Damoclès – Fatou Ndong

Couverture Damoclès

Résumé :

« Madelyn Johnson est une jeune afro américaine de dix-sept ans. Elle grandit à Jackson, dans le Mississippi, l’un des Etats le plus ségrégationniste d’Amérique. Tout va basculer lorsqu’elle se verra confier par sa mère, employée en tant que bonne au sein de la famille la plus riche de Jackson, la lourde tâche de donner des cours particuliers à leur fils. Une mission à garder secrète quoi qu’il en coute. Les Johnson devront non seulement faire face à la vie quotidienne dans le ghetto noir, mais aussi à l’absence d’un père qui a dû fuir le Ku Klux Klan il y a plusieurs années. Car dans le Mississippi, la peine de mort est la seule sentence pour les noirs coupables de quelque préjudice qu’il soit… »

Mon avis :

Je tiens tout d’abord à remercier l’auteure pour l’envoi de ce livre ! Quand j’ai lu le résumé, je me suis dit qu’il fallait absolument que je découvre ce roman. Étant une grande passionnée de l’Histoire des États-Unis et m’intéressant tout particulièrement au combat pour les droits civiques, j’ai su que ce livre était fait pour moi. Et je n’ai vraiment pas été déçue.

Au début du livre, nous faisons la connaissance de Paul Harper, un jeune entrepreneur sur le point de devenir papa. Alors que sa femme est en salle d’accouchement, son ami et collègue Gibson reste pour le soutenir. Ce même Gibson l’encourage à se changer les idées en parlant d’autre chose, il ne s’attendait certainement pas à ce que Paul le renvoie de son entreprise, n’ayant plus besoin de lui… Qui aurait cru que dix-huit ans plus tard, les deux anciens amis se retrouveraient en tant qu’adversaires dans la course à la mairie ? Qui aurait cru que leurs enfants respectifs deviendraient amis et s’allieraient dans une bataille sans merci pour « nettoyer la ville » ? Madelyn, fille de la servante des Harper, se retrouve au milieu de toute cette folie raciste, politique et sociale. Elle aimerait bien que son amitié avec Sebastian, le fils de Paul et donc un blanc, soit acceptée d’un côté comme de l’autre. Mais elle se rend compte que le chemin vers l’égalité des noirs et des blancs est semé d’embûches et qu’il faudra encore du temps, beaucoup du temps pour que les choses changent.

Les gens parlent, ils disent des choses à propos de Madelyn…
– Madelyn ?
– On l’aurait vu à plusieurs reprises en compagnie d’un blanc… Moi je ne dis rien, tu sais ! Mais tu connais les rumeurs… Je préfère t’avertir avant que tu ne l’entendes de la bouche de quelqu’un d’autre. Si c’était vrai… et je ne dis pas que ça l’est… ça pourrait être très dangereux pour elle.

Pour faire simple, j’ai adoré ce livre. Contrairement à d’autres romans trop « structurés », je n’ai pas eu l’impression d’avoir un début, un milieu avec son paroxysme et une fin. Pour moi, quand on apprend à connaître les Johnson et les Harper, c’est comme si on rencontrait quelqu’un et qu’on faisait sa connaissance. Les personnages prennent vie très rapidement. On sait qu’il y a un avant, qu’ils ont vécu des choses avant le début de ce livre et qu’ils en vivront après la fin. Je ne sais pas comment l’auteure s’y est pris mais c’est un coup de génie car j’avais vraiment l’impression de découvrir des personnes réelles plutôt que des personnages sortis de son imagination. Par conséquent, il était plus facile de les imaginer physiquement et de me représenter toutes les scènes dans la tête. J’ai donc trouvé cette lecture très vivante et c’est pourquoi je ne me suis pas ennuyée une seule fois.

Au début, j’avais un peu peur de me perdre avec tous ses personnages. Il y a les principaux comme Paul, Teresa, Madelyn, Sebastian, Sean et James mais il y a aussi les personnages mineurs comme Bettie Sue, Trent, Jane, Kirt… Mais l’histoire est tellement prenante qu’on arrive très vite à comprendre qui est qui et quel est le rôle de chacun. En revanche, je ne saurais dire qui est mon personnage préféré. Évidemment il y a les mauvais, les racistes, ceux qui se croient supérieurs aux noirs. Ceux-là, je ne les ai pas aimé. Mais j’ai aimé découvrir leurs histoires. Parfois, les auteurs bâclent la description des « méchants de l’histoire » et préfèrent se concentrer sur celle des héros. Mais ici, Fatou Ndong fait réellement exister les gens comme James et leur donne une véritable profondeur psychologique. J’ai vraiment apprécié le fait qu’elles développent tous ses personnages de la même façon.

J’ai également adoré la narration par de multiples personnages. Parfois, on relit la même scène vue par deux personnages différents. La première fois que c’est arrivé, je me suis dit que si cela arrivait trop souvent j’allais vite m’ennuyer. Mais pas du tout ! Au contraire, toutes les fois où c’est arrivé, j’ai aimé découvrir ce que pensaient les personnages de leur interlocuteur. Grâce à ces parallèles on apprend vite à cerner les personnages. On voit s’ils sont naïfs ou au contraire parfaitement lucides et cela nous aide à comprendre si l’on doit se fier à leur capacité de jugement…

Si tu veux un conseil, si j’étais toi, je lui poserais un ultimatum. Il renonce à voir sa négresse et il se projette dans l’avenir avec toi. Autrement, il devient la risée de tout Jackson et bien entendu, tu le deviendras aussi par la même occasion.

Le fait que des réalités historiques aient été intégrées dans le livre nous aide à nous plonger complètement dans l’histoire. On n’a aucun mal à s’imaginer que Madelyn et Sebastian ont réellement existé. Ils sont un peu les Roméo et Juliette des temps modernes. Même sans parler d’amour, ces deux jeunes gens tiennent l’un à l’autre comme de véritables meilleurs amis. Ils ne font rien de mal et pourtant les conventions sociales leurs interdisent de se voir. J’imagine sans peine que des amitiés telles que celle-ci existaient dans l’Amérique des années 60 et c’est pourquoi ce livre m’a autant bouleversé.

N’avais-je pas cette épée de Damoclès au-dessus de ma tête ? Tout ce temps, j’avais voulu croire que j’étais de ceux qui ne seraient jamais en danger, parce que j’avais Sébastian, je me mentais à moi-même. Je fermais les yeux sur tout, je n’écoutais pas les avertissements que l’on me faisait, je détournais les yeux devant les panneaux d’alerte que l’on mettait sur mon chemin.

Quant à la fin, je ne m’attendais pas du tout à ça. Ai-je été déçue pour autant ? Oh que non. Ce retournement de situation inattendu avec James, le comportement de Sean, la décision de Madelyn et les espoirs de Sebastian concluent magnifiquement ce roman.

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City on Fire – Garth Risk Hallberg

Résumé :

« 31 décembre 1976. New York se prépare pour le réveillon. Chez les Hamilton-Sweeney, Felicia accueille financiers et mondains tandis qu’à l’autre bout de la ville, dans le Lower East Side, Charlie, venu de Long Island, attend Sam pour assister à un concert punk. Mais Sam a un autre rendez-vous auquel elle tient plus que tout. Elle retrouvera Charlie dans quelques heures à la station de métro de la 72e Rue. À quelques encablures de là, dans Hell’s Kitchen, Mercer Goodman tourne et retourne un délicat carton d’invitation. Et s’il se rendait à la réception des Hamilton-Sweeney pour retrouver Regan, cette sœur que William, en rupture avec sa famille, lui a toujours cachée ? Pourquoi ne pas saisir l’occasion d’en apprendre plus sur William, son amant, l’ancien leader du groupe punk Ex Post Facto ?
Bientôt, des coups de feu retentissent dans Central Park. Une ombre s’écroule dans la neige…
Qu’est-ce qui peut bien unir ces êtres – qui n’auraient jamais dû être amenés à se rencontrer – à un meurtre commis au cœur de Central Park ? Au sein de ce roman choral, leurs histoires s’entremêlent et nous entraînent dans les recoins les plus infimes de la ville. »

Mon avis :

Je remercie Le Livre de poche pour l’envoi de ce livre. Lorsque j’ai vu City on Fire dans la sélection de l’été, je n’ai pas pu résister. Ce roman a fait un tel buzz lors de sa sortie française que je ne pouvais pas résister à l’envie de le découvrir. Ce pavé de 1200 pages est, certes, salué par de nombreux critiques mais fait également l’objet de chroniques plus modérées de la part de plusieurs blogueurs littéraires. Par conséquent, je ne savais plus trop si j’allais faire face à un chef d’oeuvre ou si j’allais moi aussi être déçue par le roman… Il ne me restait plus qu’une chose à faire : le lire !

Ah, le réveillon du nouvel an, ce jour où l’on se dit qu’on peut tout recommencer à zéro. On prend un tas de bonnes résolutions et on imagine que notre vie va changer du tout au tout. Mais en ce 31 décembre 1976, si l’existence de plusieurs personnes va être bouleversée, ce ne sera pas à causes de promesses en l’air qu’ils se font à eux-mêmes. Non, ce sera à cause d’un crime commis au coeur de Central Park. Sam, Mercer, Charlie, William, Regan et Keith seront à jamais liés, plus ou moins directement, par ces coups de feu. Pourtant à première vue, une gamine rebelle n’a rien à voir avec la fille d’une des familles les plus riches de New York. Un professeur n’a rien à voir avec l’ancien leader d’un groupe punk. Dans ce New York des années 70, le temps tisse une toile qui finit par unir les gens à travers tout un tas de rebondissements et de mises à l’épreuve. Une chose est sûre, personne ne sortira de cette décennie indemne.

Quand on est jeune et que le destin en explosant, creuse des cratères dans votre vie, on a les ressources nécessaires pour la reconstruire. Au-delà d’un certain âge, on dissimule simplement les dégâts en les oubliant derrière un mur.

Écrire la chronique de City On Fire se révèle plus compliquée que ce que j’avais imaginé. Ce roman est unique. Il ne rentre dans aucune case, dans aucune catégorie. La plume de l’auteur est vraiment particulière, je dirais même, incomparable. Quant à l’histoire, elle est forgée à base de flashbacks, de bonds dans le temps et d’interludes. Honnêtement, ce livre est sans égal et il est difficile de critiquer ou de noter sans pouvoir prendre un autre roman pour référence. D’ailleurs, il n’y aura pas de note à la fin de cette chronique car pour moi, ce livre est une véritable expérience personnelle en soi. C’est difficile à expliquer mais je pense que chacun vivra cette lecture différemment tant elle est unique.

Le fait qu’elle soit unique ne veut pas dire qu’elle plaira à tout le monde. D’ailleurs, moi, je n’ai pas accroché. Je n’ai pas non plus été totalement déçue mais je m’attendais à autre chose. C’est le style de l’auteur qui m’a principalement dérangé. Ce n’est pas le genre d’écriture que j’apprécie. Par exemple, Garth Risk Hallberg peut faire tout un paragraphe sur la neige qui tombe sur New York. Beaucoup de gens trouvent ça beau et poétique, mais personnellement je trouve que c’est une perte de temps. Évidemment, dans un roman de plus de 1000 pages, il est inévitable d’avoir quelques longueurs. Le problème c’est que pour moi, tout ce qui n’était pas du dialogue était barbant. En fait, j’avais l’impression que l’auteur cherchait à mettre des métaphores partout. Même la chose la plus infime était comparée à un élément poétique ou à n’importe quel autre objet. C’est sympa à petite dose et quand les métaphores me font rire ou me font imaginer des choses loufoques. Mais quand il s’agit simplement de faire des comparaisons pour faire des comparaisons… là, je n’adhère pas. À mon goût, il y’avait trop de narration et pas assez d’action. Parfois les personnages divaguaient et nous parlaient de choses qui n’apportaient franchement pas grand-chose à l’intrigue.

Parlons-en d’ailleurs, de ces personnages. À première vue, ils sont tous très intéressants et ont tous connu des difficultés qui leur donnent un petit côté attachants. Malheureusement, j’ai trouvé une certaine monotonie dans leurs histoires, dans leurs façons de se comporter et de parler. En effet, si chaque chapitre se concentre sur un personnage, il est difficile de savoir de qui on parle avant que le prénom ne soit évoqué. Ils sont tous un peu rebelles et désespérés et c’est dommage car la différence entre eux n’est pas très marquée. Bien sûr, cela peut faire partie de « l’effet de style ». Tout le monde se noie de la même façon dans ce New York des années 70. Il n’empêche que pour m’attacher à des personnages, j’aime bien qu’ils soient uniques en leur genre et non pas qu’ils soient des pions coulés dans le même moule.

On peut construire une vie sur ça : deux personnes qui connaissent les failles l’une de l’autre et choisissent néanmoins de rester assis ensemble, en chaussettes, sous la lampe, à lire des magazines en essayant de ne pas penser trop loin au-delà de la journée qui s’achève ou de celle qui vient.

Dans l’ensemble, mon avis sur le livre est donc assez négatif puisque ma lecture a été fastidieuse. Je mettais plus d’une heure à lire quarante pages et honnêtement je pensais que je n’arriverais jamais à avancer. Mais comme je l’ai dit plus haut, ce roman est unique. Et si on se plonge complètement dans le roman et dans son ambiance on se retrouve hors du temps. Un matin où je lisais, au calme, sans aucune distraction, j’ai sincèrement été absorbée dans ce livre. Nous étions en plein mois d’août, il faisait chaud mais j’avais l’impression d’être au Nouvel An. Je lisais à ce moment-là le passage sur le premier janvier et bizarrement (non, vraiment, c’était bizarre !) je ressentais toute cette euphorie, cette sensation particulière que l’on ressent un premier janvier quand on se dit qu’une nouvelle année vient de commencer. En refermant le livre ce jour-là, j’ai mis quelques minutes à réintégrer la vraie vie et sur le coup… j’étais complètement sidérée. Être plongée dans un livre, oui, ça m’est déjà arrivé, mais confondre la fiction et la réalité, c’était une première. Donc même si ce roman m’a déçue dans son ensemble, quelques points positifs qui ont égayé ma lecture.

En résumé, Garth Risk Hallberg nous montre dans ce premier roman tout l’étendu de ses talents. Grâce à son intrigue, ses personnages ou ses interludes, l’auteur nous prouve qu’il a énormément d’imagination, qu’il sait écrire les passages narratifs et les dialogues et que les longueurs ne lui font pas peur. Malheureusement, son style d’écriture très poétique et purement littéraire n’est pas le genre auquel j’accroche. Comme d’habitude avec ce genre de plumes, je sais que d’autres personnes sauront apprécier ce livre à sa juste valeur. Je retiendrais tout de même le fait que ce livre est unique. Cette lecture n’a ressemblé à aucune autre et rien que pour ça, je me dis que ça valait le coup de découvrir ce roman !

L’échec est tellement plus intéressant. Tout porte à croire que Dieu considère l’humanité comme un échec. Les choses deviennent intéressantes juste au moment où elles s’effondrent.

Un été invincible – Alice Adams

Couverture Un été invincible

Résumé :

« Benedict, Eva, Sylvie et Lucien sont inséparables depuis leurs années de fac à Bristol. Leur diplôme en poche, ils vont, pour la première fois, se disperser. Eva part à Londres où l’attend un poste dans la finance ; Benedict reste à Bristol pour suivre son doctorat. Quant à Sylvie et Lucien, fidèles à leurs rêves, ils entament une vie plus bohème, faite d’art et d’aventure. À l’approche de la trentaine, leurs liens autrefois si forts se distendent. Le temps qui passe les éloigne les uns des autres, leurs routes divergent. Pourtant, leurs chemins vont à nouveau se croiser et faire revivre le souvenir de l’« été invincible » qui les a liés à jamais. »

Mon avis :

Je remercie Babelio et les éditions Albin Michel pour l’envoi de ce livre !

La première année de fac vient de s’achever pour quatre jeunes anglais. Avant de rentrer chez eux pour les vacances d’été, ils passent une dernière après-midi ensemble, se disent au revoir et se promettent de se retrouver à la rentrée. Eva, Sylvie, Benedict et Lucien s’imaginent qu’ils viennent de sceller leur amitié une bonne fois pour toute et que rien ne pourra les séparer. Mais une fois leurs études terminées, chacun prend des directions différentes. Tandis qu’Eva devient une business woman à la City, Benedict ne peut se résoudre à commencer  à travailler et commence alors un doctorat. Les deux frangins, Sylvie et Lucien, mènent quant à eux une existence plutôt bohème. La vie éloigne peu à peu ces quatre amis. Les soirées arrosées cèdent la place à un e-mail de temps en temps pour demander des nouvelles. Les disputes remplacent la complicité d’autrefois. Chacun a des centres d’intérêts différent. Certains se concentrent sur leur carrière professionnelle, d’autres sur leurs obligations familiales. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la vie n’épargne aucun de ces inséparables d’autrefois. Eva, Sylvie, Benedict et Lucien vont devoir surmonter de terribles obstacles qui mettront leurs liens d’amitié à l’épreuve mais qui pourraient bien finir par les rapprocher pour de bon…

Ce livre débute par une question posée par Eva. Dès la lecture de cette phrase, je savais que j’allais aimer ce livre et je n’ai clairement pas été déçue. J’ai adoré découvrir les aventures de ces quatre amis. Lorsqu’on lit les premiers chapitres, on n’imagine pas un seul instant tous les obstacles qui vont se dresser sur le chemin de Sylvie, Eva, Lucien et Benedict. On se dit que leur amitié connaîtra, certes, des hauts et des bas mais qu’en règle générale, ils sont tellement proches que rien ne pourra les séparer. Dès les premières lignes, on ressent ce lien très fort entre les quatre personnages et on se sentirait presque jaloux de ne pas faire partie de la bande. Mais au final, le lecteur est vraiment plongé au cœur de l’intimité de ces jeunes anglais et on se dit qu’on fait partie de leur cercle, nous sommes le cinquième membre, celui qui observe et qui n’agit pas. L’auteure arrive à nous plonger totalement dans l’ambiance de son livre. Lors des vacances à Corfou, on sentirait presque le soleil sur notre visage. Lorsque Eva marche dans les rues de Londres, on visualise clairement la grisaille et on est à la limite de sentir les gaz d’échappements. C’est prodigieux ! Encore mieux, on arrive à ressentir les mêmes émotions que les personnages. Lorsqu’ils jubilent, nous jubilons. Lorsqu’ils pleurent, notre gorge se serre. C’est exactement comme si ces personnages étaient nos amis intimes et que nous partagions tout avec eux. Bref, la plume d’Alice Adams s’est révélée aussi habile qu’addictive. J’ai hâte de lire d’autres de ses œuvres !

Le mail qu’il avait reçu d’Eva ce matin-là – événement de plus en plus rare – n’avait fait que souligner ce décalage. Le tableau qu’elle brossait de sa vie était, comme toujours, trépidant : gros contrats, grosses fiestas. Elle parlait de Sylvie mais pas de Lucien, poussant Benedict à se demander si elle le voyait encore. Le mail lui avait semblé envoyé par une étrangère. Il ne contenait aucun des clins d’œil qu’ils avaient coutume d’insérer dans leurs messages pour montrer que rien n’avait changé.

En ce qui concerne les quatre personnages principaux, je me suis attachée à chacun d’eux. Eva est une jeune femme ambitieuse et déterminée. Elle sait ce qu’elle veut et elle va faire tout ce qui est en pouvoir pour arriver à ses fins, quitte à mettre un peu de côté sa vie personnelle. Eva est sûrement la protagoniste que j’ai le plus appréciée car je me suis sentie proche d’elle. C’est toujours mieux quand on arrive à s’identifier au personnage d’un roman car on s’attache immédiatement à lui/elle. Bien sûr, si j’ai adoré Eva, j’ai également apprécié Sylvie qui n’a pas choisi le mode de vie le plus simple mais qui se nourrit principalement de ses rêves et de ses passions. Bien qu’elle ait des difficultés financières, elle ne baisse pas les bras et espère qu’un jour elle vivra de son art. Tout le monde n’a pas le cran de faire ça ! D’ailleurs, Sylvie démontrera par la suite toute l’étendue de son courage. Dans les derniers chapitres, on ne peut être qu’admiratifs face à cette femme. En revanche, on n’a plus de mal à glorifier les prouesses de Lucien ! Certes, ce personnage est attachant car il fait partie de la bande. Mais il est plutôt désespérant ! On aimerait qu’il s’en sorte et qu’il fasse quelque chose de bien dans sa vie. Il joue les gros durs, mais on se rend finalement compte que sous sa carapace, il peut se montrer désorienté voire complètement paniqué quand la vie lui met des bâtons dans les roues. C’est ce qui fait son petit charme. Enfin, Benedict est sûrement la personne la plus raisonnable de la bande. Il veut avancer dans la vie. Il ne se laisse pas abattre par les événements et finit toujours par retomber sur ses pattes. J’ai beaucoup aimé ce personnage.

L’histoire en elle-même est simple. Oui, voilà. Il n’y a pas d’autres mots. Elle est simple. C’est l’histoire d’une vie, il n’y a rien d’extraordinaire. Pas de magie, pas de surnaturel, pas de péripéties tirées par les cheveux, pas de retournements de situation qui n’arrivent que dans livres. Tout semble tellement vrai qu’on ne peut lire ce livre qu’avec grand intérêt. On se dit : et si c’était moi ? Tous les rebondissements sont extrêmement crédibles et pourraient arriver à n’importe qui. C’est sûrement pour cela que le livre est si passionnant ! De plus, le fait que l’on suive les protagonistes de la fac jusqu’à leur quarante ans rend cette lecture plus pertinente, plus concrète. Le temps passe et on ne peut pas y échapper. Je dirais même que c’est la morale de ce livre. Faites les bons choix, suivez votre cœur car la vie ne vous offrira pas de seconde chance. En fait, Un été invincible nous apprend à ne pas avoir de regrets. Vivons donc notre vie à fond !

C’est définitivement la fin d’une époque, pas vrai ? A moins que cette époque ait déjà prit fin sans qu’on s’en soit rendu compte. Tu vas me manquer, Benedict. D’une façon bizarre, je crois que tu me manques déjà même si tu es juste là à côté de moi. 

Si je devais formuler un petit point négatif, je dirais que quelques passages m’ont déroutée. Eva étant dans le monde de la finance, certains paragraphes se concentrent sur l’univers de la Bourse et des traders. Par conséquent, on peut se trouver face à des phrases un peu compliquées qui peuvent casser le rythme de notre lecture et qui ne nous apportent pas grand chose pour l’histoire en elle-même. Si l’on s’y connaît, il n’y a aucun problème. Mais si pour nous la Bourse est un univers totalement abstrait, ces petits passages se révèlent frustrants. On ne comprend pas ce qu’on lit. Même remarque pour les travaux de Benedict ! L’accélérateur de particules, j’en ai entendu parler dans la série Flash, mais je ne suis pas sûre que ce soit la meilleure des références scientifiques hahaha ! Je ne peux pas dire que ces points négatifs m’aient gâché la lecture. Je voulais juste les mentionner pour justifier le fait que je n’ai pas mis 20/20.

Enfin, pour finir sur une bonne note, j’ai trouvé la couverture très jolie. Elle est comme l’histoire : simple. Elle est simple et sobre et pourtant elle est irrésistiblement attractive ! Si j’avais vu ce livre dans une librairie, je me serais sans aucun doute approcher pour lire le résumé.

En bref, j’avais compris dès les premières lignes que j’allais aimer ce livre mais je ne pensais pas l’adorer autant ! Je me suis attachée aux quatre protagonistes et j’ai apprécié suivre leurs aventures au fil de la vie. J’ai aussi aimé le fait que ce livre est très concret. Tous les événements sont crédibles et ils sont en plus ancrés dans notre réalité historique (l’attentat du 11 septembre est mentionné, tout comme la crise économique de 2007). Je suis ravie d’avoir découvert la plume d’Alice Adams et j’ai hâte de lire d’autres de ses œuvres.

A la fac, la situation était différente ; ils se voyaient tous presque quotidiennement, si bien qu’il y avait toujours quelqu’un pour remarquer si vous aviez des ennuis, et comme ils menaient le même genre de vie leurs désaccords ne semblaient pas tirer à conséquence. Cette période avait été la plus heureuse de son existence, elle s’en rendait compte à présent : un foyer stable, un réseau d’amis, un avenir plein d’espérances et de promesses.

Ce soir je vais tuer l’assassin de mon fils – Jacques Expert

Ce soir je vais tuer l'assassin de mon fils

Résumé : 

« Quand son fils meurt, renversé par un chauffard qui a pris la fuite, Antonio Rodriguez jure à sa femme qu’il le vengera. Tandis que l’enquête piétine, il finit par découvrir le meurtrier, un cadre supérieur de sa propre entreprise dont l’attitude lui paraît très suspecte. Pourtant, un jour, les gendarmes l’informent qu’ils viennent d’arrêter le coupable. Les preuves sont formelles, l’homme est passé aux aveux. Mais ce n’est pas le même individu. Dans ce roman à quatre voix – Antonio et sa femme, Sylvia, l’assassin et son épouse –, se noue un ballet macabre, autour du thème de l’autodéfense : qui Antonio Rodriguez va-t-il tuer ce soir ?
Jacques Expert a longtemps hésité entre deux fins pour clôturer ce roman. Il a dû trancher pour l’édition imprimé. Aujourd’hui nous vous proposons ces deux alternatives, à vous de choisir… »

Mon avis :

Je tiens tout d’abord à remercier le Livre de Poche pour l’envoi de ce livre. L’avantage de cette édition numérique, par rapport à la version papier, est que l’on pouvait choisir sa fin. A un certain moment, on vous demande de faire un choix entre la fin n°1 et la fin n°2. Vous pouvez bien sûr lire les deux ! Cette fin alternative est un vrai atout pour ce livre qui est déjà, à la base, un chef d’oeuvre.

Il est tard. Jean-Pierre Boulard se décide enfin à rentrer chez lui après un début de soirée arrosé. Il sait que sa femme va lui en vouloir et va lui reprocher son retard. Mais il s’en fiche, cela fait bien longtemps qu’il ne l’aime plus, cette peau de vache. L’esprit embrumé par l’alcool et les tracas familiaux, cet homme ne va pas remarquer la présence du jeune Victor qui est à vélo sur cette même route. Il va le heurter de plein fouet. L’enfant sera retrouvé le lendemain, dans le fossé. Mort. Si la personne qui l’avait percuté s’était arrêté et avait pris la peine d’appeler les pompiers, il serait en vie. C’est ce qu’un des gendarmes déclare à Antonio, le papa de Victor. A partir de ce jour-là, la vie de la famille Rodriguez bascule. Sylvia, la mère, ne demande qu’une chose : que son fils soit vengé. Elle demande à son mari de tuer l’assassin de leur fils. Ce sale type doit mourir. Il n’a pas le droit de vivre alors que leur petit Victor lui, est mort dans d’atroces souffrances. Antonio se met à enquêter, en parallèle de la police qui ne donne pas beaucoup de résultat. Pour lui, l’attitude de son supérieur, un certain monsieur Boulard, est suspecte. Il n’est pas aussi compatissant avec lui que les autres gars de la boîte. Et il a remplacé un feu avant qui était brisé. Et il a des traces de peinture rouge – la couleur du vélo de Victor – sur sa carrosserie. Tout concorde. Mais… alors qu’Antonio s’apprête à passer à l’action, les gendarmes appellent les Rodriguez et les informent que l’assassin de leur fils, Mr. Demay, vient d’être arrêter. Où se cache la vérité ?

Il aimait ce bonheur simple : sa femme occupée à la cuisine et les rires complices de ses enfants qu’il devinait, depuis leur chambre toute proche, malgré la porte tirée. A présent, Sylvia se force toujours à ranger la cuisine mais lui ne supporte plus l’activité obstinée de sa femme ni le silence pesant qui s’échappe de la chambre muette de son fils.

J’ai eu un véritable coup de cœur pour ce livre. Dès les premières pages, je me suis attachée à Antonio et Sylvia Rodriguez, ces deux parents qui viennent tout juste de vivre un drame. Leur famille a été brisée et ils veulent se venger. C’est le seul moyen pour eux de retrouver un semblant de normalité. Ils ne peuvent pas vivre dans un monde où l’assassin de leur fils respire et profite des joies de la vie ! On ne peut être que compatissants face à ses deux personnages. On essaie de se mettre à leur place et on imagine à quel point ils doivent être meurtris par les récents événements. On comprend leur tristesse, à la différence de ce cher Monsieur Boulard qui en a assez que ses employés se montrent trop démonstratifs avec Antonio. Je crois que je n’ai jamais autant haï un personnage dans une de mes lectures. Je n’ai même pas de mot pour décrire cet homme. C’est un assassin. Ce sale type a tué un enfant. Et pourtant, il arrive bien vite à oublier ce qu’il a fait. Il dit même à un moment que s’il ne repassait devant la « scène du crime » tous les jours pour aller travailler, il aurait déjà oublié tout ça depuis un bout de temps. Le pire, (car oui, il y a pire) c’est que cette ordure dit qu’il n’y ait pour rien. Comme si cela ne suffisait pas, ce personnage se comporte d’un façon terriblement odieuse avec sa femme. D’ailleurs, il ne se prive pas de l’appeler « la salope ». C’est charmant. Je n’ai rien aimé chez ce personnage. Rien. Rien du tout. J’espérais que Antonio allait découvrir la vérité et qu’il n’allait pas tuer Demay, mais bien Boulard, cet homme sans cœur qui a tué un enfant et qui n’exprime même pas une once de regret.

J’ai donc aimé les personnages, mais j’ai bien évidemment aimé l’histoire. Elle est intense. On tourne chaque page avec appréhension en se demandant si la vérité va enfin éclater ou si un nouveau mensonge va venir s’ajouter à la pile. On a envie de connaître le dénouement sans attendre ! En fait, on aimerait lire le livre d’une seule traite. Mais bon, il faut bien garder un peu de suspens, non ? Ce suspens est d’ailleurs doublé lorsqu’on se retrouve face une page où il est écrit que nous devons faire un choix. On doit alors sélectionner quelle fin nous souhaitons lire. J’ai décidé de lire les deux pour connaître les deux issues que l’auteur avait imaginé. J’ai commencé avec la fin n°2 (ne me demandez pas pourquoi) et j’ai été tellement déçue ! L’histoire est toujours aussi palpitante et le style de l’auteur était toujours aussi entraînant, ça il n’y a pas de doute là-dessus. Mais je me suis retrouvé face au dénouement que je craignais. J’ai donc lu la fin n°1 en toute hâte et là, j’ai eu ce que je voulais ! Le fait d’avoir le choix entre deux fins pour une histoire est vraiment très ingénieux. Je pense que tous les lecteurs y trouveront leur compte. Et puis, on a l’impression de participer à l’élaboration de l’histoire avec l’auteur. C’est excitant, il faut bien le dire !

Les gars se sont soudain déchaînés. Ils m’ont pris à témoin et j’ai été bien obligé d’acquiescer avec eux, et d’espérer que les flics chopent « ce fumier ». Qu’est-ce que j’aurais pu faire d’autre, sinon participer à cette explosion de colère ? Franchement, ce déferlement écœurant de haine ne fait pas honneur à l’espèce humaine et je ne peux m’empêcher de me demander comment ils auraient réagi à ma place, ces gueulards.

Enfin, en ce qui concerne le style de l’auteur, j’ai été très agréablement surprise. Les romans policiers ou les thrillers français me font rarement vibrer. De plus, j’étais tombée une fois sur l’adaptation cinématographique de ce livre et je n’avais pas vraiment accroché. Or en lisant cette oeuvre, je me suis prise une grand claque ! La plume de Jacques Expert est très agréable à lire. Elle est fluide et les dialogues ne sonnent pas faux. L’auteur nous entraîne dans son histoire macabre sans aucun problème et on se retrouve plongé au cœur de l’intrigue. J’ai hâte de lire d’autres de ses livres !

En résumé, Ce soir je vais tuer l’assassin de mon fils est une lecture dont on ne peut pas ressortir indemne. Tantôt choqué, tantôt bouleversé, on se surprend à encourager Antonio dans sa quête de vengeance. Dans cette version avec fin alternative, le lecteur peut choisir le dénouement de cet histoire et c’est une très très bonne idée. Je vous conseille ce livre si vous ne l’avez pas encore lu !

Ne pensez surtout pas que je sois un être insensible, mais mettez-vous à ma place, je ne suis pas un monstre quand même !

Métro 2033 – Dmitry Glukhovsky

Couverture Métro 2033

Résumé :

« 2033. Une guerre a décimé la planète. La surface, inha­bitable, est désor­mais livrée à des monstruo­sités mutantes. Moscou est une ville aban­don­née. Les survi­vants se sont réfu­giés dans les pro­fon­deurs du métro­politain, où ils ont tant bien que mal orga­nisé des micro­sociétés de la pénurie. Dans ce monde réduit à des stations en déli­quescence reliées par des tunnels où rôdent les dan­gers les plus insolites, le jeune Artyom entre­prend une mission qui pour­rait le conduire à sauver les derniers hommes d une menace obscure… mais aussi à se découvrir lui-même à travers les rencontres improbables qui l’attendent. »

Mon avis :

Je remercie tout d’abord Babelio et le Livre de Poche pour l’envoi de ce livre. Le résumé de Métro 2033 me donnait vraiment envie. Le monde post-apocalyptique a été traité à toutes les sauces dans de nombreux livres et celui-ci avait un petit quelque chose de différent : tout le monde vit dans le métro, personne ne remonte à la surface. Je pensais sincèrement que ce roman allait me plaire. De plus, j’avais lu quelques chroniques avant de le sélectionner pour la masse critique, et si certaines personnes déploraient quelques longueurs, la majorité des lecteurs avait été conquise. J’avais donc hâte de me lancer. Cependant, j’ai du lutter contre l’ennui et la déception pour continuer cette lecture. J’ai voulu faire un effort car je me disais que toutes ces critiques devaient être justifiées et qu’une bonne surprise m’attendait quelque part… j’ai fini par rendre les armes au bout de 376 pages (sur 864).

Artyom est un jeune russe qui a survécu à l’apocalypse nucléaire. Tout comme d’autres moscovites, il vit maintenant dans le métro et survit en se nourrissant de champignons et de porcs élevés sur place. Sa mère est morte, dévorée par les rats, lorsqu’il était enfant. Un soldat l’a sauvé et s’est occupé de lui comme de son propre fils. Artyom n’est donc pas le plus à plaindre. Il a un « père », des amis, à boire et à manger. Mais tout n’est pas rose dans le métro. En effet, certains ont profité de l’ambiance chaotique d’après-guerre pour établir leurs lois. Certaines stations sont passées sous le joug néo-nazi. D’autres subissent l’influence de communistes très à cheval sur leurs idéaux. Mais il existe des stations où tout le monde rêve d’aller, comme Polis. C’est là-bas que se concentre la culture et le savoir de l’ancien monde, celui qui les attend à la surface. Mais Artyom et les autres habitants de VNDKh n’ont pas le temps de rêvasser. En effet, ils doivent faire face à des attaques ponctuelles de Noirs. Personne ne sait qui ils sont. Ils n’ont pas l’air humain, ce sont juste des créatures effrayantes. Il y a également ces tunnels, entre les stations, que personne n’ose prendre sous peine de devenir fou à lier. Bref, mieux vaut rester au coeur de VNDKh pour ne courir aucun danger. Mais Artyom va devoir affronter ses peurs pour accomplir la mission qu’un homme lui a confié.

Lorsqu’on lit le résumé, on s’attend à quelque chose de palpitant, on s’attend à de nombreuses aventures excitantes qui nous emmèneront dans les profondeurs du métro moscovite. Cependant, un petit détail m’a tout de suite dérangé : c’est long et lent. Pour nous donner une simple information, parfois insignifiante, un personnage va nous raconter une histoire de deux ou trois pages. A vrai dire, je perdais souvent le fil et je devais regarder quelques pages en arrière pour me rappeler de quoi on parlait. Après avoir lu plus de trois cent pages, je me suis posée une question : est-ce que j’ai eu l’impression de vivre de palpitantes aventures aux cotés d’Artyom ? Clairement, non. Même lorsqu’il se passe quelque chose d’intéressant, le tout est enveloppé dans un contexte tellement long à décrire que ça en devient lassant. Je tournais chaque page avec un peu plus de difficultés. Je m’ennuyais énormément. Je n’ai pas voulu abandonner, alors je me suis forcée. A l’arrivée d’Hunter, j’ai cru que les choses allaient enfin bouger. C’est un personnage que j’ai apprécié mais qui s’éclipse malheureusement bien trop rapidement. Puisqu’il confie une mission à Artyom, je me suis dit que l’action allait véritablement commencer. Mais je n’ai pas été emballée par la suite non plus… J’ai mis trois semaines pour lire 374 pages. C’est ridicule et j’ai perdu mon temps. Je crois que ce livre n’était tout simplement pas fait pour moi. Le style de l’auteur n’était pas ma tasse de thé. Les phrases étaient trop longues et trop compliquées. Il fallait que je reste concentrée, vraiment, vraiment, vraiment concentrée pour comprendre ce que je lisais.

Quant aux personnages, je ne me suis attachée à aucun d’eux. Je n’ai pas aimé Artyom. J’ai eu du mal à cerner son personnage. Il ne sait pas vraiment ce qu’il veut. Un coup il est content, un coup il n’est pas content. Je n’ai pas non plus aimé sa façon de se comporter avec les autres. Il a toujours quelque chose à leur reprocher, mais il faut bien avouer que lui non plus n’est pas un ange. L’avantage avec lui, c’est son prénom : court et simple à retenir. Quand on n’est pas habitué aux noms russes, ce livre peut se révéler un peu compliqué. Par exemple, en ce qui concerne les noms (à rallonge) des stations, j’ai eu beaucoup de mal à tout retenir. Je me souvenais de VNDKh et Polis, les plus simples. Mais pour les autres… je serais incapables de vous dire où sont les nazis, où est la Hanse et quelles stations composent la Ligne Rouge. Les noms sont trop compliqués et non traduits (bon ça, c’est normal) mais, du coup, on ne comprend pas leurs significations. C’est dommage. Il en est de même pour les personnages. Je ne retenais pas tous les prénoms et quand Artyom faisait référence à l’une de ses connaissances passées j’étais un peu perdue.

Enfin, il y a un petit quelque chose qui m’a fait tiquer. Certains vont peut-être dire que j’exagère, pourtant je ne suis pas du genre à chercher un sens caché dans chaque petite phrase. Le fait que les « méchants », ces êtres effrayants que tout le monde redoute, s’appellent des Noirs, m’a dérangé. L’auteur aurait pu utiliser tout un tas de qualificatifs, mais non il a choisi les Noirs. C’est discutable comme choix à mon avis. Plus loin dans le livre, Artyom croise une personne d’origine arabe. Plutôt que de dire qu’il parle avec un accent ou je ne sais quoi d’autre, il « écrit » son accent, dans le genre « misieur, pourquoi ti es là ? ». Hm. Je ne trouve pas ça très utile. C’est même légèrement insultant. Mais bon, je cherche peut-être la petite bête, histoire de m’acharner un peu plus sur ce livre qui a été une immense déception pour moi.

Donc en résumé, rien ne m’a plu dans Métro 2033. L’histoire était loin d’être captivante, les personnages m’ont agacée et la plume de l’auteure m’a ennuyée. Je n’ai pas pu aller au bout de ce livre et je le regrette. Peut-être qu’une bonne surprise m’attendait par la suite. Mais je ne pouvais plus perdre mon temps à essayer de lutter pour ne pas m’endormir à chaque fois que je tournais une page. Quand je vois tout l’engouement qui a suivi la sortie de ce livre, je me dis que ce livre n’était tout simplement pas fait pour moi. Je me suis sûrement sentie trop oppressée dans ce métro moscovite… (pas de lecture intégrale, pas de note)

 

Chroniques d’une princesse machiavélique, tome 1 : Sans Valentin – Lily B. Francis

Couverture Chroniques d'une princesse machiavélique, tome 1 : Sans valentin

Résumé :

« Agnès n’en revient pas. Le voile du déni vient de se lever et elle réalise qu’elle est toujours amoureuse de son meilleur ami le magnifique Phoebus Rolland. Ce serait le début d’une superbe histoire d’amour s’il n’était pas en couple depuis 7 ans ! Tant pis, Agnès tente le tout pour le tout. C’est fun, c’est frais, c’est fou sauf qu’elle oublie complètement que si elle sème le vent, elle récoltera la tempête ! »

Mon avis :

Je remercie l’auteure, Lily B. Francis, de m’avoir envoyé les deux tomes des Chroniques d’une princesse machiavélique. Dès que j’ai reçu la proposition de partenariat, j’étais séduite. Le titre, la couverture et le résumé du livre me donnaient vraiment envie. Au final, ce livre a répondu à toutes mes attentes et j’ai passé un super moment de lecture.

Pour fêter le Nouvel An 2016, Agnès Thomson-Shirt et sa bande d’amis décident de se rendre à Las Vegas. Toutes les folies sont permises pour ses riches et beaux héritiers, ils comptent bien profiter de leur soirée en buvant jusqu’à plus soif et en dansant jusqu’au petit matin. L’année qui vient de s’écouler ne les a pas épargnés et chacun a du faire face à des problèmes familiaux ou des peines de coeur. Cette soirée leur fera le plus grand bien. Mais alors que la fête bat son plein, Agnès a comme une révélation. Il est là. Oui, c’est lui, elle en est certaine. Son âme sœur se tient debout, là, devant elle. Le meilleur dans tout ça, c’est que ce n’est pas un inconnu : c’est son meilleur ami, Phoebus (dit Phoeb) Rolland. Agnès se demande comment elle a pu ne pas s’en rendre compte plus tôt… En tout cas, maintenant qu’elle le sait, elle ne va pas se priver de lui dire. Elle espère bien que ses sentiments seront réciproques et qu’ils vivront une histoire d’amour passionnée et éternelle. Bon. Il y a un tout petit, tout riquiqui, vraiment infime problème : Phoeb est en couple avec une jolie colombienne, Esméralda, depuis sept ans. Ils ont une maison, un chat, une petite vie de couple bien rangée. Seulement, Agnès est certaine que Phoeb partage ses sentiments. S’il s’est mis avec Esmé, c’est parce qu’il pensait qu’il n’était qu’un ami pour Agnès. Bien que stressée, elle a hâte de faire le grand saut et de lui dire enfin ce qu’elle ressent. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu. Le soir de sa grande déclaration, Phoeb va lui annoncer une nouvelle absolument catastrophique. Agnès va devoir rivaliser d’ingéniosité pour enfin lui faire comprendre ce qu’elle ressent. Cependant elle est loin d’imaginer que ses agissements vont bouleverser toute une bande d’amis et les tensions auront des conséquences aussi désastreuses qu’inattendues.

Phœbus Rolland le magnifique lui avait préféré Esméralda. Il avait préféré la mystérieuse Colombienne à elle le génie, la prétentieuse princesse du lycée.
Tous applaudissaient le tour que l’Univers venait de lui jouer, tous riaient de son malheur et pas une âme dans le lycée n’eut envie de la plaindre.

Ce que je vais dire est paradoxal : j’ai détesté le personnage principal mais j’ai adoré ce livre. En effet, bien qu’Agnès m’ait exaspérée et même agacée au plus haut point, j’ai adoré suivre le déroulement de cette histoire car, bien plus qu’Agnès, c’est tout une bande de potes que l’on suit. J’ai apprécié le fait qu’ils soient amis depuis des années et qu’ils aient appris au fil du temps comment ils devaient agir avec telle ou telle personne. Ils se connaissent tous vraiment bien et leur amitié m’a fait chaud au coeur. En fait, on se sent comme un membre à part entière de cette petite clique. On partage leurs aventures, leurs doutes, leurs peines et leurs joies. Et puis, il faut bien avouer qu’on ne s’ennuie pas avec eux! Il y a toujours un rebondissement là où on ne l’attend pas. Si j’ai aimé cette bande d’amis, c’est également parce qu’ils étaient, en quelque sorte, ligués contre Agnès. Cette princesse machiavélique s’apprêtait à détruire perfidement une belle histoire d’amour et ils allaient tout faire pour l’en empêcher. Ils le faisaient, certes, pour protéger Esmé et Phoeb. Mais pour être honnête, j’ai senti qu’ils le faisaient également pour protéger Agnès de ses propres démons car elle était sur le point de perdre son meilleur ami et de faire ressortir toute la noirceur de son âme. A mon humble avis, ce qu’ils ont fait était le bon choix.

Pour en revenir à Agnès, j’ai été déçue de son personnage. Au début, je l’aimais beaucoup et même si je croyais peu à son histoire avec Phoeb, je me disais qu’une bonne surprise l’attendait peut-être. Le soir où elle devait faire sa déclaration à Phoeb, celui-ci lui vole en quelque sorte la vedette et lui fait une annonce qui va mettre un terme à toutes ses espérances. Du moins, c’est ce que je pensais. Elle déprime pendant quelques jours puis reprend ses esprits et compte bien mettre son plan à exécution. Je peux comprendre sa douleur et son amertume envers Esmé, mais là, je l’ai juste trouvé complètement folle. Je vous jure quand il dit, en gros, « Je sais que Phoeb est amoureux de moi, j’en suis sûre, mais il ne s’en est pas encore rendu compte », j’avais envie de hurler! Non, il ne t’aime pas, tu dérailles complètement ma pauvre dame! C’est vrai que j’avais pitié d’elle au départ, je me disais vraiment que c’était sur le coup de la douleur qu’elle réagissait comme ça. Mais non, madame est une petite princesse qui pense que le monde doit tourner autour d’elle et qu’il ne doit jamais la contredire. A un moment, elle hurle « Excuse-moi si je suis riche, belle, et populaire ». OK, alors excuse-moi si j’ai envie de te frapper violemment. Je pense que ce personnage mérite ce qui lui arrive et j’avoue que j’avais un petit plaisir malsain à découvrir tout ce qui lui tombait dessus au fil des pages! En revanche, je me suis beaucoup attachée à Phoeb et à Billy. Ces deux personnages n’ont rien demandé à personne et pourtant, ce sont eux qui souffrent le plus.

Arrête Julie, Agnès est pathétique. Elle se prélasse dans le passé au lieu d’avancer, et Phoeb est son excuse pour ne pas réussir sa vie. Je pense qu’elle va se prendre un vent et qu’on devra encore recoller les morceaux. Cela dit, je t’adore Agnès ! finit-elle avec un petit rire énervant.

Enfin, en ce qui concerne le style de l’auteur, j’ai totalement adhéré! Le style est fluide, léger et agréable à lire. Les dialogues tiennent la route et mettent beaucoup de rythme dans ce livre. Si je devais trouver un petit point négatif, je dirais qu’à deux reprises, j’ai trouvé le temps un petit peu long : la première fois c’est lorsque les membres des Belles sont décrites une par une (trop d’informations d’un coup, trop d’énumérations, je n’ai pas retenu toutes les informations) et la seconde fois, c’était lors d’un flash-back, le jour où Phoeb a déclaré sa flamme à Esméralda. J’ai trouvé que le passage où Esmé discutait avec ses frères et sœurs était un peu long et, à mon avis, pas franchement utile. Mais ce ne sont que deux petits détails, le livre m’a conquise dans son ensemble et c’est avec plaisir que je me lancerai dans le tome 2.

En résumé, j’ai adoré découvrir les aventures de cette bande d’amis. Si l’histoire se concentre autour d’Agnès et de Phoeb, c’est bien un large groupe de personnes qui subit les conséquences de leurs actes. J’ai apprécié me retrouver au coeur de ce groupe grâce à la plume habile de Lily B. Francis. Le style est léger, c’est donc une lecture idéale si on veut simplement se vider la tête et se divertir! Je vous conseille vivement ce livre.

L’amour frappe lorsque l’on s’y attend le moins. Souvent avec violence comme un coup de poing en plein ventre. Toujours avec justesse, telle une flèche d’une précision chirurgicale qui atteint et transperce le coeur, là, en plein milieu. C’est douloureux, c’est électrique, c’est magique. Et il est étrange de se dire qu’un si bref instant peut changer la vie à jamais.

Encore – Hakan Günday

Couverture Encore

Résumé :

« Gazâ a neuf ans et vit sur les bords de la mer Égée. Il travaille avec son père Ahad, passeur de clandestins. Ils entreposent dans un dépôt les individus qui viennent de parcourir plusieurs milliers de kilomètres. Un jour, Gazâ cause la mort d’un jeune Afghan. Dès lors, le garçon ne cesse de penser à lui et conserve précieusement la grenouille en papier qu’il lui avait donnée – ce qui ne l’empêche pas de devenir le tortionnaire des clandestins qui ont le malheur de tomber entre ses mains. Un soir, tout bascule, et c’est désormais à Gazâ de trouver comment survivre… »

Mon avis :

Je remercie tout d’abord les éditions Livre de Poche pour l’envoi de ce livre.

Lorsque je parcourais la sélection du mois, aucun titre ne m’a sauté aux yeux. J’ai du lire chaque résumé afin de faire mon choix et Encore s’est démarqué. C’est la première fois que j’avais l’occasion de lire une oeuvre qui traitait de la crise des migrants. C’est pourtant un sujet inévitable dans notre société actuelle… Je me suis alors dit que c’était important, qu’il fallait absolument que je découvre ce livre. D’autant plus qu’il est écrit du point de vue d’un jeune garçon turc, c’est-à-dire un enfant vivant entre l’enfer que les migrants cherchent à fuir et le paradis qu’ils espèrent trouver.

Gazâ est un jeune turc qui vit seul avec son père, Ahad. A première vue, c’est un garçon ordinaire. Il va à l’école et a de bonnes notes. Cependant, lorsqu’il n’est pas à l’école, il doit travailler aux côtés de son père. Cela ne pourrait être qu’un détail, qu’un élément qui montre que Gazâ et Ahad ne croulent pas sur l’or. Mais c’est plus que ça, bien plus que ça. Ahad est passeur de clandestin. Il prend en charge des êtres humains qui ont tout quitté dans leur pays par désespoir et qui espèrent trouver une vie meilleure en Europe. Entre deux transports, les migrants sont parqués dans un entrepôt, près de la maison de Gazâ. Très vite, le garçon se voit confier des responsabilités. C’est lui qui doit surveiller la marchandise et s’assurer qu’elle reparte en bonne état. Il doit distribuer – ou plutôt, vendre – l’eau et la nourriture. A seulement neuf ans, il sait qu’il peut exercer un certain pouvoir sur ces gens qui sont, malgré leur âge, plus faibles que lui. Il sait également, par expérience, qu’il a le pouvoir de vie ou de mort… Bien qu’il soit habitué à cette situation, il voit arriver la fin du collège comme un soulagement. Faisant partie des cents meilleurs étudiants de Turquie, il peut prétendre à un bon lycée. Il va enfin pouvoir échapper à cet enfer. Enfin, c’est ce qu’il croyait…

C’est ainsi que cette année-là, à peine sorti de l’école, je devins passeur de clandestins. A 9 ans… ça ne changeait pas grand-chose. J’étais déjà le fils d’un passeur.

Mon avis sur ce livre est, dans l’ensemble, très positif. Du début à la fin, j’ai été complètement happée par l’histoire de Gazâ, même si au final, je me rends compte que j’ai détesté ce personnage. Il est vrai que si le jeune garçon est aussi odieux, c’est à cause du métier de son père. Cependant, cela ne l’excuse pas pour toutes les horreurs qu’il a commises de son propre chef. A vrai dire, Gazâ m’a vraiment mis mal à l’aise. Son état psychologique est assez désastreux et, puisque c’est lui qui raconte son histoire, nous avons accès aux recoins les plus sombres de sa conscience. Parfois, c’est très dur. Certains passages sont clairement écœurants. Je n’ai pas non plus aimé la façon dont ce personnage évoluait. Attention, je dis que Gazâ est un personnage que j’ai détesté, mais cela ne veut pas dire que j’ai détesté découvrir son histoire. C’est juste que ce personnage me perturbe vraiment et je n’ai pas ressenti la moindre sympathie ni pitié à son égard. En fait, je me rends compte que je ne me suis attachée à aucun personnage, je les ai tous trouvé odieux. A la limite, je pourrais dire que j’ai apprécié Felat et Cuma, deux personnages importants qui brillent par leur absence…

Je pense qu’il était dingue. En fait, je crois qu’ils étaient tous dingues. Tous ces Ouzbeks, Afghans, Turkmènes, Maliens, Kirghizes, Indonésiens, Birmans, Pakistanais, Iraniens, Malais, Syriens, Arméniens, Azéris, Kurdes, Kazakhs, Turcs, tous… Il faut être fou pour pouvoir supporter tout ça.

D’ailleurs sur ce point, j’étais un peu déçue. Cuma, ce jeune afghan dont on parle dans le résumé, semble occuper une place prépondérante dans l’histoire. La petite grenouille en papier qu’il donne à Gazâ se retrouve même sur la couverture. Pourtant, en lisant ce livre, je n’ai pas compris pourquoi Cuma était mis autant en avant. D’accord, Gazâ pense à lui, ponctuellement, tout au long du livre, mais de là à en faire un élément central du résumé… Je ne sais pas, je reste perplexe sur ce personnage. A la limite, Rastin m’aurait semblé plus important. Il est plus présent et fait partie d’un grand projet mené par Gazâ. Ce serait plus légitime de le mettre en avant.

Je hais l’espoir, cette calamité qui fait rêver les enfants les plus désemparés !

En ce qui concerne l’histoire en elle-même, elle m’a captivée. Dès les premières lignes, j’étais très intéressée par le récit de Gazâ. En tant qu’Européens, on ne connait que peu de choses des migrants. On voit au journal leur arrivée en bateau en Grèce, ou leur vie dans les bidonvilles de Calais. C’était donc assez intriguant, et même effrayant de découvrir « l’envers du décor » et toutes les épreuves que ces gens doivent traverser avant d’atteindre leur objectif final. On en apprend plus sur cette micro-économie qu’est le trafic d’êtres humains. C’est vraiment affolant de voir que les personnages en apparence respectables sont souvent les plus abjectes. Puis, à partir de la deuxième partie, nous suivons Gazâ dans sa quête de rédemption et dans sa découverte approfondie de l’espèce humaine (mais je ne vous en dévoilerais pas plus pour ne pas vous spoiler). J’avoue qu’à un moment, je me suis demandé pourquoi il me restait encore 200 pages à lire puisque le « principal problème » était réglé. Au final, cette partie ne m’a pas déçue par son contenu, mais le rythme étant moins soutenu, je l’ai trouvé un peu plus ennuyante. Quant à la toute fin du livre… Je suis extrêmement frustrée! Je ne m’attendais pas du tout à ça et pour être honnête, j’aurais préféré que l’histoire s’arrête quelque pages avant.

Le style de l’auteur m’a bien plu en général. Je n’ai pas eu un coup de coeur pour la plume de Hakan Günday, mais elle n’en est pas moins agréable à lire. Malgré les sujets abordés, qui sont souvent lourds ou dérangeant, le style reste fluide et plutôt simple à lire. En revanche, à certains moments j’ai trouvé quelques longueurs. Tout un paragraphe de périphrases pour décrire une sensation par exemple. C’est le genre de choses que je n’apprécie pas puisque je suis (malgré moi) dépourvue de toute fibre poétique. Quand je vois ce genre de répétitions, ça me fait un peu penser à Kuzco voyez-vous (Oh, right. The poison. The poison for Kuzco, the poison chosen especially to kill Kuzco, Kuzco’s poison. That poison? – Pardonnez mes références). Donc bon, à certains moment, j’avais tendance à vouloir lire en diagonale pour en revenir à l’essentiel.

En bref, lire un roman de ce genre était une expérience inédite pour moi. Je ne le regrette absolument pas, le style de l’auteur étant agréable à lire et l’histoire étant captivante. Les personnages ne m’ont inspirée aucune sympathie mais j’ai trouvé leurs aventures intéressantes. Ce livre est très instructif et nous fait ouvrir les yeux sur cet immondice qu’est le trafic d’êtres humains. En revanche, quelques petits détails comme des descriptions à rallonge m’ont fait passée à côté d’un coup de coeur. Il n’empêche que ce livre est très émouvant et très bien écrit. Je vous encourage à le lire.

C’est pour cela que nous mangions et avions besoin de manger. De nous dévorer mutuellement, de croquer toutes sortes de choses. Nous en avions besoin. Pour grandir le plus vite possible, crever et laisser la place à d’autres. Pour que commence une nouvelle époque. Ressemblant le moins possible à celle-ci… Parce que nous avions compris qu’il ne sortirait de nous rien de bon.

L’Homme qui voulait rester dans son coin – Manou Fuentes

Couverture L’homme qui voulait rester dans son coin

Résumé 

« Célibataire et volontiers solitaire, Édouard Pojulebe est un homme prudent qui, depuis l’enfance, a appris à se tenir à distance des autres pour éviter les conflits. Édouard s’est construit, au fil des ans, une vie tranquille, faite des gestes du quotidien, de façon à ne jamais risquer de mettre en péril sa quiétude.
Un grain de sable vient perturber cette vie si bien huilée. Édouard se trouve alors entraîné dans des aventures dont il ne saisit pas le sens. Décontenancé par la tournure que prennent les événements, il s’angoisse de ne plus savoir quoi faire et quoi être, erre sur des chemins méconnus tout en essayant, malgré tout, de ne pas perdre pied.
N’arrivant à rien dénouer, Édouard se trouve, in fine, contraint à la fuite. Exposé alors à une menace permanente, ce personnage peu enclin à la réflexion voit son instinct de survie s’aiguiser et son discernement s’approfondir, pour tenter de s’adapter aux réalités nouvelles auxquelles il est confronté. Sa personnalité en vient à se métamorphoser de telle manière qu’il se découvre, finalement, autre qu’il n’était. »

Mon avis :

Je tiens tout d’abord à remercier Aurélie des éditions Hélène Jacob pour sa confiance! Lorsque j’ai du choisir un livre parmi la sélection proposée, L’Homme qui voulait rester dans son coin m’a tout de suite attiré de par son titre très prometteur et son résumé mystérieux.

Edouard Pojulebe est un homme banal. Même plus que banal. Il est insignifiant. Il n’est qu’une personne parmi tant d’autres. Son existence est rythmée par un programme bien précis et répétitif. Edouard ne fait pas de vague. Il ne s’intéresse pas aux autres et ils le lui rendent bien. Rien ne laissait présager que sa vie allait basculer du tout au tout en une fraction de seconde. Un jour, en sortant de son restaurant habituel, un homme qu’il pensait d’abord ivre s’écroule sur lui. Ses derniers mots ? « C’est dans la poche. » Puis il est transporté à l’hôpital. Qu’est-ce qui est dans la poche ? Pourquoi s’est-il adressé à Edouard, qui n’était qu’un inconnu pour lui ? Si Pojulebe essaie tout d’abord d’oublier cet incident de parcours, il se rend vite compte que cet événement inattendu hante toutes ses pensées, nuit et jour. Edouard commence alors à remettre en question toute son existence, son mode de vie et sa façon d’agir avec les autres. Voulant en finir avec ses remords, il décide d’aller voir cet homme qui a chamboulé sa vie. Cependant, cette visite à l’hôpital va avoir des conséquences aussi inattendues que désastreuses. Et voilà que Edouard Pojulebe, ce solitaire habitué à une vie calculée au millimètre près, devient un fugitif recherché par toutes les polices de France…

La seule particularité que pouvait revendiquer dans le cours de son existence Edouard Pojulebe, c’était le nom dont il était affublé. Hormis ce détail, dont on mesurera par la suite l’importance, rien ne le prédisposait à sortir de la banalité. Un physique passe-partout, un comportement modeste joints à un désir de passer inaperçu semblaient avoir tracé par avance son destin.

Mon avis sur ce livre est plutôt mitigé. En fait, je vais avoir un peu de mal à écrire cette chronique car cette lecture m’a laissé totalement indifférente. Je n’ai pas ressenti d’émotions. Cela ne veut pas dire que c’était mauvais, non, je n’ai pas détesté! Mais c’est une lecture qui ne restera pas gravée dans ma mémoire. Je l’ai lu, voilà, c’est fait. Le fait de ne pas ressentir d’émotions lors d’une lecture est assez rare pour moi. La dernière fois que cela m’est arrivé, c’était avec Suite Scarlett de Maureen Johnson… soit en janvier 2016. Les raisons sont simples : un style d’écriture auquel je n’ai pas adhéré, une histoire que je ne trouve pas passionnante, des personnages qui ne m’inspire pas terriblement…

Commençons d’ailleurs par les personnages. Déjà, il n’y en a pas beaucoup. Je ne dis pas que pour un bon livre, il faut avoir 43000 protagonistes, mais un peu de diversité, ça ne fait pas de mal. Surtout quand on n’accroche pas au personnage principal! En effet, j’ai eu un peu de mal avec Edouard Pojulebe. Au début il m’agaçait. Il passait son temps à se plaindre. Or, si sa vie était devenue aussi inintéressante, c’était uniquement de sa faute! Il remettait la société en question sans jamais s’interroger sur ses choix personnels. C’est tellement plus simple de rejeter la faute sur les autres… Mon avis sur lui a quelque peu changé au cours du livre. Le fait qu’il se déride un peu, qu’il « devienne quelqu’un d’autre » me l’a rendu plus sympathique, assurément! Je peux même dire qu’à la fin du livre, je l’appréciais. Mais malheureusement, cela est arrivé trop tard et je n’ai pas eu le temps de m’attacher à lui.
Quant aux autres personnages qui, comme je le disais, sont plutôt rares, je ne les ai pas apprécié plus que cela puisqu’on ne les connaît que vaguement. Ils ne sont que des intervenants dans la vie d’Edouard donc on ne sait absolument rien d’eux à part leur nom et leur profession… J’ai trouvé cela vraiment dommage. Parfois même, j’avais l’impression qu’un personnage allait devenir important puis, au final, il ne servait à rien. On l’oubliait au bout de quelques lignes. Pourquoi s’embêter à trouver un prénom, une description physique etc, si c’est pour ne pas l’exploiter ensuite ?

Passons maintenant à l’histoire en elle-même. Le résumé semblait prometteur. Un homme à l’existence on ne peut plus banal se retrouve du jour au lendemain impliqué dans une aventure palpitante. Cela peut être très intéressant… si c’est bien amené. Malheureusement j’ai trouvé que l’introduction était trop longue. On s’attardait trop sur la banalité de sa vie qui comme le nom l’indique est BANAL. Pourquoi s’épancher sur un sujet quand il n’y a rien à dire ? Je me demandais sincèrement où cette lecture allait me mener et j’étais vraiment frustrée. L’action commence véritablement à partir de la page 100. Et quand je dis action, c’est un bien grand mot. Malgré les différents événements qui viennent bouleverser la vie d’Edouard, j’ai trouvé le tout un peu mou. Je ne m’ennuyais pas, mais je ne me divertissais pas non plus. Je n’étais pas plongée dans l’histoire! Quant à l’enquête policière qui se déroule en parallèle, elle n’était pas très palpitante et le suspens est franchement absent. Je pense que tout le monde est capable de débusquer rapidement le coupable. Et puis, un autre détail m’a un peu chiffonné. Toute cette médiatisation autour de l’affaire Pojulebe n’est pas crédible. J’ai du mal à imaginer qu’on puisse un jour entendre une histoire telle que celle-ci à la radio. Dans ce livre, on apprend que France Info relate tous les rebondissements de cette affaire alors qu’au final il n’y a rien de très croustillant… D’ailleurs, l’auteure a du sentir cela puisqu’à un moment Edouard consulte une page internet qui explique pourquoi l’affaire Pojulebe fait tant de bruit. Mais même après cette justification je ne suis pas convaincue.

Sa vie était réglée comme un électrophone dont la tête de lecture inlassable ré-entonnait chaque matin les mêmes morceaux. Aujourd’hui, le disque est fichu, fendu, bon pour la casse. Son chemin apparaît embrouillé au fil de ses pas incertains. Errant, dénué d’objectif et de programme, il vadrouille, va n’importe où et fait n’importe quoi.

Enfin en ce qui concerne le style de l’auteur, je n’ai pas vraiment adhéré. Je ne saurais pas précisément dire pourquoi. Tous les goûts sont dans la nature et visiblement la plume de Manou Fuentes n’est pas ma tasse de thé. Pourtant, l’écriture est fluide et légère. Elle est agréable à lire. Mais elle ne m’a pas transportée. Parfois même, je me perdais un peu car l’auteure partait dans des réflexions philosophiques et ça, ça a le dont de m’endormir. Chacun aime la littérature à sa façon et en ce qui me concerne, dès lors qu’on commence à débattre de problèmes métaphysiques… je m’ennuie profondément. Et à moins d’être un pur génie de l’écriture (selon mes critères) on n’arrivera pas à me faire changer d’avis à ce sujet-là.

En bref, je ressors frustrée de cette lecture. Je n’ai pas réussi à être transporté. Je n’ai pas ressenti d’émotions, je n’ai pas vibrer avec ce livre. Je n’ai même pas ressenti de colère ni rien! Ce livre était plutôt bien dans son ensemble mais malheureusement il m’a complètement laissée indifférente. J’imagine que L’Homme qui voulait rester dans son coin n’était simplement pas une lecture pour moi. Mais je suis certaine que d’autres personnes pourront l’apprécier à sa juste valeur.

Hélas, Antoine, malgré l’admiration qu’il portait à ce héros et son désir de l’imiter, ne renouvela pas l’exploit de ce licenciement millénaire. Sans écouter sa supplique ni solliciter son accord, l’insidieuse silhouette lui fit rendre raison et l’emporta, comme tous les autres, un beau matin, sans mot dire.

Je suis ton soleil – Marie Pavlenko

Résumé :

« Déborah démarre son année de terminale sans une paire de chaussures, rapport à Isidore le chien-clochard qui s’acharne à les dévorer. Mais ce n’est pas le pire, non.
Le pire est-ce sa mère qui se met à découper frénétiquement des magazines ou son père au bras d’une inconnue aux longs cheveux bouclés?
Le bac est en ligne de mire, et il va falloir de l’aide, des amis, du courage et beaucoup d’humour à Déborah pour percer les nuages, comme un soleil. »

Mon avis :

Je remercie Babelio et les éditions Flammarion pour l’envoi de ce livre!

J’avais découvert Marie Pavlenko en 2015 avec son livre La Mort est une femme comme les autres, et le moins qu’on puisse dire c’est que j’avais eu un gros coup de coeur pour son style d’écriture, ses personnages, son sarcasme et son cynisme mordant. J’étais donc très heureuse de pouvoir livre une autre de ses œuvres grâce à une masse critique Babelio. Une fois encore, j’ai été conquise!

Déborah, dix-sept ans, s’apprête à faire sa dernière rentrée au lycée. Elle espère que son année de terminale se déroulera sans encombre, qu’elle aura de bonnes notes, qu’elle rencontrera l’homme de sa vie, qu’elle continuera à partager des moments avec Éloïse, sa meilleure amie etc. Bref, rien de plus normal. Le hic, c’est que le théorème de la scoumoune semble s’acharner sur elle dernièrement. Cela se confirme d’ailleurs dès le premier jour de cours. Elle n’est pas dans la classe d’Éloïse, mais dans celle de Tania (la garce typique) et de mygale-man. Pour ne rien arranger, Déborah aperçoit un jour son père aux bras d’une sublime créature qui n’est pas sa mère. Que doit-elle faire ? Dire la vérité à sa mère, cette femme à laquelle elle n’a pas l’habitude de se confier ? Non, bien sûr que non. Ce n’est pas à elle de le faire. D’autant plus que ces derniers temps, le cerveau de sa mère semble avoir quelques petits court-circuits. Elle colle des dizaines de post-it sur le miroir de l’entrée sur lesquels elle écrit toujours le même numéro. Elle reste assise dans le salon à massacrer des magazines en découpant méticuleusement des paires de jambes, des bouches… Bref, Déborah se demande si sa mère ne déraille pas un peu du ciboulot. Mais que peut-elle bien faire ? Dénoncer son père, s’occuper de la santé mentale de sa mère, s’occuper d’Isidore le chien de la honte, supporter les roucoulades d’Éloïse et de son jules à l’intelligence limitée, rêver de Victor-le-beau-gosse, tout en continuant d’assurer en cours car le bac se trouve au bout du chemin ? Cette année de terminale promet d’être mouvementée pour l’adolescente. Une seule certitude : elle quittera le lycée grandit de toutes ses folles expériences.

Il a bien fallu y aller et traîner mes bottes-grenouilles jusqu’à la salle 234. J’ai beau lorgner les environs, rien de transcendant à l’horizon. Un ramassis de tresses, deux appareils dentaires, des touffes hirsutes, une casquette rouge. No sex-appeal. No petit nouveau tombé du ciel, genre v’là l’homme de ma vie. Du moyen, du con-con, du fadasse à foison.

Pour faire court : un sacré coup de coeur! J’ai adoré suivre les aventures de Déborah au cours de cette année si primordiale dans la vie d’une adolescente. Je me suis tout de suite attachée à ce personnage que j’ai trouvé un peu déjanté! Mais je l’ai particulièrement aimé grâce à son sarcasme, son cynisme, son impertinence etc. Bref, toutes ces petites choses qui font d’un personnage quelqu’un qui me ressemble ! J’use et j’abuse de toutes façons de parler, alors quand un protagoniste présente lui aussi ces caractéristiques, il devient vite mon meilleur ami! C’était un vrai bonheur de partager ces 460 pages avec Déborah. Enfin, quand je dis un bonheur, c’était plutôt un ascenseur émotionnel! Grâce à l’écriture très fluide et très personnelle de l’auteure, il est facile de partager les émotions de l’héroïne et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle traverse des périodes aussi bien joyeuses que dramatiques. On rit avec elle, on rit parfois d’elle d’ailleurs, on partage ses déceptions, ses peines, ses inquiétudes. On vit l’aventure à fond avec elle!

Les autres personnages m’ont également bien plu! J’ai adoré en apprendre plus sur Jamal qui, une fois dépassé les préjugés, se révèle très sympathique. C’est un ami formidable. Et j’avoue que je n’avais pas deviné son secret! Quant à Victor, je l’ai trouvé charmant. Je n’avais qu’une hâte : qu’il quitte sa copine-trop-parfaite et qu’il se jette dans les bras de Déborah! Mais bon dieu, il est aussi compliqué qu’une fille, voire même plus! J’avais envie de le secouer, de lui mettre deux paires de claques et de lui dire REGARDE. MAIS REGARDE DEBORAH. Enfin voilà, j’étais totalement plongée dans l’histoire!
Vous l’aurez compris, ce roman ne se limite pas à une histoire d’amour adolescente. Les parents, et la relation que Déborah a avec eux, occupe une très grande partie de ce livre. C’était assez éprouvant de voir cette famille au bord de l’implosion. Je me demandais sans cesse comme la situation allait bien pouvoir s’arranger. Je me demandais aussi si la mère n’était pas une psychopathe en puissance, c’est vrai! Mais la vérité était en fait encore plus cruelle et difficile à accepter…

Éloïse sourit comme dans une publicité de dentifrice et court rejoindre l’homme au cerveau-chouquette : mou et plein d’air.

Ce livre est vraiment génial car il aborde énormément de sujets. La vie d’adolescents n’est pas simple. Nous sommes tous passés par là! Et, je le pense honnêtement, que ce livre pourrait aider beaucoup de jeunes. Etant donné qu’il traite de sujets aussi variés que les cours, les camarades de classe plus ou moins sympathiques, les problèmes familiaux, les chagrins d’amour, j’en passe et des meilleurs, j’imagine que certains adolescents pourraient se reconnaître en Déborah et s’inspirer d’elle pour régler leurs problèmes. Cela peut aussi les aider dans le sens où ils se diront « je ne suis pas la seule personne à vivre ce genre de choses, je ne suis pas un cas isolé ». Mais ce livre est également parfait pour les adultes ! Ou pour les gens qui ont passé la vingtaine et qui ne veulent pas accepter leurs nouvelle condition de jeune adulte (noooon, je ne parle pas du tout de moi là). Il permet de se replonger dans l’ambiance du lycée et dans nos petits tracas qui nous semblaient insurmontables à l’époque! D’ailleurs, lorsque Déborah est sortie de sa dernière épreuve de bac, je me suis revue, devant le lycée, discutant avec des amis juste après notre ultime épreuve de SVT. J’ai ressenti la chaleur de ce jour d’été et ce petit pincement au coeur qui marque la fin d’une période. Cela prouve bien que l’auteure a un vrai talent et que sa plume s’adresse aussi bien aux adolescents qu’aux adultes.

J’ai aussi beaucoup aimé l’attention portée aux détails. Les noms des chapitres sont tous tirés de romans, de citations, de titres de chansons. Cela donne un petit côté original ! D’ailleurs, des références littéraires ou musicales sont glissées un peu partout dans le livre et on prend plaisir à les dénicher.
Quant à la fin de ce livre, je l’ai trouvé vraiment parfaite. A l’image du reste du roman, cette fin nous surprend et nous confronte à des rebondissements de dernière minute.

En résumé, j’ai eu un véritable coup de coeur. Je me suis attachée aux personnages et j’ai adoré partager leurs joies et leurs peines. Cette lecture était très agréable et elle reste légère malgré les thèmes délicats qu’elle aborde parfois. Le petit plus qui m’a définitivement convaincue, c’est bien sûr le sarcasme qui pour moi est l’ingrédient indispensable qui peaufine un bon roman! Enfin, le tout est enveloppé dans une jolie couverture dorée qui fait son petit effet dans une bibliothèque!

Tania soupire ostensiblement.
– Madame Chemin…
– Oh, pour l’amour de Dieu, Louvian, il a raison : taisez-vous !
Petrificus Totalus.
Tania est couleur pot d’échappement. Je la prendrais presque dans mes bras pour la consoler, dis donc. Non, je rigole.

Un piano à la Nouvelle-Orléans – Emmanuel Roche

Couverture Un piano à la Nouvelle-Orléans

Résumé :

« Ce n’est pas par hasard géologique si en traversant la Nouvelle-Orléans, le fleuve Mississippi décrit ses nombreux méandres. Tout l’incite à se tortiller de la sorte : le jazz, le blues, le multiculturalisme, le vaudou, l’Histoire, les histoires, les crises, tout impose le contrepied et le pas de danse. Emmanuel Roche n’en ignore rien et nous le rappelle à travers ce dernier siècle et demi qui a connu la guerre de Sécession, l’esclavage, les Blancs, les Nègres puis les Noirs, la Dépression, la Prohibition, le carnaval, le vaudou, les inondations. A travers ces huit nouvelles, l’auteur explore tous ces aspects de la ville où le noir et le blanc se mélangent tels l’ébène et l’ivoire d’un piano à la Nouvelle-Orléans, sans jamais produire de gris. »

Mon avis :

Je remercie tout d’abord Babelio et les éditions Paul & Mike pour l’envoi de ce livre!

Depuis toute petite, je suis fascinée par les Etats-Unis et la Louisiane est un état qui m’intéresse particulièrement. Je ne sais pas si cela vient du fait qu’elle était française auparavant ou si c’est simplement son atmosphère particulière, où se mêle ce blues si caractéristique et ce multiculturalisme. Alors quand j’ai participé à la masse critique de Babelio et que j’ai vu plusieurs livres sur cet état, j’ai croisé les doigts pour être sélectionnée! J’ai eu la chance de recevoir Un piano à la Nouvelle-Orléans d’Emmanuel Roche.

Ce livre est en fait un recueil de huit nouvelles se déroulant de 1895 à 2015. L’auteur y aborde de nombreux sujets comme la guerre de Sécession, le racisme, la musique, sans oublier l’ouragan Katrina. Chaque petite histoire nous présente des personnages différents, mais on se rend vite compte que tout est lié. Si vous ne voulez pas trop de spoiler, ne lisez pas le paragraphe suivant, j’y résume les 8 nouvelles!

« Le Karnali. » Pas très américain comme nom. A la Nouvelle-Orléans! La ville de Little Richard, de Fats Domino et du Professor Longhair ! La ville de King Creole, le meilleur film d’Elvis Presley ! La ville du tramway nommé désir ! Quel gâchis !

La première nouvelle se déroule en 1865. On y découvre l’histoire d’une vieille dame de 95 ans qui a connu une vie mouvementée entre la Nouvelle-Orléans et Saint-Domingue. Le narrateur nous parle de tous les événements qui ont bouleversé la vie de cette femme. C’est une nouvelle très courte mais qui prend tout son sens quand on découvre qui est le narrateur. La seconde histoire est un peu plus longue. L’intrigue, présentée sous le point de vue de plusieurs personnages, se concentre sur une maison de passe. Même s’il est assez facile de deviner ce qui va se passer à la fin, le dénouement n’en est pas moins tragique. La troisième nouvelle se déroule dans un bar, après la grande dépression et la prohibition. On y découvre la terreur qui règne après l’assassinat d’un gouverneur aux idées novatrices pour l’époque. On commence également à y ressentir l’influence néfaste du KKK sur la population. L’histoire suivante évoque la cruauté du monde de la musique mêlée racisme envers les Italiens et les noirs Américains. Cette nouvelle se déroule en 1955, c’est-à-dire à l’époque où les mouvements pour les Droits Civiques commencent à se faire entendre. C’est aussi la période à laquelle apparaît un tout nouveau genre de musique entraînante qui fera le bonheur de certains mais en confronter d’autres à leurs désillusions. Dans la nouvelle suivante, on se retrouve plongé au coeur du carnaval de 1975. Alors que toute la ville est en fête, le protagoniste, lui, se demande comment il va pouvoir payer les frais médicaux de sa femme. Un de ses anciens amis, au business plutôt louche, vient lui proposer un travail bien rémunéré. Mais le carnaval pourrait bien être le signe d’un nouveau départ pour le couple… Dans la sixième histoire, nous faisons la connaissance de quatre touristes allemands qui vont se rendre compte que l’âme de la Nouvelle-Orléans ne se trouve pas là où les guides touristiques nous mène. Ils vont alors découvrir la vraie, l’authentique Nouvelle-Orléans. Dans l’avant-dernière nouvelle, un vieil homme se rend dans sa maison dévastée par l’ouragan Katrina dans l’espoir d’y retrouver son chat. Une fois sur place, il se retrouve confronté à son passé. Enfin, la huitième et dernière nouvelle met en scène deux jeunes hommes qui se questionnent sur leur avenir et qui pensent s’engager dans l’armée, en oubliant peut-être un peu trop que leur décision pourrait les mener à la mort.

Pour être tout à fait honnête, je suis un peu déçue par cette lecture. Je m’attendais à un énorme coup de coeur, à être plongé dans la chaleur moite des bords du Mississippi, à entendre une petite musique rythmée dans ma tête qui me donnerait l’impression d’être au carnaval sur Bourbon Street. Mais je referme ce livre en étant un peu frustrée. La principale raison est que les histoires étaient trop courtes. Bien sûr, ce sont des nouvelles, elles sont faites pour être courtes. Le problème est que cela nous empêche de nous imprégner totalement de l’atmosphère de la Nouvelle-Orléans. Quand je commençais à entendre l’écho d’un saxophone jouant un morceau de blues, l’histoire s’arrêtait et je devais repartir de zéro avec une nouvelle époque et de nouveaux personnages. J’ai trouvé ça quelque peu déroutant…

Si cette lecture n’a pas été un coup de coeur, elle n’a pas été un fiasco total non plus. Au contraire, j’ai aimé partir à la découverte de cette ville au travers de différentes époques. L’auteur a mis en scène des événements importants pour les Etats-Unis comme la guerre de Sécession ou la lutte pour les droits civiques et c’était intéressant de voir comment les habitants de cette ville si particulière vivaient ces changements historiques. J’ai aussi apprécié le fait que l’auteur se concentre sur des événements propres à la Nouvelle-Orléans comme le carnaval ou le tragique passage de Katrina. J’ai vraiment ressenti l’âme de cette ville en lisant certaines de ces nouvelles et maintenant, j’ai encore plus envie d’y aller! J’ai aussi apprécié le fait que toutes les histoires étaient reliées, connectées. Par exemple, on retrouve à plusieurs reprise le Croissant Doré ainsi que certains personnages et c’était sympathique d’apprendre vaguement ce qu’ils étaient devenus.

Ils faisaient désormais partie des habitués, ceux qui parlent à voix basse et n’ont rien de particulier à fêter car ils savent que dehors le monde réel est une succession de plaies et de souillures. 

En revanche, je me dois de faire une autre critique négative. J’ai eu l’impression que l’auteur se concentrait essentiellement sur les points négatifs. Certes, il a voulu nous faire découvrir des éléments clés de la société américaine comme le racisme, la pauvreté ou la drogue. Mais parfois, sa façon de s’exprimer m’a un peu dérangé. C’est comme s’il disait que tous les habitants de la Nouvelle-Orléans étaient des dealers, des voyous ou je ne sais quoi encore. La vision que l’on a de la ville peut se révéler trop péjorative. Alors, d’accord, je n’ai jamais été là-bas, je ne peux pas vraiment juger. Mais j’aime à croire que, comme partout ailleurs, il reste des gens biens!

En résumé, j’attendais beaucoup de ce livre et j’ai finalement été déçue. Bien que certaines nouvelles m’aient plu dans le sens où elles me faisaient découvrir l’âme même de la ville, d’autres m’ont déçu par leur point de vue bien trop tranché. A mon sens, l’auteur aurait du faire la part des choses et nous présenter quatre nouvelles sur les aspects négatifs et quatre sur les aspects positifs. Car ici, même en se concentrant sur les éléments pittoresques comme le carnaval ou la musique, on ne peut pas s’empêcher de pense que la drogue, l’alcool et les armes sont partout dans la ville et que personne ne devrait s’aventurer là-bas. Malgré cela, je dirais que les points positifs sont tout de même plus marqués que les points négatifs puisque ce moment de lecture s’est révélé assez agréable dans son ensemble.

Y’a plus qu’une chose à faire quand on a un pareil avenir : s’engager. L’armée a toujours besoin de gars comme nous. Ça nous fera voyager et, bah, on aura peut-être le sentiment de servir à quelque chose. Ou à quelqu’un ! A nos sénateurs ? C’est possible et ça me ferait mal au coeur. Mais en attendant, avec l’uniforme et tout, on se posera un peu en héros quand on reviendra sur Canal Street…