, l’auteur ne nous assomme pas avec des dates ou des faits historiques, il nous fait réellement vivre le conflit.

(Mettre un GIF où le général de Gaulle apparaît
en compagnie du Président Kennedy est, vous vous
en doutez, totalement indépendant de ma volonté.
En réalité il existe très peu de GIF du général!)

Note : 17/20
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Le cas de conscience, c’est une affaire intime. Vous savez très bien quand une bombe explose ; puis on vous montre dans le journal un gosse de cinq ou six ans qui a une jambe coupée. Vous ne pouvez pas rester insensible, mais vous fermez les yeux, vous vous dites que c’est la guerre.

Race : Histoires orales d’une obsession américaine – Studs Terkel

Couverture Race : Histoires orales d'une obsession américaine

Résumé :

« Au début des années 1990, Studs Terkel interroge ses concitoyens sur une question qui leur brûle les lèvres : celle de la race. A travers le prisme de récits et de confessions qui se font écho, du prêtre blanc rebelle à la petite frappe, du propriétaire d’un pavillon de banlieue à un ex-syndicaliste au chômage, d’une professeure d’université d’origine cubaine à des couples mixtes, ou encore du neveu du fondateur de l’Apartheid à la mère d’Emmett Till, dont le lynchage fut déterminant dans l’essor du mouvement pour les droits civiques, c’est une société divisée, parcourue de sentiments violents et contradictoires, qui se donne à voir. Avec ces entretiens, qui retracent l’évolution de la question raciale aux USA de l’époque de la ségrégation jusqu’aux régressions sociales des années 1980 et 1990 en passant par les grands mouvements des années 1960, Studs Terkel nous fait éprouver l’entrelacement des histoires individuelles, des transformations socio-historiques et des événements politiques qui viennent en bouleverser le cours et marquer profondément les mémoires. Ces témoignages, d’une sincérité et d’une force stupéfiantes, dessinent un portrait des Etats-Unis d’une remarquable complexité. Mais doit-on s’étonner de cette complexité s’agissant d’un pays fondé sur l’esclavage, dans lequel les Noirs étaient il y a peu encore privés de leurs droits civiques, et qui a aujourd’hui un président noir, sans bien sûr que le racisme y ait disparu ? »

Mon avis :

Je tiens tout d’abord à remercier le site Babelio et les éditions Amsterdam pour l’envoi de ce livre, dans le cadre de la masse critique.

J’avais sélectionné le livre Race de Studs Terkel car, comme vous commencez à le comprendre, je suis passionnée par l’histoire des Etats-Unis et surtout les années 50/60, qui malheureusement étaient marqués par une très forte ségrégation. Le fait que je sois en LCE Anglais que j’ai donc des cours de civilisation américaine a aussi influencé mon choix! C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que je me suis lancée dans cette lecture et je n’ai vraiment pas été déçue. (Vous trouverez, exceptionnellement, beaucoup de citations dans cette chronique. Mais je n’arrivais pas à me décider, je ne savais pas lesquelles laisser de côté.)

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Bien que l’auteur de ce livre soit Studs Terkel, il n’a écrit que peu de texte. En fait, ce livre est un recueil de témoignages de plusieurs dizaines de personnes. Ces témoignages tournent tous autour du même thème : la ségrégation et les problèmes raciaux aux Etats-Unis. Studs Terkel ne pose que peu de questions. En réalité, c’est comme si les gens avaient besoin de se livrer, de dire tous ce qu’ils avaient sur le cœur. Chaque témoignage fait plusieurs pages.

Mises à part quelques incursions ailleurs, le théâtre de ce travail est la ville de Chicago. De toutes nos villes, c’est celle qui incarne le mieux l’Amérique. C’est ici que sont venus chercher du « boulot » des gens issus de toutes les ethnies, venus d’Europe de l’Est ou de la Méditerranée ; c’est ici aussi que sont venus les Appalachiens des Etats frontaliers, mais aussi les Africains-Américains du Sud profond qui, comme les autres, venaient chercher ici une vie meilleure. 

Comme vous pouvez l’imaginer, la plupart des gens qui nous racontent leurs histoires sont des Africains-Américains. Ils partagent leur ressenti, leurs expériences plus ou moins douloureuses et leur point de vue sur le racisme aux Etats-Unis. Ils parlent du passé, du présent mais aussi du futur, donc ce livre couvre plusieurs décennies ce qui est vraiment très intéressant. Les dates des interviews ne sont pas toujours précisées. Mais, les témoins parlent souvent de personnages historiques comme Martin Luther King, donc on comprend tout de suite quelle époque ils évoquent. On peut donc lire les témoignages de personnes ayant participé à la lutte des droits civiques aux côtés de MLK, ou d’autres qui ont fait partie des Black Panthers, ou même des noirs musulmans qui admiraient Malcolm X. On peut aussi découvrir la colère des gens face aux mesures sociales du président Reagan et c’est vraiment intéressant car cela date seulement des années 80. On a du mal à se dire que certaines des anecdotes racontées se sont déroulées il y a à peine 30 ans…

Depuis l’élection de Ronald Reagan en 1980, le dénigrement racial s’exprime de façon plus ouverte et impudente.

Même si les Africains-Américains représentent la plus grande partie des témoins, il y a aussi des gens d’autres origines. Il y a par exemple des immigrés et descendants d’immigrés Polonais, Latinos ou Japonais. Concernant ces derniers, on en apprend un peu plus sur leurs conditions de vie pendant la seconde guerre mondiale. On se rend compte que le racisme envers les noirs n’est pas le seul présent aux Etats-Unis. En effet, la haine envers les « Japs » est toujours là. On en apprend aussi un peu plus sur les camps d’internement dans lesquels les Japonais (ou plutôt Américains d’origine japonaise) étaient enfermés lors de la seconde guerre mondiale. Ce livre est donc passionnant, dans le sens où il nous permet d’en apprendre plus sur des événements sombres de l’histoire des Etats-Unis que les livres d’école évoquent peu.

Ici, ce n’est pas un melting-pot. C’est plutôt un mille-feuille. Je crois que nous sommes une société pluraliste. Cette ville est divisée par des viaducs, des voies de chemin de fer, des sens interdits. On dit : là, c’est polonais ; là, c’est italien ; là, c’est juif ; là, c’est une communauté mexicaine. Il faut vivre et laisser vivre. Mais nous devons préserver notre identité.

Mais le vrai point positif de ce livre, c’est qu’il met en contraste les propos des gens victimes de la ségrégation, et ceux des gens qui l’exercent. En effet, on y trouve des témoignages de blancs, qui n’ont jamais aimé les noirs et qui ne s’en cachent pas. Certaines paroles sont choquantes. Certaines interviews sont dures à lire. Par exemple, je trouve ça tellement horripilant de voir quelqu’un parler des « Nègres » et encenser le Ku Klux Klan. On se demande comment des gens peuvent continuer à penser comme ça. Les « nègres » et les « japs » sont des termes tellement péjoratifs et ils rappellent le terme de « youpin » qui évoque une des périodes les plus horribles de l’histoire moderne… Je ne comprend pas comment on peut encore utiliser ces mots là. Surtout aux Etats-Unis qui sont tout de même une terre d’immigration depuis le XVIIe siècle. Les Américains, (sauf les Indiens d’Amérique), ne doivent pas oublier qu’ils sont tous descendants d’immigrants… Enfin bref, restons dans la chronique!
Dans ce livre, on en apprend aussi sur le racisme de certains noirs Américains envers les juifs ou envers d’autres communautés. En fait, ce livre n’est pas fait pour stigmatiser les blancs, en disant « Tous les blancs sont des racistes, tous les noirs sont des victimes ». Non, chacun est libre de se faire sa propre opinion sur ce qu’il lit car tous les points de vue sont représentés.

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Je suis d’accord avec l’idée qu’il faut agir contre les discriminations, mais on ne peut pas rabaisser l’élite pour aider ceux du bas, cela reviendrait à détruire le pays. Il faut que les meilleurs continuent à progresser quelle que soit leur couleur de peau.

Certains témoignages sont vraiment touchant. Je ne pourrais pas vous dire le nombre précis de récits qui m’ont mis la larme à l’œil, mais il y en a eu un certains nombres. J’ai choisi de vous parler du témoignage de Tyrone Mitchell. On le trouve dans le chapitre Lost And Found. En français, cela donnerait Objets trouvés. En fait, dans ce chapitre on peut lire le témoignage de plusieurs noirs Américains qui ont fait partie d’un gang (ou qui en font toujours partie) mais qui cherchent à se racheter et qui à présent veulent juste une vie normale, une femme, des enfants et un travail. Tyrone faisait partie d’un gang étant plus jeune, ils faisaient souvent appel à la violence. C’était sa façon de vivre. Maintenant il a un travail et essaie de parler aux jeunes pour ne pas qu’ils suivent le même chemin que lui. La dernière phrase de cette interview est « C’est trop bon : Tyrone est de retour. » Il est de retour. Il est revenu de cette vie de violence et de vices. Il a réussi à sortir de cet enfer et aspire maintenant à une vie tranquille. C’est vraiment touchant de lire des témoignages de ce genre.

Je sais une chose : il y a des gens bien sous chaque couleur de peau. […] Il y a des gars bien chez les Blancs, il y a des gars bien chez les Noirs, il y a des gars bien chez les Latinos. Ce qu’il faut, c’est les chercher et les trouver.

En ce qui concerne le style d’écriture, on ne peut pas vraiment en parler car, comme je vous l’ai dit au début de cette chronique, Studs Terkel ne retranscrit pas les interviews à sa façon, il les retranscrit telle quelle. Chaque personne a donc une manière différente de s’exprimer. Certains parlent très correctement, avec un langage très soutenu, d’autres ont eu une moins bonne éducation et utilisent donc un vocabulaire commun, voire même familier. Mais ce n’est pas dérangeant. En fait, cela nous aide à cerner la personne à laquelle on a à faire. En effet, avant chaque témoignage, Studs Terkel nous fait une brève présentation de la personne, mais l’âge ou l’origine n’est pas toujours précisée. C’est au cours de notre lecture que l’on comprend qui est vraiment cette personne.

Il y a toute une nouvelle génération de jeunes Américains blancs qui n’ont pas connu le mouvement pour les droits civiques. Ils ne savent rien de cet événement majeur de l’histoire de l’Amérique. Ils ont grandi sous les deux mandats de Reagan. Ils ne se sentent pas particulièrement coupables.
Les enfants noirs connaissent le mouvement grâce à la télévision et à ce que leur ont raconté leurs parents. Ils ne l’ont pas vécu. Il y a un regain d’intérêt pour Malcolm X, mais ils n’appréhendent pas l’homme sous toutes ses facettes.

Quand à la structure de ce livre, elle est plutôt bien pensée. Les témoignages sont regroupés par catégories. Par exemple, un des chapitres se nomme « 911 ». C’est-à-dire que les personnes interrogées sont ou étaient des policiers ou des pompiers. Un autre chapitre concerne l’éducation, un autre se concentre sur l’habitation… Le livre est en fait divisé en plusieurs thèmes.

Si un noir passe à la télé et se moque des blancs, ou les imite en prenant l’air apeuré, c’est un humoriste. Mais si un blanc passe à la télé et dit la même chose des noirs, c’est un raciste. Je trouve ça pas juste. Et je ne suis pas le seul à le penser.

En bref, voici un livre que je vous invite fortement à découvrir. Il est vraiment bien conçu et nous permet d’en apprendre plus sur la société américaine. De plus, vous n’avez pas besoin de le lire d’un trait, car il n’y a pas d’histoires à proprement parler. Vous pouvez lire un témoignage de temps en temps. Donc je pense que tout le monde peut l’apprécier d’une façon différente.

Note : 20/20
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J’avais le sentiment qu’être une Blanche de la classe moyenne était vraiment stigmatisé. Que tout était de notre faute. Ces dernières années, dès qu’il était question de quelque chose dans le journal, on aurait dit que c’était de ma faute. C’était de ma faute s’il y avait des gens à la rue. C’était de ma faute s’il y avait des problèmes au gouvernement. Partout où j’allais, on aurait dit que c’était ma faute. Même à l’église. Ça me mettait vraiment en colère.

Paroles de Poilus, Lettres et carnets du front (1914-1918)

Couverture Paroles de Poilus

Résumé :

« Ils avaient dix-sept ou vingt-cinq ans. Se prénommaient Gaston, Louis, René. Ils étaient palefreniers, boulangers, colporteurs, bourgeois ou ouvriers. Ils devinrent soudainement artilleurs, fantassins, brancardiers… Voyageurs sans bagage, ils durent quitter leurs femmes et leurs enfants et revêtir l’uniforme mal coupé, chausser les godillots cloutés… Sur huit millions de mobilisés entre 1914 et 1918, plus de deux millions de jeunes hommes ne revirent jamais le clocher de leur village natal. Plus de quatre millions subirent de graves blessures.. Huit mille personnes ont répondu à l’appel de Radio France visant à collecter les lettres, jusqu’ici éparpillées, de ces Poilus. Cet ouvrage en présente une centaine. Des mots écrits dans la boue et qui n’ont pas vieilli d’un jour. Des mots déchirants, qui devraient inciter les générations futures au devoir de mémoire, au devoir de vigilance comme au devoir d’humanité. »

Mon avis :

Il y a cent ans, notre pays était au cœur d’une guerre qui fera deux millions de victimes du côté français. Lire les lettres et carnets écrits par les poilus au sein même des tranchées est essentiel pour le devoir de mémoire mais aussi pour se rendre compte de ce qu’était réellement leur calvaire.

J’ai été vraiment très touchée par cette lecture et j’ai même versé quelques larmes.

Tout au long de ma lecture je me suis demandée ce que j’allais bien pouvoir raconter dans cette chronique car le titre du livre se suffit à lui-même. On sait ce qu’on va lire, on sait que cela va être poignant et que nous ne ressortirons pas indemne de cette lecture.

Beaucoup des lettres présentes dans ce recueil ont été rédigées par des soldats morts pendant la guerre et dans les années 20 à cause des séquelles de cette guerre. C’est d’autant plus émouvant de lire une lettre et de savoir que deux jours après, cette personne était morte d’un éclat d’obus dans le cœur. D’ailleurs, je trouve ce livre très bien fait car pour la plupart des lettres, on a quelques lignes de description de l’auteur : son nom, son métier, s’il était marié, mais aussi comment et quand il est mort.

Ce que j’ai également beaucoup aimé dans ce livre est qu’il y avait des soldats de lettres allemands. Et on constate qu’il n’y a pas tant de différences en réalité entre les lettres des soldats « ennemis ». Français et allemands ne voulaient pas de cette guerre et le faisaient bien savoir à leur famille au travers de leurs écrits.

La lettre qui m’a vraiment émue aux larmes est celle de Jean Blanchard, qui fait partie des « martyrs de Vingré », ces soldats qui ont été fusillés à tort le 4 décembre 1914 pour abandon de poste et pour avoir soi-disant reculé devant l’ennemi. Ces six soldats ont été réhabilités par la suite, mais évidemment, le mal était fait. Cette lettre présente donc les adieux d’un mari à sa femme. Et on sent bien dans sa lettre qu’il souffre, non pas de cette injustice qui va le faire fusiller, mais au fait que la « honte de son abandon de poste » se répercute sur sa femme, sur sa famille. Cette lettre de trois pages est vraiment magnifique et nous pousse à réfléchir sur les agissements des chefs de guerre à l’époque de la première guerre mondiale.

Une des autres lettres que j’ai trouvé particulièrement émouvante est celle d’un certain « Jacque ». Il ne sait pas écrire, enfin du moins il ne connaît pas l’orthographe, la grammaire, la conjugaison, ce qui était monnaie courante à cette époque. Cependant, il écrit à sa famille pour leur donner de ses nouvelles. Je n’imagine même pas les difficultés qu’a rencontré cette homme pour écrire ces quelques mots, non seulement il était sous le feu des balles et des obus, mais en plus il s’applique à écrire des lettres, ce qui devait lui demander un gros effort et une grande concentration, pour que sa femme ne s’inquiète pas inutilement.

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J’ai choisi de vous parler de ces deux lettres en particulier car ce sont celles qui m’ont vraiment fait pleurer. Toutes les autres sont bien évidemment magnifiques. Elles décrivent l’horreur de la guerre, nous permettent de comprendre un peu mieux ce que les Poilus ont vécus. Certaines sont pleines de détails macabres et on se demande même comment les soldats qui ont survécus ne sont pas tous devenus fous après ce qu’ils avaient pu voir, l’horreur de la guerre, leurs amis tombés morts dans leur bras, les blessures toutes plus graves les unes que les autres.

Bref, vous l’aurez compris j’ai beaucoup aimé cette lecture et je vous la conseille grandement. Je pense même que ce livre devrait être lu au collège ou au lycée pour perpétuer notre devoir de mémoire.

Pour finir cette chronique, je vous propose ces quelques citations car après tout, la guerre, ce sont nos soldats qui en parlent le mieux :

Je veux après la guerre, si mon étoile me préserve, avoir la satisfaction d’avoir fait mon devoir, et le maximum de mon devoir. Je veux que personne ne puisse me contester le titre de Français, de vrai et de bon Français.

Que c’est intéressant la guerre ! On peut être fier de la civilisation.

J’étais l’autre jour dans les tranchées. Je n’ai jamais rien vu de si terrible. Ils avaient étayé leurs tranchées avec des morts recouverts de terre, mais, avec la pluie, la terre s’éboule et tu vois sortir une main ou un pied, noirs et gonflés. Il y avait même deux grandes bottes qui sortaient dans la tranchée, la pointe en l’air, juste à hauteur comme des portes manteaux. Et les « joyeux » y suspendaient leurs musettes, et on rigole de se servir d’un cadavre boche comme porte-manteau.

Que d’horribles blessures ! L’un a le poumon qui sort et il ne se plaint pas, l’autre a des débris de cerveau sur son cou et ses épaules et il veut marcher.

Je ne ferai rien pour disparaître, je n’ai pas le sang d’un héros. J’ai même comme un frisson quand la mort me frôle de trop près et, machinalement je fais ce qu’on appelle son devoir. Je suis un de ces millions d’anonymes qui forment l’instrument pour forger une page sanglante de notre histoire. Cette époque sera bâtie avec beaucoup d’héroïsme, de tristesse et de lâcheté.

Note : 20/20

Madame, vous êtes une prof de merde ! – Charlotte Charpot

Couverture Madame, vous êtes une prof de merde !

Résumé :

« Jeune enseignante, Charlotte Charpot est parachutée pour sa première affection dans la banlieue de Nîmes. Rien ne lui sera épargné: élèves insolents, caillassage de voiture et indifférence de leurs supérieurs. Après sa mutation à Bruxelles, les choses sont pires. La voilà plongée dans la réalité du « flexi-prof », qui enseigne aussi bien le français que l’histoire, au milieu des insultes proférées par les élèves… ou par les parents. Derrière cet itinéraire malheureusement banalisé se cache la voix de centaines de professeurs en désarroi. Au-delà de ses désillusions personnelles, l’auteur dénonce la violence interne à l’Ecole : violence de l’abandon des enseignants par leur hiérarchie, violence verbale et physique des élèves, violence des réformes politiques mal adaptées… Comment survivre dans de telles conditions ? »

Mon avis :

Avant que vous ne lisiez ce livre, ou cette critique, je tiens à vous préciser quelque chose : l’auteure, Charlotte Charpot, a tout vu, tout entendu, tout fait, tout expérimenté. Elle est bien trop intelligente, talentueuse, douée pour faire ce bas-métier qu’est enseignant au collège/lycée.
Enfin, ça c’est ce qu’elle nous fait comprendre dans ce livre. Je ne sais pas si c’est ce qu’elle a voulu dire en réalité, mais si ce n’est pas le cas, alors cette femme ne sait pas s’exprimer (ce qui est plutôt regrettable pour une professeur, pardon ex-professeur, de français).

toujours meilleure

Donc. Ce livre de 250 pages est le récit de l’expérience qu’a connu l’auteur dans l’éducation en France, puis en Belgique. Dès le début, on comprend que rien ne lui plaît. Absolument rien. On a même l’impression que le contact avec les élèves ou les autres professeurs l’irritent. Je me demande pourquoi elle a choisi ce métier. Vraiment! Tout son livre n’est qu’une critique acerbe du collège, du lycée, des enseignants, des élèves, des parents, des proviseurs, des réformes ministérielles… Attention, je ne dis pas que tout va bien dans le meilleur du monde, tout le monde sait que l’école est un sujet sensible et qu’on est loin de la perfection. Mais je pense que du point de vue d’un auteur qui veut faire passer un message à ses lecteurs, elle aurait du modérer ses propos.

De plus, si l’auteur était si intelligente que ça, pourquoi ne proposerait-elle pas de solutions ? Ce serait intéressant de voir ce qu’une ex-professeur pourrait faire ou dire pour améliorer les choses! Mais non, elle se contente de critiquer, critiquer, critiquer. C’est lourd! Sincèrement, c’est une oeuvre à laquelle il faut s’accrocher pour venir à bout de ses 250 pages. Dès le premier chapitre j’en avais déjà assez. Elle se met trop en avant, elle en sait plus que tout le monde, c’est fatiguant. Non mais sérieusement, dans ce livre elle dit qu’après un entretien d’embauche, pour lequel on lui a fait passer un test de compétences, la personne s’est excusée car l’auteur était évidemment qualifiée (voir même sur-qualifiée) pour ce poste.

Bon, soit. Elle n’a pas aimé son expérience dans l’Education Nationale en France. Donc elle est parti en Belgique TOUT EN SACHANT QUE CE SERAIT PIRE! J’ai juste une question : pourquoi ? Pour pouvoir critiquer encore plus et montrer sa supériorité intellectuelle évidente ?
J’ai l’impression que cette auteure vit bien en dehors de la réalité. Non mais sérieusement, une phrase m’a fait hurlée de rire. Elle a bien fait rire mes parents aussi, avec qui je l’ai partagée :

Je ne sais pas si quelqu’un d’autre qu’un prof peut savoir ce qui signifient 7 heures dans la journée.

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Sachez chère madame que vous n’êtes pas la seule à travailler 7h par jour, et vous n’étiez sûrement pas la plus à plaindre en terme de volume horaire (pour vous rafraîchir la mémoire, un simple lycéen a 8h de cours par jour + ses devoirs + ses révisions)…

Avant de lire ce témoignage, j’ai été voir sa note sur livraddict : elle de 10/20. Ça me rassure de voir que je ne suis pas la seule à ne pas être emballée par ce livre (j’avais peur que mon intelligence soit trop réduite pour apprécier la plume de l’auteur voyez-vous).

Mon intelligence n’a pas besoin des vêtements adéquats pour être visible. 

Bref, je ne vous recommande pas du tout ce livre. Personnellement, après avoir lu ce témoignage je suis plus en colère contre l’auteur que contre le système et l’Education Nationale.
D’ailleurs à la 98e page du livre, on trouve la citation :

Après tout, que sommes-nous face à l’enseignement si l’humilité et l’échange disparaît ? 

Eh bien effectivement, un peu d’humilité ne lui ferait pas de mal.

Note : 4/20
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