Ils ont changé le monde, tome 1 : Charles de Gaulle

Couverture Ils ont changé le monde, tome 1 : Charles de Gaulle

Quatrième de couverture

« Aujourd’hui encore symbole d’une France forte et indépendante, Charles de Gaulle croit dès son plus jeune âge au destin exceptionnel qui l’attend. Né à la fin du XIXe siècle, il se destine très tôt à une carrière militaire. Il sort de Saint-Cyr juste avant la Première Guerre mondiale, durant laquelle il passe plus de temps en prison que sur le front. Sa vision novatrice d’une armée mécanisée lui vaut de briller dans l’entre-deux-guerres, dans l’ombre de Philippe Pétain, son mentor. L’invasion de la France par l’Allemagne nazie en mai 1940, précipitant son avenir d’homme d’État, le pousse à gagner Londres, où il va devenir le chef de la France libre. Dès lors, des années sombres de la Seconde Guerre mondiale à son retour au pouvoir en 1958, de son élection à la présidence de la République au suffrage universel à la crise de Mai 1968, le général de Gaulle s’imposera comme la figure politique française la plus marquante de la seconde moitié du XXe siècle. »

Mon avis

On se retrouve aujourd’hui pour une chronique un peu particulière puisqu’il s’agit d’un livre appartenant à une collection qui vient tout juste de commencer. J’ai hésité à faire un article, car ce n’est ni un roman ni livre classique et qu’il faut s’abonner pour avoir les tomes suivants, mais j’ai tellement aimé la façon dont il a été conçu que j’ai voulu vous en parler.

Pour faire court

Les points positifs : la clarté des informations, les photographies, les citations, la plume fluide, la présentation.

Les points négatifs : aucun en ce qui concerne le livre en lui-même, en revanche le principe de la collection ne me plait pas énormément.

Un début engageant

Je ne suis pas une adepte de tout ce qui est collection ou abonnement. Je trouve le prix généralement exagéré et je préfère passer mon tour. Mais lorsque j’ai vu la publicité pour Ils ont changé le monde, dont le premier tome parlait de Charles de Gaulle, j’ai craqué et je l’ai acheté. La couverture m’a tout de suite tapé dans l’oeil, je l’ai trouvé sobre tout en restant attirante. En fait, elle rappelle un manuel sans paraître trop formelle. Et c’est exactement l’impression que j’ai eu en débutant ma lecture. Tout comme un manuel scolaire, ce livre nous donne les dates importantes, les mots-clés, les informations indispensables, mais la plume est si agréable à lire – pas de mots compliqués, pas de bla-bla inutiles – que j’ai pris du plaisir à tourner chaque page.

Une biographie complète

Ce livre a beau être petit (une cinquantaine de pages), la biographie de de Gaulle m’a semblé assez complète, on y évoque son enfance, son passage à St Cyr, les deux guerres mondiales, l’Algérie et sa présidence. Malheureusement, je ne suis pas une spécialiste de ce grand homme – c’est d’ailleurs pour cela que je recherche à lire autant de choses sur lui – donc je ne peux pas dire s’il manque des informations importantes. En tout cas, personnellement j’ai été conquise et j’ai appris énormément de choses ! J’ai aimé le fait qu’on parle du de Gaulle public, soit l’homme d’état, et du de Gaulle privé, soit le papa d’une petite fille atteinte de handicap. Bien que les auteurs ne rentrent pas dans les détails de son intimité (ce qui est un très gros point positif car les coucheries des hommes d’État ne m’intéressent absolument pas et j’en ai assez des biographies où l’on ne parle que de ça), on apprend un peu plus à connaître l’homme qu’il était. Le fait que les auteurs aient également utilisé des citations des enfants et petits-enfants du Général de Gaulle était très judicieux.

Une présentation agréable

J’ai beaucoup aimé la présentation de ce livre. Sur une page, on trouve beaucoup d’informations dont la biographie en elle-même, l’explication de mots-clés, des citations et des photographies. Ce qui fait que même si le livre n’a qu’une cinquantaine de pages, on prend le temps de lire pour se délecter de chaque petite case, chaque petit détail. Cette organisation rend aussi la lecture plus vivante, ce n’est pas comme si on lisait de gros pavés sur chaque page, non, il faut lire les paragraphes un à un, revenir en arrière pour regarder la photo plus en détails, lire et relire la citation pour bien la comprendre et l’intégrer, bref, on découvre petit à petit la grandeur de cet homme sans s’ennuyer une seule seconde.

Alors on continue ?

Il faut le dire, j’ai adoré ce petit livre qui m’en a appris énormément sur Charles de Gaulle et qui m’a aussi donné envie d’en apprendre plus sur la guerre d’Algérie, par exemple, ou sur la quatrième république. Mais il s’agissait là d’un personnage que j’admirais et qui faisait pour moi partie des « gentils ». Le numéro suivant est consacré à Adolf Hitler qui, lui aussi, a clairement changé le monde. En revanche, je ne suis pas sûre de vouloir en connaître davantage sur lui. J’ai déjà lu pas mal de livres sur la Seconde Guerre mondiale et me retrouver en tête à tête avec ce fou pendant cinquante pages illustrées ne m’enchante guère… Enfin, j’imagine que ce second tome sera tout aussi bon et que pour la culture générale, il sera super. Reste un second obstacle, le prix. Je ne parle jamais de prix des livres sur mon blog, mais je trouve pour le coup que passer de 2,99€ pour le premier tome à 8,99€ pour les autres tomes, surtout pour les étudiants comme moi qui aimeraient bien développer leurs connaissances historiques en s’achetant de beaux livres, c’est un peu exagéré. Je ne pense donc pas m’abonner (mais je piquerai les livres de ma maman, qui elle, compte le faire haha! – Il y aura d’ailleurs un tome sur JFK que je ne veux pas louper).

Publicités

Le Pont des hommes perdus – Max Gallo

Couverture Le Pont des hommes perdus

Quatrième de couverture

« L’armée française en débâcle, les communications coupées, un pont qui doit sauter, l’honneur d’un capitaine et l’attente d’une poignée d’hommes, perdus. Tout est là.
En quelques pages sèches, brûlantes, drues comme le soleil d’un dernier été. L’action se passe en juin 1940, à ce moment précis de l’histoire où tout s’apprête à basculer dans le long tunnel de la défaite. Cinquante ans plus tard, Max Gallo raconte. »

Mon avis

Pour faire court

Les points positifs : des personnages attachants, des rebondissements surprenants, une réflexion poussée sur le sens de la guerre, un récit court et captivant.

Les points négatifs : aucun, à mes yeux.

Un début percutant

Dès le début de cette nouvelle, nous sommes plongés au coeur de la guerre. Le capitaine Teyssier, qui occupe une ferme avec ses hommes, regarde le pont menant à Versoix-sur-Arvon et il y voit une foule de civils fuyant les combats. Il remarque également la présence de plusieurs soldats, désarmés et parfois sans leurs uniformes. Ils savent que le combat est perdu et ils désertent tout simplement. Teyssier ordonne à ses soldats de rester en place, mais la plupart ne respectent plus désormais son autorité. Ils savent très bien que la fin est proche et ils se disent qu’ils n’ont plus rien à perdre, la désertion est leur ultime chance de s’en sortir. Le capitaine fait preuve de beaucoup de sang-froid face à l’abandon de hommes. Il ne lui reste que Victor Rovini et Jean Carlin. Le premier est anarchiste, le second veut devenir prêtre. Ces trois hommes n’ont rien en commun et ils vont pourtant devoir gérer cette dernière crise ensemble.

Des péripéties inattendues

Une fois le décor planté, les péripéties peuvent commencer et, pour être honnête, je ne les avais pas vu venir. Je ne m’attendais pas à ce que d’autres personnages fassent leur apparition ni à ce que lesdits protagonistes prennent autant d’importance. Ils sont indispensables à l’histoire, car ils font réfléchir Teyssier sur le sens de la guerre. Pourquoi continue-t-on de se battre alors que tout est perdu ? Peut-on rechercher la victoire à tout prix ? Le sacrifice humain n’a-t-il aucune conséquence ? Ayant participé à la première guerre mondiale, le capitaine sait déjà qu’il est difficile de perdre des hommes au combat. En revanche, il ne s’était pas forcément rendu compte que la destruction du pont causerait tant de tort au village de Versoix-sur-Avon. Le fait d’être coincé à cet endroit, surveillant constamment le pont, va donner beaucoup de temps de réflexion à Teyssier.

Comme un huis-clos angoissant

Cette nouvelle a beau se dérouler dans une ferme, j’ai eu l’impression que les personnages étaient comme enfermés dans un espace limité. Ils voient les civils et leurs camarades fuir, mais eux restent là, à regarder le pont et à agir pour le faire exploser dès que les allemands arriveront dessus. Ils sont obligés de se supporter les uns les autres, ils doivent cohabiter puisqu’ils n’ont aucune échappatoire. L’un est capitaine et ne déserterait pour rien au monde, l’autre est anarchiste et donnerait sa vie pour combattre le fascisme, le dernier est trop docile pour s’opposer aux ordres de son supérieur. Ils doivent tous calmer leurs egos, parler et réfléchir ensemble à la suite et au sens de leurs actions. J’ai trouvé cette situation assez angoissante car j’essayais de me mettre dans la peau de chacun d’entre eux et j’imaginais à quel point la prise de décision pouvait être compliquée. C’était donc une lecture compliquée au niveau émotionnel, mais tellement captivante !

Des personnages touchants

Rapidement, on oublie aussi le fait que Teyssier est le capitaine. Rovini n’en a rien à faire qu’il soit son supérieur et il lui parle comme s’ils avaient le même grade. Teyssier n’essaie pas de le remettre à sa place, ce qui fait vraiment ressortir son côté humain. À la guerre, tout le monde est dans la même situation. Chaque homme devient un cadavre potentiel, qu’il soit capitaine ou simple soldat. D’ailleurs, l’auteur parle du fait que Teyssier se mettait toujours en première ligne pendant la première guerre mondiale afin de motiver ses troupes et de leur donner le bon exemple. Je me suis pris d’affection pour ce personnage.

Carlin reste plus discret. Au début, on ne sait pas vraiment s’il reste avec son capitaine car il respecte ses supérieurs ou par simple conviction. On ne l’apprend qu’à la fin. J’aurais peut-être aimé en savoir plus sur ce personnage, mais cela aurait peut-être ajouté quelques longueurs inutiles à cette nouvelle.

Quant à Victor, il est touchant dans le sens où il est prêt à défendre la liberté coûte que coûte. C’est un résistant de la première heure, un homme capable de sacrifier sa vie pour défendre la population de la menace brune ou de la menace rouge. Je l’imagine très bien devenir maquisard après cet épisode du pont sur l’Arvon. Il représente l’une des figures emblématiques de la France sous l’occupation et je ne pouvais que l’admirer.

Du suspens jusqu’à la dernière seconde

Dès les premières pages, je me suis rendue compte qu’il me serait impossible de deviner la fin de cette nouvelle. À la guerre, on ne peut jamais savoir si l’ennemi a un coup d’avance. Je me demandais donc ce qu’il adviendrait de nos trois protagonistes. Allaient-ils mourir ? Allaient-il déserter ? Allaient-ils finir par faire sauter le pont ? Allaient-ils être arrêtés par les allemands ? Difficile de le deviner à l’avance. J’ai apprécié le fait que le suspens durait véritablement jusqu’à la dernière page, voire même jusqu’à la dernière ligne. La surprise restait entière !

Citations

Les généraux se débinent. Ils foutent le camp, vous les voyez, capitaine ! Et nous, on va jouer les héros, ici, et se faire prendre aux pattes par les boches ! Moi j’en suis pas.

Qu’étaient devenus en vingt années l’héroïne, l’abnégation ?
Peut-être avait-il mieux valu que Péguy meure, le 1er septembre 1914, plutôt que de voir cela, ce peuple et ces soldats transformés en fuyards.

Je m’en fous de mourir. J’ai vu trop de cadavres ces temps-ci et, pas seulement des enfants, des vieux et des pauvres femmes, mais aussi des cadavres d’idées, d’illusions, d’espérances, et ça, je le supporte mal.

Vous les avez vus, tous ces pauvres gens avec leurs valises, leurs ballots. Vous deviez les défendre. Ils vous ont cru. On vus a tous cru, vous les militaires ! Tout était prêt, la ligne Maginot, les avions, les tanks. Je suis allé chez mon fils à Paris le 14 juillet de l’année dernière ! J’ai assisté au défilé. Je suis revenu des Champs-Élysées fier, sûr que si la guerre éclatait, on allait être à Berlin en quelques jours.

Tragiques Pâques 1944 – Miloslav Samardjic

Couverture Tragiques Pâques 1944 : Pourquoi Belgrade a vu tomber plus de bombes Alliées que nazies

Je remercie tout d’abord Babelio et les éditions Pogledi pour m’avoir fait découvrir ce livre dans le cadre de la masse critique.

Quatrième de couverture

« Un des paradoxes de la Seconde Guerre mondiale est que ce sont les États européens occupés ayant le plus résisté à Hitler qui ont le plus souffert de la part des Alliés : la Pologne, la France et le Royaume de Yougoslavie, plus précisément pour ce dernier, dans ses parties serbes. (…) Le but de cet ouvrage est de déterminer les raisons pour lesquelles plus de belgradois ont péri sous les bombes Alliées en 1944, que sous les bombes allemandes en 1941. » Extrait de la préface de la présente édition.

Mon avis

Pour faire court

Les points positifs : l’apport de connaissances, les explications claires, les citations de documents officiels, les photos, les cartes de Yougoslavie, la véritable quête de vérité.

Les points négatifs : quelques fautes de grammaire/orthographe.

Le vif du sujet

Dès les premières pages, on rentre directement dans le vif du sujet. L’auteur nous explique de quoi le livre va parler, pourquoi c’est important et quels sont les problèmes qui ont empêchés l’éclatement de la vérité. J’ai apprécié le fait que l’auteur ne parte pas dans tous les sens et qu’i se concentrent bien sur l’histoire des bombardements Alliés sur Belgrade (et sur d’autres villes serbes). Tout en apportant un contexte indispensable en parlant de la Croatie, Miloslav Samardjic ne se disperse pas. C’est important à souligner car le thème abordé n’est pas simple, la politique est tellement perfide qu’il est parfois difficile de la suivre donc si l’auteur avait parlé de tout et n’importe quoi, le livre aurait été incompréhensible. J’ai également apprécié sa détermination. Il veut absolument découvrir la vérité sur ces bombardements : qui est responsable et pourquoi ?

Des explications détaillées

L’apport de connaissances dans ce livre est extraordinaire. Je ne m’attendais pas à apprendre autant de choses, mais je me suis en fait rendu compte que je ne savais absolument rien de la Yougoslavie dans la seconde guerre mondiale. J’ai été ravie de découvrir toutes ces nouvelles informations – et en même temps j’ai été triste de voir que ce conflit avait été encore plus horrible que je ne l’avais imaginé.

Pour évoquer de façon claire le bombardement Alliés des villes serbes, l’auteur doit parler de la Croatie, de l’Allemagne, de l’URSS, des États-Unis, du Royaume-Uni, de Tito, de Staline, de Roosevelt, de Churchill… bref, d’un nombre incalculable de personnes. Mais il le fait brillamment. Ses explications sont bien détaillées et bien claires. Ses notes en fin de livre permettent également de s’y retrouver. J’avais peut-être un peu peur au début de me perdre dans toutes ces informations, mais grâce à la plume agréable de l’auteur, j’ai réussi à suivre de la première à la dernière page l’explication de cette tragédie qui m’était encore inconnue.

Les illustrations

L’auteur a ajouté dans ce livre tout un tas d’illustrations. Il y a des cartes de la Yougoslavie afin de mieux comprendre où sont placées les villes touchées par les bombardements. Il y a des photographies des principaux concernés, que ce soit du côté Yougoslave comme du côté des Alliés américains et britanniques. Il y a également des photographies de Belgrade, le jour de la Pâque orthodoxe, qui nous montrent l’étendue des dégâts et qui prouvent surtout à quel point l’attaque était violente. Ces images ne sont peut-être pas appropriées pour tous les lecteurs. On y voit, malheureusement, des cadavres d’adultes comme d’enfants donc ce livre ne s’adresse pas à tout le monde. Il y a également des affiches de propagande sur lesquelles on voit chaque parti défendre son point de vue.

Si on prend en compte le texte, les cartes, les photographies et les affiches, on a un livre bien complet qui détaille parfaitement la situation en Serbie pendant la seconde guerre mondiale. Chapeau à l’auteur qui a réussi à rassembler autant d’informations dans 150 pages.

Un petit bémol

Si je devais absolument relever un point négatif dans ce livre, je dirais qu’il s’agit des petites fautes de grammaire et d’orthographe. Il n’y en a pas non plus à chaque phrase, c’est vraiment rare. Le principal problème est la coupure des mots en fin de ligne, il ne respecte pas les syllabes. Cela ne dérange en rien la lecture, c’est juste le petit point qui m’empêche de mettre la note maximale. Le traducteur n’est clairement pas à blâmer, je sais par expérience qu’on peut écrire des aberrations lorsqu’on tape à l’ordinateur et on ne s’en rend même pas compte ! Donc ce petit bémol n’est franchement pas un frein à la lecture, d’autant plus que le style de l’auteur est agréable à lire. Il est un peu compliqué par moment quand on rentre dans les détails complexes de la politique, mais en général je n’ai pas eu de problèmes et je n’ai pas eu besoin de relire de phrases pour les comprendre.

Citations

Hormis les villes slovènes, les villes croates ont aussi été préservées du système de bombardement de saturation. À la demande de Tito et de son commandement suprême, et en accord avec les Britanniques, les bombes étaient larguées « d’une manière particulière » uniquement sur les villes serbes.

Le hurlement des femmes, des hommes et des enfants fendait le ciel, les parents cherchaient leurs enfants, partout des ruines et du bétail mort, la puanteur des corps calcinés, l’air chargé d’odeurs toxiques et de poussières, des morceaux de corps jetés même sur les câbles électriques ou sur les toits des environs, et dans les jardins, les cheveux, les jambes, les bras et les cerveaux éparpillés des victimes mortes.

Verdun, tome 1 : Avant l’orage – Jean-Yves Le Naour, Marko, Iñaki Holgado, Sébastien Bouet

Couverture Verdun, tome 1 : Avant l'orage

J’ai profité d’une semaine de vacances du côté de Verdun pour faire le plein de livres traitant de la première guerre mondiale. J’ai pris les deux premiers tomes de la bande-dessinée Verdun sans même réfléchir. Les couvertures ont tout de suite attiré mon regard. Après la lecture du premier volet, Avant l’orage, je ne suis vraiment pas déçue d’avoir découvert cette série.

Quatrième de couverture

« Décembre 1915 : les Allemands semblent préparer une attaque d’envergure sur l’un des points stratégiques de la ligne de défense française. Si Verdun tombe, la guerre pourrait définitivement basculer en faveur de l’Allemagne. Malgré les nombreuses mises en garde, le général Joffre, commandant en chef des forces françaises, se refuse à renforcer la zone, persuadé que la vraie bataille se jouera en Champagne. Quand en janvier 1916 l’attaque ne fait plus le moindre doute, il semble bien tard pour réagir. Seul un miracle pourrait sauver Verdun. »

Mon avis

Pour faire court

Les points positifs : de beaux dessins, pas d’anachronismes, l’objectivité (point de vue des Français et des Allemands), l’apport énorme de connaissance, le choix de couleurs judicieux.

Les points négatifs : aucun, à mes yeux.

Une objectivité appréciable

J’ai particulièrement aimé le fait que cette bande-dessinée ne prenne parti ni pour les allemands, ni pour les français. Évidemment, quand on est d’une nationalité ou de l’autre, notre coeur balance souvent vers notre patrie. Mais si l’auteur du scénario est français, il ne fait pas l’éloge de nos dirigeants et ne dit pas que le gouvernement a fait tout ce qui était en son pouvoir pour défendre Verdun. Au contraire, il montre à quel point le général Joseph Joffre est resté inflexible jusqu’au jour où l’attaque a commencé et qu’il n’a plus eu d’autres choix que d’envoyer du renfort (et même à ce moment-là, il reste persuadé que l’attaque principale aurait lieu ailleurs). C’est donc une bande-dessinée très informative et non pas ultra-nationaliste qui nous laisserait croire que les vilains allemands ont réussi à nous battre alors que nous étions vraiment bien préparés.

Beaucoup d’informations

D’ailleurs, à la fin de ce premier tome, huit pages explicatives (qui ne sont plus sous la forme d’une bande-dessinée) nous décrivent pas à pas l’attaque de Verdun en 1916. J’ai beaucoup aimé ces quelques pages et je les ai lu avec grand intérêt. Les illustrations (photographies) et informations données sont très utiles et peuvent très bien servir de base pour un cours. Comme j’aimerais, à la fin de mes études, devenir professeure de français/culture française pour les élèves étrangers, j’essaie de repérer dans chaque livre quels passages/dialogues je pourrais utiliser, quelles illustrations je pourrais analyser avec eux, etc. Dans cette bande-dessinée, j’ai trouvé plusieurs passages très intéressants qui pourraient me servir de base pour un cours sur Verdun, sur les conditions de vie des soldats, sur le contraste avec les officiers gradés qui, eux, peuvent se manger des entrecôtes pendant que leurs gars sont coincés dans les tranchées. Le général Driant écrit également une lettre à sa femme. Je pourrais donc utiliser cette BD en lien avec le livre Paroles de Poilus par exemple. Bref, c’est un livre très enrichissant au niveau culturel et que j’ai hâte d’utiliser dans un de mes cours. En revanche le niveau de langage est assez élaboré. Donc il est parfaitement compréhensible pour quelqu’un dont le français est la langue maternelle, mais pour un étudiant étranger, je dirais qu’il faut tout de même des bases solides dans la langue.

Dessins & couleurs

Sinon, j’ai beaucoup aimé les dessins et particulièrement les couleurs. Je ne suis pas tellement bande-dessinée, mais le sujet abordé ici y est tellement intéressant que je n’ai pas réussi à refermer le livre avant de l’avoir terminé. Les dessins réalisés par Iñaki Holgado correspondent parfaitement à l’ambiance qui règnent dans ce livre. On voit les regards déterminés des soldats, allemands comme français, on lit l’agacement sur les traits du général Joffre qui ne comprend pas pourquoi on lui parle sans cesse de Verdun, on voit l’horreur sur les visages des poilus lorsque les bombes explosent et que les morts s’entassent. Bref, les dessins nous transmettent parfaitement les émotions de chaque personnage, c’est très prenant. Mais les couleurs utilisées par Sébastien Bouet jouent également un énorme rôle. Le contraste est saisissant entre les couleurs chaudes utilisées à la chambre des députés, à l’Élysée, au Sénat et l’ambiance bleue glaçante que l’on retrouve dans les tranchées. Je ne m’y connais pas tellement en art, ni en analyse picturale, mais pour le coup j’ai bien vu la différence entre les deux atmosphères et cela ne fait que contribuer à l’excellence de ce livre.

Un auteur que j’apprécie

Je ne suis pas non plus une spécialiste de Verdun ou de la première guerre mondiale, mais je pense que cette bande-dessinée reflète avec exactitude ce qui s’est passé pendant le combat. D’ailleurs, l’auteur du scénario, Jean-Yves Le Naour, n’en est pas à son coup d’essai et a déjà sorti plusieurs livres et bande-dessinées sur la première ainsi que la seconde guerre mondiale et sur le Général de Gaulle, par exemple. D’ailleurs, j’avais lu 177 : Ces français du jour J (avant d’ouvrir mon blog) de ce même auteur et j’avais eu un énorme coup de coeur. Je crois même avoir versé quelques larmes pendant cette lecture. Bref, tout cela pour dire que j’ai envie de découvrir les autres romans et/ou bande-dessinées de cet auteur, car il est capable de faire ressentir un tas d’émotions tout en expliquant des faits historiques précis.

Si cette bande-dessinée vous intéresse, vous pouvez en lire les premières pages ici.

Citations

L’assaut aura lieu demain, au petit jour. Notre bois aura ses tranchées prises dès les premières minutes. Comme on se sent peu de choses à ces heures-là ! Ma chère épouse, j’aurais tant voulu te serrer dans mes bras une dernière fois.
Driant

Ce sera la plus grande bataille de tous les temps. Grâce à vous, commandant suprême, nous avons pu regrouper mille deux cents canons de tous les calibres, du jamais vu! Avec plus de mille obus par pièce, nous allons littéralement écraser l’ennemi sous un déluge d’acier.

Un aperçu rapide des événements qui se sont produits du 15 au 20 juin 1940

Ce petit livre traînait sur mon étagère depuis un sacré bout de temps. Je n’osais pas l’ouvrir, je n’osais pas le parcourir. Et pour cause : j’avais peur d’être bouleversée. Ce livret regroupe des extraits de journaux locaux qui nous racontent ce qui s’est passé dans les principales villes du Loiret au début de l’Occupation allemande. Étant originaire de ce département, j’y suis particulièrement attachée et connaître toutes les horreurs qui s’ étaient déroulées ne me tentait pas plus que ça… Mais j’ai enfin franchi le pas.

Quatrième de couverture

« Extraits des reportages publiés dans les numéros du Gâtinais des 6, 13, 20 juillet et 10 août. Zones traitées : principalement Gien, Sully-sur-Loire, Gondreville, Pithiviers, puis Puiseaux, Montargis, Orléans. Il ne s’agit pas de généralités sur la guerre et l’époque mais de reportages de terrain sur les combats et les destructions, de nombreux de civils de la région sont nommément cités. »

Mon avis

Le premier extrait du livret nous explique que l’un des journal local n’avait pas pu être publié pendant quelques jours à cause de l’arrivée des allemands et de la situation compliquée à laquelle devait faire face les habitants du Loiret. Une fois le calme (relativement) revenu, les journalistes avaient du récolter des informations pour faire un bref compte-rendu à la population. La première ville dont on parle est Gien. C’est exactement ce que je redoutais… Gien est la ville dans laquelle je suis née et je la connais plus ou moins sur le bout des doigts. Alors quand je lisais et que je voyais des noms de rue ou d’avenue ayant été détruites par des bombes, des incendies ou quand je lisais que des personnes avaient été retrouvées mortes à tel ou tel endroit, j’étais bouleversée. C’est difficile de se dire qu’à un endroit où l’on est passé des centaines de fois, des choses aussi horribles se sont produites. Je ne vois plus la ville de la même façon et je pense qu’à partir de maintenant, dès que je passerais dans ces rues je penserais aux événements qui s’y sont déroulés.

En ce qui concerne les autres villes, comme Sully-sur-Loire ou Orléans par exemple, je les connais, mais pas autant que Gien. Par conséquent, quand il y avait des noms de rues ou de places, j’avais du mal à me repérer. Évidemment, les extraits sont tirés de journaux locaux, lus par des habitants de ces villes et c’est pourquoi il y a un tel niveau de détail. Mais il faut bien avouer que c’est un peu dur à suivre quand on ne connaît pas très bien la ville. En plus de ça, le journaliste situe parfois les événements au niveau de la maison de monsieur un tel ou madame un tel. Certes, les gens de l’époque comprenaient, mais un lecteur actuel se retrouve vite perdu. Je pense que ce serait vraiment bien si un spécialiste de l’histoire du département se penchait sur ce livre et y ajoutait ses connaissances pour que les lecteurs d’aujourd’hui puissent comprendre et situer tout ce qu’il lit. Le livre n’en gagnerait que plus d’intérêt !

J’ai également eu un peu de mal avec le style d’écriture. Je suis parfaitement consciente qu’il s’agissait du style journalistique de l’époque et que dans les années 40, tout le monde y était habitué. Mais personnellement, j’ai trouvé la plume très lourde et j’avais parfois besoin de relire des phrases pour les comprendre. Il fallait que je sois bien concentrée pendant cette lecture. Malheureusement avec le nombre de lectures requises pour mes cours de littérature ou de linguistique, j’avais envie de me détendre et je ne le pouvais pas vraiment avec ce livre.

Difficile de faire des critiques sur un tel livret puisqu’il nous donne un témoignage unique sur le drame de l’Occupation dans le Loiret. Mais bon, j’ai toujours partagé un avis honnête sur le blog et puis mes critiques n’en sont pas vraiment, ce sont plutôt des petits détails qui m’ont empêché d’avoir un coup de coeur. Le livre en lui-même reste très instructif et je ne regrette vraiment pas de l’avoir lu. Je le conseille à tous ceux qui s’intéressent à l’Occupation et au département du Loiret. C’est captivant de voir comment l’arrivée des allemands a été perçue dans les petits villages. Les documentaires se concentrent d’habitude sur Paris ou autres grandes villes mais ils parlent rarement des zones rurales dans lesquelles l’Occupation a été tout aussi horrible qu’ailleurs.

Citations

C’est des fenêtres du château que l’on se rend le mieux compte du cataclysme qui a frappé la ville. La Loire coule en bas, majestueuse; sous son flot, en séjour rapide, se devine déjà le banc de sable. Mais les yeux rechercheraient en vain une maison intacte et les quelques murs qui subsistent ont l’air de sentinelles fatiguées, prêtes à s’écrouler. Pauvre Gien, pauvre victime de la guerre !

Le malheur fortifie les âmes. Orléans restera fidèle à son passé et préparera l’avenir.

Le dernier paradis – Antonio Garrido

Résultat de recherche d'images pour "le dernier paradis antonio garrido"

Résumé :

« New York, années 1930. Renvoyé parce que juif de l’usine Ford où il travaillait, Jack Beilis retourne habiter chez son père, Solomon, alcoolique et endetté. Sans travail et sans argent, ils ne parviennent pas à payer le loyer au propriétaire, Lukas Kowalski. Un soir, alors que celui-ci débarque avec deux hommes de main, un coup de feu part et Kowalski s’effondre. Persuadé qu’il va être accusé de meurtre, Jack veut fuir le pays. Il s’embarque avec son ami Andrew, militant communiste de la première heure, pour le « paradis des travailleurs ».
Des États-Unis de la Grande Dépression aux steppes enneigées de l’Union soviétique, Antonio Garrido aborde un pan méconnu et captivant de l’histoire de ces deux pays que tout opposait : l’émigration de travailleurs américains plongés dans la misère vers cette terre de la grande promesse qui leur faisait miroiter le dernier paradis. »

Mon avis :

Je remercie Le Livre de Poche pour l’envoi de ce roman ! Lorsqu’on m’a présenté la sélection et que j’ai cliqué sur Le Dernier Paradis, je n’ai pas hésité une seule seconde. Avant même d’avoir lu le résumé, j’étais tombée amoureuse de la couverture et je savais que ce livre était fait pour moi. Je ne me suis pas trompée et j’ai passé un formidable moment de lecture. Voyons cela plus en détail.

La crise financière qui a débuté en 1929 aux Etats-Unis n’est toujours pas réglée et elle n’épargne personne. Certains ouvriers qualifiés perdent tout après ce krach boursier : leur emploi, leur maison, leurs économies et leur train de vie luxueux. Jack Beilis est l’un d’entre eux. Il est obligé de quitter Détroit pour retourner vivre chez son père à New York. Mais sans argent et sans économie, les deux hommes se retrouvent incapables de payer leur loyer et leur propriétaire, Monsieur Kowalski, n’hésite pas à les menacer de mort. Un soir, alors que cet homme vient réclamer une énième fois son argent, une bagarre éclate entre sbires et Jack qui ne compte pas se laisser faire. Un coup de feu retentit. Kowalski est-il mort ? Pas le temps de vérifier, il faut fuir. Avec l’aide de son ami Andrew, Jack va prendre le bateau et se rendre en union soviétique. Il n’en a pas envie. Pour lui, ce pays n’est pas le dernier paradis des travailleurs et il ne se fait aucune illusion. Il se résigne et suit son ami, un syndicaliste convaincu, dans cette nouvelle vie. Evidemment, la maison avec jardin et le travail bien payé qu’on leur avait promis ne les attendent pas à l’arrivée. Mais Wilbur Hewitt, l’Américain chargé du développement de l’usine automobile à Gorki, va faire une proposition que Jack ne pourra pas refuser. Il ne s’en rend alors pas compte qu’il vient de s’engager dans une histoire qui le dépasse complètement et qu’il pourrait bien le payer de sa vie.

Il ne pouvait pas croire que ce qui leur arrivait soit vrai : seuls au bout du monde, recroquevillés dans une glacière, les poches à moitié vides et le chômage pour tout horizon, même si Andrew s’obstinait à le nier.

Dès les premières lignes, j’ai su que j’allais adorer ce livre. Je m’intéresse beaucoup à l’Histoire en général et pour moi, la vie des américains après le krach boursier de 1929 est importante à découvrir. Ici, le contexte est très habilement mis en place. On sait comment la vie de Jack a basculé le jour où il a perdu son emploi et on comprend que ses conditions de vie sont devenues insupportables. Le contexte historique est très présent et ancre ce roman dans notre réalité. En cela, nous ressentons plus de peine, plus de pitié pour Jack et ses compatriotes car on se dit pas « ce n’est qu’un livre ». Ensuite, l’auteur nous emmène au coeur de cette union nouvellement créée qu’est l’URSS. Une fois encore, la vérité historique reste omniprésente. D’ailleurs, à la fin de ce livre on trouve un petit glossaire dans lequel Antonio Garrido nous explique que le village américain de Gorki a réellement existé, tout comme l’histoire des sabotages. Les protagonistes ont été inventés par l’auteur, mais ils sont tous inspirés de personnages ayant réellement vécus. Plus qu’un superbe thriller, ce roman est donc un livre très instructif qui m’a permis d’apprendre des choses sur l’URSS des années 30. Que demander de plus ? Ah oui, l’impartialité. Eh bien, pas de problèmes de ce côté-là puisque l’auteur ne prend aucun parti. Il ne dit pas que les américains sont meilleurs que les soviétiques ou inversement. Bien sûr, étant donné que la majorité de l’intrigue se déroule en URSS, les communistes en prennent plus pour le grade que les capitalistes. Mais il faut bien avouer que des petites piques sont lancés aux américains tout au long du roman. D’ailleurs, si la vie aux Etats-Unis était si parfaite, personne n’aurait émigré en union soviétique. L’auteur laisse donc au lecteur la possibilité de se faire sa propre opinion sur les deux pays, c’est très ingénieux et habile de sa part.

Parlons maintenant de l’intrigue. Elle est complexe. Il faut bien avouer que si l’on se déconcentre un peu pendant notre lecture on peut vite se perdre. Mais la plume de l’auteur est si addictive et si agréable à lire qu’on a aucun mal à se plonger complètement dans cette oeuvre. Au final, l’intrigue reste compliquée jusqu’à la dernière seconde. On ne sait pas qui sont les gentils, qui sont les méchants. A chaque fois qu’on se dit « alors c’était lui, le coupable ? », un élément nouveau vient nous éclairer et on comprend que jusqu’à la dernière ligne de la dernière page, Antonio Garrido va nous tenir en haleine. Si je devais résumé ma chronique de ce livre en trois mots, je dirais : extrêmement bien ficelé. Tous les événements s’imbriquent parfaitement les uns dans les autres, tous les renversements de situation sont parfaitement crédibles, bref, cette histoire est incroyablement réaliste. A aucun moment je n’ai trouvé de fausses notes qui pourraient discréditer l’intrigue. Je ne sais pas combien de fois l’auteur a dû se relire pour que tout colle parfaitement, mais bon sang, il a dû s’épuiser à la tâche. J’admire vraiment son travail sur ce livre et j’adorerai découvrir d’autres de ses oeuvres.

Pour eux, les travailleurs américains sont devenus des invités gênants. Les Américains se plaignent, ils demandent qu’on leur paie ce qui était convenu au lieu de la misère qu’on leur verse après impôt, ils réclament des vêtements décents… Et certains osent même exiger qu’on leur rende leurs passeports pour retourner aux Etats-Unis. Crois-tu qu’ils vont autoriser ça ? Crois-tu qu’ils vont laisser des étrangers semer la graine du mécontentement ?

En ce qui concerne les personnages, je me suis attachée à chacun d’eux d’une manière différente. J’ai eu de la peine pour le héros, Jack, qui s’est retrouvé embarqué malgré lui dans une affaire qui le dépasse complètement. D’ailleurs, il ne voulait même pas partir en URSS et voilà qu’il se retrouve impliqué dans un complot de grande envergure… Quant à Andrew, c’est un idéaliste. A l’époque de cette crise financière internationale, on ne peut pas vraiment lui en vouloir. Wilbur Hewitt peut paraître sans pitié au début de ce roman. On peut se dire qu’il n’est qu’un capitaliste qui ne s’occupe pas du sort des autres. Mais au final, il n’est qu’un pantin dont les ficelles sont tirées par Henry Ford d’un côté et Staline de l’autre… Détailler tous les personnages ici seraient trop longs. Mais je les ai tous trouvé intéressant à leur façon. Ils apportaient tous un petit quelque chose non négligeable à l’histoire.

J’ai l’impression que ma chronique s’étire un peu trop en longueur alors je vais m’arrêter là ! C’est toujours tellement sympa d’écrire une chronique enthousiaste que je pourrais rédiger des pages et des pages. Mais pour résumer, je dirais que ce livre nous transporte totalement dans le monde fragile des années 1930. La guerre froide entre l’URSS et les Etats-Unis n’est pas encore déclarée et pourtant on sent déjà que les divergences d’opinions n’amèneront rien de bon. Nos protagonistes se retrouvent piégés dans cet univers instable et on se demande à chaque seconde lesquels s’en sortiront. Si je ne mets pas la note maximale, c’est simplement car j’ai adoré ce livre grâce au suspens et à la réalité historique, mais je n’ai pas ressenti d’émotions intenses comme avec un véritable coup de coeur.

Central Park, l’orgueil vert de New York, changé en une porcherie infestée de mendiants. Il y a vingt ans, le dimanche, on pouvait se promener tranquillement avec ses enfants. Maintenant, ces crève-la-faim qui l’envahissent ne laisseraient même pas tes ossements.

Regeneration – Pat Barker

Couverture Regeneration, book 1

RÉSUMÉ :

« Craiglockhart War Hospital, Scotland, 1917, where army psychiatrist William Rivers is treating shell-shocked soldiers. Under his care are the poets Siegfried Sassoon and Wilfred Owen, as well as mute Billy Prior, who is only able to communicate by means of pencil and paper. Rivers’s job is to make the men in his charge healthy enough to fight. Yet the closer he gets to mending his patients’ minds the harder becomes every decision to send them back to the horrors of the front… »

MON AVIS :

Pour mon cours de littérature britannique, j’ai du lire Regeneration de Pat Barker et voir son adaptation cinématographique. J’ai vu le film avant de lire le roman. Je m’attendais à être bouleversée puisque cela parle de stress post-traumatique à l’époque de la première guerre mondiale. Malheureusement le film m’a déçu et je repoussais donc indéfiniment le jour où j’allais commencer le livre… Puis j’ai vu le film une seconde fois et cette fois-ci, je l’ai plus apprécié et l’envie de lire est revenue. C’est tout de même prudemment que j’ai commencé Regeneration et j’ai été agréablement surprise.

En pleine guerre mondiale, un officier anglais du nom de Siegfried Sassoon publie dans un journal national un réquisitoire contre le conflit en Europe. Il n’est pas pacifiste, mais il considère que la guerre a assez duré et qu’elle n’est motivée que par des politiciens sans raison particulière. Il aurait du passer en court martiale, il aurait pu être executé. Fort heureusement, enfin si on peut dire cela comme ça, son ami Robert Graves intervient. Devant le conseil médical, il leur avoue que Sassoon a des problèmes de bégaiement, qu’il fait des cauchemars et a des hallucinations depuis son retour du front. Le conseil décide donc de l’envoyer à Craiglockhart, un hôpital psychiatrique dédié aux officiers en stress post-traumatique. C’est là qu’exerce le capitaine Rivers, un médecin très réputé qui obtient de bons résultats. Une fois à Craiglockhart, Sassoon se retrouve au coeur de l’enfer. Pour lui, c’est pire que la guerre en France. Cependant, il pourra tout de même compter sur l’appui de Rivers, qui a bien compris qu’il n’était pas fou. Il va également faire des rencontres surprenantes, dont celle de Wilfred Owen. En parallèle, nous suivons également la guérison de Billy Prior, un officier modeste qui souffre de mutisme. Au fil des cauchemars, des séances d’hypnose et des parties de golf, les protagonistes vont se redécouvrir et vont comprendre que le chemin de la guérison sera semé d’embûche.

« They won’t court-martial you. »
In spite of himself, Sassoon began to feel afraid.
« What then ? »
« Shut you up in a lunatic asylum for the rest of the war. »

Que ce soit dans le film ou dans le livre, une chose m’a étonnée. L’histoire se déroule en 1917, durant la première guerre mondiale. Les protagonistes sont des soldats. Pourtant, nous ne sommes pas sur un champ de bataille, nous en sommes même très éloignés. J’étais un peu déroutée au début mais en fait, la guerre est évoquée constamment. C’est même le coeur du livre. Si les soldats sont là, c’est bien parce qu’ils ont vécu une expérience traumatisante sur le front. Le sujet restait donc très intéressant, mais le rythme n’était pas là. En effet, si cela s’était déroulé sur un champ de bataille, l’histoire aurait été palpitante. Or dans ce livre, c’était beaucoup plus calme. Cela ne m’a pas dérangé sauf à certains moments où j’ai trouvé quelques longueurs inutiles. Cependant, dans l’ensemble, j’ai passé un moment de lecture agréable.

Cette histoire est inspirée de faits réels, c’est ce qui la rend particulièrement intéressante. Si les personnages de Billy Prior et David Burns sont sortis tout droit de l’imaginaire de Pat Barker, Siegfried Sassoon, Robert Graves, Wilfred Owen, Dr Rivers, Dr Brock ou encore Dr Yealland ont réellement existés. Cela rend l’histoire plus vivante, plus concrète mais aussi plus émouvante. Par exemple, dans le livre ou dans le film, je ne me suis pas vraiment attachée au personnage de Wilfred Owen. Pourtant, il n’y a rien de désagréable dans son attitude. Seulement, je savais que le vrai Wilfred Owen était mort juste avant la fin de la guerre. Donc le fait de savoir que ces événements se déroulaient quelques mois seulement avant son décès … c’est très touchant, voire même éprouvant émotionnellement parlant. Je pense donc que c’est pour cela que je ne me suis pas attachée à lui, c’était un genre de mécanisme de protection j’imagine.

Le gros point fort de ce roman c’est évidemment les personnages. En regardant le film, j’avais beaucoup aimé Billy Prior. Mon opinion sur lui s’est confirmée lors de ma lecture. J’ai apprécié le fait qu’il n’était pas un officier comme les autres, il ne vient pas d’une riche famille, il n’a pas été dans une école prestigieuse. Je l’ai trouvé attachant dans le sens où il n’est pas traité comme les autres. Certes, le docteur Rivers est un homme d’honneur mais il fait tout de même des distinctions entre ses patients. Billy Prior souffre de mutisme après avoir vécu une expérience plus que traumatisante, or Rivers lui dit « Officers don’t suffer from mutism ». Pourtant, Prior ne simule pas et souffre vraiment de cette situation (surtout qu’il communique par bouts de papier et qu’il fait des fautes d’orthographe… pas très glorifiant). Prior a donc été mon personnage préféré, c’est celui pour lequel j’ai eu le plus d’affection. Bon et le fait que dans le film il soit interprété par Johnny Lee Miller (quand il était jeune) à peut-être aidé je l’avoue!

You seem to have a very powerful anti-war neurosis.

J’ai également adoré le personnage de Siegfried Sassoon. C’est avec sa déclaration que débute l’histoire et pour être honnête, je suis tout à fait d’accord avec ses idées! Il n’est pas pacifiste, mais pour lui, cette guerre dure pour de mauvaises raisons. Surtout, il hait les civils qui encouragent leur soldats à combattre et à revenir victorieux sans imaginer un seul instant l’horreur qu’ils vivent au front. Le fait que Sassoon trouve qu’il n’y a rien de glorieux à tuer un homme le rend tout aussi humain qu’attachant. Je dois également vous avouer que j’ai aimé Siegfried Sassoon avant même de commencer le livre. En parallèle de cette lecture, nous devions choisir un poème dans un petit recueil pour l’analyser: Poems of the Great War. C’est en cherchant le poème que j’allais étudier que j’ai découvert la plume de Sassoon. Et quelle découverte! Je ne suis pourtant pas une grande fan de poésie, mais j’ai pris une grande claque en lisant celle de cet officier! Donc j’avais un a priori très positif sur ce personnage. J’ai aussi beaucoup aimé sa nonchalance face à Rivers.

The haunted faces, the stammers, the stumbling walks, that undefinable look of being « mental ». Craiglockhat frightened him more than the front had ever done. 

Enfin, en ce qui concerne le style de l’auteure, je l’ai trouvé fluide dans l’ensemble. J’ai particulièrement aimé les nombreux dialogues. Quand on lit en VO, les longues descriptions de paysage ou les interminables passages de narration peuvent être un peu ennuyants et même gênants dans le sens où on a plus de chance de rencontrer du vocabulaire précis que l’on ne connait pas forcément. Les dialogues remettaient donc un peu de rythme dans ce livre et permettaient de mettre mon cerveau en pause pendant quelques instants! Mais en général, le vocabulaire était tout de même largement compréhensible, tout comme le style d’écriture. De plus comme le livre a été écrit das les années 90, cela reste très moderne et donc plus simple qu’un livre de Dickens par exemple!

En résumé, je suis ravie que mon professeur de littérature britannique nous ait demandé de lire cette oeuvre. Etant passionnée d’Histoire, j’étais certaine d’adhérer à ce roman et ce fut le cas. J’ai aimé la plume fluide de l’auteure ainsi que les personnages que j’ai trouvé particulièrement attachants, surtout lorsqu’ils évoquaient leurs traumatismes de guerre. J’ai préféré le livre au film. Il y a quelques différences notables qui changent, selon moi, une grande partie de l’histoire. Par exemple, dans le livre, on s’attarde plus sur l’homosexualité de Sassoon et sur sa relation ambiguë avec Wilfred Owen. Cela apporte un petit plus au roman. Bref, j’ai l’impression que cette chronique est déjà bien assez longue, je ne vais pas m’étaler sur ce sujet! Pour faire court : je vous conseille ce livre, bien différents des autres romans traitants de la première guerre mondiale!

For a while I used to go out on patrol every night, looking for Germans to kill. Or rather I told myself that’s what I was doing. In the end I didn’t know whether I was trying to kill them, or just giving them plenty of opportunities to kill me. 

Churchill m’a menti – Caroline Grimm

Couverture Churchill m'a menti

Résumé :

« C’est une histoire vraie et oubliée. Celle de l’île de Jersey, abandonnée par Churchill en juin 1940, envahie par les Allemands deux mois plus tard. Comment vont survivre les habitants de l’île livrés à l’ennemi ? Pour qui les nazis font-ils construire les seuls camps de concentration de l’Europe de l’Ouest ? Des centaines de Français y seront déportés. Pourquoi Churchill n’en a-t-il jamais parlé ? Ces années de lutte, l’auteur les raconte en suivant le quotidien palpitant de personnages qui n’ont eu d’autres choix que de collaborer avec l’occupant ou de résister. Un roman poignant sur un chapitre ignoré de la Seconde Guerre mondiale. »

Mon avis :

Je tiens tout d’abord à remercier Le Livre de poche pour l’envoi de ce livre! Je les remercie également pour avoir glissé un second livre dans l’enveloppe (chronique à venir…), c’était une très bonne surprise!

Il y a encore quelques années, je ne savais pas que les îles anglo-normandes avaient été occupées par les allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale. Pourtant, ce n’est pas faute de regarder des reportages et de lire un tas de livres sur cette période qui m’intéresse tout particulièrement. C’est grâce au livre Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates que j’en avais appris plus. Si ce livre traitait de Guernesey, Churchill m’a menti de Caroline Grimm se passe à Jersey et Aurigny. Dans ce roman, plusieurs personnages nous livrent leur vision de la guerre, de la jeune adolescente qui va subir les conséquences de l’occupation dès les premières secondes au vieux pêcheur qui préfère fuir plutôt que d’affronter cette dure réalité. Je dois dire que j’ai été vraiment bouleversée pendant cette lecture…

De tous côtés des cris de douleur, des cris de peur, des yeux agrandis par la terreur et la souffrance. C’est donc ça, la guerre. C’est donc ça, l’enfer.

En juin 1940, lors de la Battle of Flowers, un carnaval organisé sur l’île de Jersey, les éclats d’obus viennent se mêler aux pétales de fleurs en début d’après-midi. Les allemands arrivent. Ils ne sont même pas ralentis par une quelconque résistance. En effet, Churchill avait décidé de démilitariser les îles anglo-normandes puisqu’elles ne présentaient aucune intérêt stratégique, elles n’étaient donc pas en danger. Mais le Vieux Lion avait tort. Et voilà que les habitants de Jersey doivent du jour au lendemain cohabiter avec un ennemi qui met en place sa dictature nazie. Les juifs se cachent ou fuient pendant que certains collaborent, d’autres jouent un double-jeu. Bref, on retrouve sur Jersey tout ce qu’on pouvait voir dans la France occupée par exemple mais… en pire. Jersey étant une île, une petite île, se cacher était très difficile. Fuir était presque impossible avec tous les soldats allemands qui surveillaient la côte. Les habitants n’avaient d’autre choix que de subir. Churchill m’a menti est ponctué par l’horreur, la mort, l’enfer et le résultat est aussi poignant qu’époustouflant.

J’ai particulièrement aimé ce livre car il nous fait découvrir l’occupation allemande du point de vue de plusieurs personnages. Si on s’attache immédiatement à certains comme Victoire Le Gallais ou le Capitaine Richardson, on est assez choqué par d’autres comme Emma Landry ou Pepe Jim. Mais en quatre ans d’occupation, tous ces personnages vont évoluer et on se surprend à ressentir de la sympathie pour le personnage qui semblait le plus détestable au début du roman…

Victoire Le Gallais est sûrement LE personnage principal du livre. Du moins, c’est son histoire qui m’a le plus marqué lors de ma lecture. Elle n’a que 14 ans en 1940. Ce n’est encore qu’une adolescente innocente qui vit avec sa mère et son frère. Dans les premières pages, Victoire nous apparaît comme une jeune fille plutôt joyeuse et un peu candide. Pourtant, dès les premiers jours de l’occupation, on se rend compte qu’elle est bien plus forte que ce que l’on pensait. Si sa mère craque, elle, elle tient bon. Elle a les nerfs solides. Elle ne compte pas se laisser faire, elle est prête à tout pour sauver ses amis juifs par exemple. Mais comme on peut s’en douter, résister à l’occupant n’est pas chose aisée et Victoire va subir d’innombrables épreuves pendant ces années infernales. Ce personnage m’a vraiment touchée pour la simple et bonne raison que c’est d’elle dont je me sens le plus proche. C’est le fait qu’elle soit jeune, qu’elle soit encore une « enfant » qui m’a permis de m’identifier plus facilement à elle. Et en lisant son histoire je m’imaginais à sa place, je me disais que si tout ça m’était arrivé je n’aurais pas eu le quart de sa force ni de son courage.

J’ai compris, mon monde se divise en deux dorénavant, ceux qui baisse la tête, prêts à tout pour « s’arranger », ceux aux yeux de qui la mort de mon frère ne compte pas, et les autres.

Je ne pourrais pas vous parler de tous les protagonistes en détail, ce serait beaucoup trop long. Pour faire court, j’ai eu eu de bonnes et de mauvaises surprises quant à l’évolution de certains personnages. Je ne vous dévoilerai bien sûr pas la fin, mais je peux vous assurer que vous allez être surpris par Emma Landry, cette femme très snob qui me fait penser à Jeannine Schwartz de la série Un Village Français, pour ceux qui connaissent! Je l’imaginais vraiment hautaine, méprisante et mes poils se dressaient quand elle disait des choses du genre « La vie est plus amusante [depuis que les allemands sont là] ». Diane et James Fitzgerald m’ont eux aussi fait penser à des personnages de cette série : Alban et Geneviève. Ils n’aiment pas les allemands mais ils sont bien obligés de les supporter car un membre de leur famille est un éminent collaborateur. Diane m’a particulièrement émue. Enfin, en ce qui concerne Pepe Jim j’ai été vraiment déçue, vraiment écœurée par son comportement… Il a clairement choisi la solution de facilité.

On ne peut pas ressortir indemne de cette lecture. Toutes ces horreurs ont vraiment existé et elles sont très bien décrites dans le livre. L’auteur ne cherche pas à rendre la lecture moins dure. Alors certes, il y a certaines scènes assez crues, mais c’était ça la guerre. Je pense que c’est le gros point fort de ce livre, Caroline Grimm n’atténue pas la dure réalité, elle nous l’expose franchement. Après la lecture de Churchill m’a menti, on est clairement révolté quand on se dit que les livres d’histoire oublient de mentionner l’occupation des îles anglo-normandes. Que dire alors du camp de juif sur l’île d’Aurigny ? J’ai été vraiment choquée quand j’ai appris via ce livre qu’un camp avait existé en Europe de l’Ouest, à seulement quelques kilomètres des côtes françaises. Je ne l’aurais sûrement jamais su si Caroline Grimm n’avait pas écrit ce livre. Elle l’a d’ailleurs pas écrit par hasard : son grand-oncle a été déporté là-bas. On ne peut qu’imaginer à quel point elle a du être bouleversée quand elle a appris ce qui lui était arrivé… c’est encore plus poignant. J’ai aussi beaucoup apprécié toutes les petites notes historiques glissées dans le roman, ça nous aide à bien comprendre tous les faits.

En ce qui concerne le style d’écriture de l’auteur, je l’ai trouvé très fluide, très agréable à lire. J’ai apprécié également l’effort qu’elle a fait pour Victoire. En effet la jeune fille a une façon de parler assez bourrue, ça fait un peu cliché « campagnard pauvre », certes, mais beaucoup parlaient comme ça à l’époque. Ça aurait été dommage de la faire parler comme une fille du XXIe siècle! Je trouve que ça nous aide à nous plonger dans le contexte.
En revanche il y a un tout petit quelque chose qui m’a dérangé. Ce n’est pas grand chose et c’est… « dans l’air du temps ». Je parle bien sûr des scènes un peu olé olé! Honnêtement, je trouve que ça n’apporte absolument rien et j’en ai assez de lire ce genre de scènes dans un grand nombre de livres. Mais bon, ce n’est qu’un petit détail.

Je n’ai pas peur pour moi. Je n’ai pas peur de mourir, au pire il n’y a rien, au mieux j’irai rejoindre mon frère et peut-être mon père. 

L’autre petit point négatif que j’ai trouvé dans ce livre, c’est la présence de Nathalie Goldman. Ce personnage symbolise, à mon avis, Caroline Grimm. C’est-à-dire que c’est une auteure qui écrit un livre sur l’occupation de Jersey. Elle se rend là-bas afin de rencontrer certaines personnes qui en ont été les victimes directes. Honnêtement, j’ai trouvé sa présence un peu inutile. Elle n’est la narratrice que dans peu de chapitres et si elle n’avait pas été là, je n’aurais pas vu la différence! Cela ne m’a pas gâché ma lecture mais j’ai eu l’impression que ça cassait un peu le rythme du roman.

En résumé, voici un livre que je vous conseille fortement, surtout si vous vous intéressez à l’histoire. Vous apprendrez beaucoup de choses. Mais vous allez aussi être bouleversés par toutes les histoires poignantes que vous lirez. Les petits points négatifs que j’ai trouvé ne m’ont pas empêchés d’avoir un petit coup de coeur pour ce livre. Merci encore au Livre de Poche de m’avoir permis de découvrir cette petite pépite.

Je n’ai pas le droit d’avoir peur, mon devoir est de protéger une famille. En une année j’ai pris cent ans d’âge. C’est la réalité de ma vie sur terre maintenant. 

L’ennemi, un portrait intellectuel de Carl Schmitt – Gopal Balakrishnan

Couverture L'ennemi : un portrait intellectuel de Carl Schmitt

Résumé :

« Quelle est la part qui demeure vivante dans ce que nous a légué la figure controversée de Carl Schmitt? Pour tenter d’évaluer son actualité, il convient d’évoquer ce que notre situation historique a de commun avec la sienne: l’incertitude de plus en plus forte qui pèse sur la viabilité de certains aspects fondamentaux du statu quo mondial. Au sortir de la guerre froide, l’affirmation de l’imminence d’une fin libérale-démocrate de l’Histoire et l’extension irrésistible du marché mondial aux dépens des Etats-nations préfiguraient, pensait-on, les tendances lourdes du quart de siècle à venir. Or, voici tout à coup que certaines de ces caractéristiques majeures de l’époque semblent en voie de dissolution. Nous assistons aujourd’hui au remplacement controversé des « droits de l’homme » par « l’antiterrorisme » et « le choc des civilisations », à la désignation de l’Islam comme figure de l’ennemi dudit Occident, à la montée inattendue des tensions entre les Etats-Unis et l’Europe continentale, à la remise en cause, pour la première fois en trente ans, de la crédibilité militaire de l’Etat américain à mesure qu’une guerre partisane se déchaîne sur les rives du Tigre, à la fragilisation des accords de non-prolifération, ainsi que – et c’est là peut-être l’élément le plus significatif de ce tableau – à la menace de turbulences économiques dues à la dette d’un Etat américain non solvable et à ses déficits, lesquels pourtant constituent le moteur de l’économie mondiale. En portant le regard plus loin encore, il est aussi possible de discerner, et peut-être de penser, à nouveau, une politique de négations et d’affirmations radicales. Pour le meilleur ou pour le pire, l’actualité de Carl Schmitt va bientôt devenir plus évidente. »

Mon avis :

Je tiens tout d’abord à remercier Babelio et les éditions Amsterdam pour l’envoi de ce livre dans le cadre de la masse critique de septembre.

Lors de la masse critique, L’Ennemi n’était pas l’un de mes premiers choix. En lisant le résumé, je n’ai pas été immédiatement convaincue. Puis en le relisant et en faisant quelques recherches j’ai vu que Carl Schmitt avait tenu un rôle plutôt important dans l’Allemagne nazie. Etant, comme vous le savez, passionnée d’histoire, j’ai eu soudainement envie de découvrir ce livre car je n’avais tout simplement jamais entendu parler de ce Carl Schmitt ! J’étais donc très contente de le recevoir trois semaines plus tard. Mais la déception a été très grande… Jamais je n’oserais dire que ce livre est mauvais. Loin de là. Cependant, malgré toute bonne volonté du monde, je n’ai pas pu dépasser la quarante-septième page.

C’est la première fois que ça m’arrive. C’est la première fois que j’abandonne un livre en étant sûre de ne pas le reprendre plus tard. Mais honnêtement, j’avais beau essayer, je n’y arrivais pas! Ce n’est pas la qualité du livre que je remets en cause. L’auteur étant professeur à UCLA, je me doute bien que son oeuvre est d’une grande qualité. Non, à mes yeux, le problème est que ce livre n’est absolument pas accessible aux gens « ordinaires ». A mon avis, il est réservé aux étudiants de Gopal Balakrishnan ou à des personnes ayant des connaissances très pointues en politique ou théologie politique. Vous allez me dire « oui mais le résumé donne déjà un aperçu du livre, on se doute bien qu’il va être un peu compliqué ». Ce n’est pas totalement faux! Mais après tout, j’ai réussi à comprendre le résumé sans trop de difficulté, à 7h du matin (oui oui, je mets toujours mon réveil tôt pour les masses critiques). Donc il était tout de même abordable! La préface du livre, elle, démarre vraiment sur les chapeaux de roue et j’étais très vite perdue. J’ai voulu persévérer. C’est le fait que ce livre m’ait été envoyé par Babelio et les éditions Amsterdam qui m’a poussé à continuer car si c’était un livre de ma PAL, honnêtement j’aurais arrêté au bout d’une dizaine de pages. Mais je trouvais ça irrespectueux dans le sens où la maison d’édition m’envoie un livre gratuitement et je ne me force même pas à lire… D’ailleurs je culpabilise encore, mais je perdais vraiment mon temps. Je mettais plus de 10 minutes à lire deux pages et encore, je ne comprenais pas totalement ce que je lisais. La phrase (oui oui, c’est une seule phrase) qui m’a convaincue que ce livre n’était vraiment pas fait pour moi a été :

L’un des principaux thèmes qui traversent toutes les études que Georg Lukács consacrera plus tard à cette période de l’Allemagne est la distinction entre le développement d’un idéalisme critique de plus en plus objectif, culminant dans la personne de Hegel et lié aux aspirations progressistes embryonnaires des classes moyennes, et un subjectivisme esthétique réactionnaire qui commence avec les romantiques présageant et illustrant leur impuissance et leur « inféodation » politiques à venir.

Je tenais donc à m’excuser auprès de Babelio et des éditions Amsterdam, mais je n’avais vraiment pas le niveau pour lire ce livre et écrire une critique en n’ayant compris qu’un quart du livre aurait été idiot. Mon jugement n’aurait pas été très fiable!

De plus, ce qui m’a dérangé dans ce livre, c’est que le titre mentionne un « portrait » de Carl Schmitt. Je m’attendais donc à une biographie, ponctuée certes d’éléments un peu plus développés, un peu plus « intellectuels ». Cependant, je n’ai pas du tout retrouvé ce côté biographique et j’ai trouvé ça dommage car je ressors de ces 47 pages sans n’avoir rien appris ou presque de Carl Schmitt.
En fait, j’ai trouvé que le contexte était beaucoup trop présent. On parle plus de l’histoire de l’Allemagne d’entre-deux-guerres que de la vie de Carl Schmitt. C’est dommage car si j’avais voulu un livre sur l’Allemagne, j’en aurai acheté un. Or ici je voulais en apprendre plus sur une personne en particulier.

Enfin, mais cela rejoint un peu ce que j’ai dit au début de cette chronique, j’ai trouvé l’écriture trop lourde et le vocabulaire trop spécifique. Les phrases trop longues associées à des mots complexes m’ont vite perdues et je devais relire chaque phrase à plusieurs reprises pour comprendre ne serait-ce qu’à moitié ce que je lisais. Le style d’écriture du résumé n’est pas le même que celui du livre en lui-même et c’est vraiment dommage.

En résumé, je ne vous conseille pas ce livre si vous n’êtes pas férus de théologie politique. L’Ennemi s’adresse à un public très restreint car le vocabulaire est spécifique et le bagage culturel qu’il faut avoir avant de commencer ce livre doit être conséquent. En revanche, ce livre a eu un côté positif puisqu’il m’a donné envie d’en savoir plus sur Carl Schmitt! J’espérais tellement en apprendre sur cet homme que je suis un peu frustrée! J’essaierai donc de trouver une biographie plus adaptée.


Deux dans Berlin – Richard Birkefeld & Göran Hachmeister

Couverture Deux dans Berlin

Résumé :

« Hiver 1944. Dans un hôpital militaire, Hans-Wilhelm Kalterer, un ancien des services de renseignements de la SS, se remet d’une blessure par balle. Il sait que la guerre est perdue et qu’il doit se racheter une conscience. Il rejoint la police criminelle de Berlin où il est chargé d’enquêter sur le meurtre d’un haut dignitaire nazi. Dans le même temps, Ruprecht Haas s’évade de Buchenwald à la faveur d’un raid aérien et regagne la capitale pour retrouver les siens, bien décidé à se venger de ceux qui l’ont dénoncé. Tandis que Berlin agonise au rythme des bombardements alliés et de l’avancée inéluctable des troupes soviétiques, une chasse à l’homme sans merci s’engage. Car, de ces deux hommes au milieu du chaos, un seul doit survivre. »

Mon avis :

Malgré ma passion pour l’Histoire, il me semble que je n’ai jamais chroniqué de livres traitant de la seconde guerre mondiale ou se déroulant pendant celle-ci. Pourtant je trouve que cette période est l’une des plus intéressantes de l’Histoire moderne car elle nous montre ce dont sont capables les Hommes dans les heures les plus sombres. Le livre Deux dans Berlin de Richard Birkefeld et Göran Hachmeister aborde justement cette problématique et c’est ce qui m’a donné envie de le lire.

Ruprecht Haas et Hans-Wilhelm Kalterer sont deux êtres que tout oppose. Le premier est un ancien commerçant détenu à Buchenwald pour avoir été trop bavard lors d’une soirée entre amis, le second est un ancien policier ayant intégré l’armée d’Hitler pour monter en grade. Les événements de l’hiver 1944 vont cependant rapprocher ces deux hommes en les menant tout droit vers Berlin. Tandis que l’un profite d’un raid aérien allié sur le camp pour s’échapper, l’autre est blessé au combat et est donc rapatrié dans un hôpital militaire de la capitale. L’histoire entière est basée sur un parallèle entre la vie de ces deux protagonistes au cœur de Berlin à la fin de cette guerre mondiale. Pendant que Ruprecht Haas arpente la ville dans le but de venger son internement à Buchenwald, le Sturmbannführer Kalterer se voit confier une mission de police qui consiste à résoudre un meurtre. Sous le feu des bombes alliées, Haas et Kalterer vont continuer coûte que coûte leur quête de vérité qui les mènera rapidement à se rencontrer. Les rancœurs personnelles, l’ambiance délétère de cette fin de guerre et les raids aériens permanents vont pousser ces deux hommes dans leurs derniers retranchements. A l’heure où le Reich allemand vit ses derniers instants, il n’est plus question de vivre mais de survivre à cette fin de guerre dont on ne sait pas si l’on sortira indemne…

Au camp, il avait misé sur la haine, une rage qui devenait de plus en plus indéfectible et sauvage à chaque nouveau coup du sort.  […] Il était certes seul et à bout – mais pas face au néant. Il la sentait, au fond de la gorge, cette fureur indescriptible, il la sentait monter, elle cherchait une issue.

Ma maman a lu ce livre. Elle en parlait comme d’un chef d’oeuvre. Mon papa n’a donc pas résisté et l’a lu à son tour. Lui aussi et l’a beaucoup aimé et ils en parlaient souvent. J’ai donc moi aussi craqué et je me suis lancée dans cette histoire en espérant lire l’un des plus beaux livres de ma vie. Et là, boum, je n’accroche pas. J’avoue que j’ai eu du mal avec les deux ou trois premiers chapitres. On ne connait pas encore les personnages ni leurs histoires, on est projeté en Allemagne en 1944 en connaissant certes le contexte historique mais sans savoir les particularités liés à ces deux personnages. Evidemment, vu qu’on a deux histoires parallèles, les chapitres concernent alternativement Haas et Kalterer. Seulement ce n’est pas toujours clair dans les tous premiers chapitres et je me suis un peu embrouillée… Mais cette petite déception a très vite été effacée par la suite du livre.

Vous ne pouvez tout de même pas faire la guerre à tout un pays et prétendre en même temps que ceux qui se défendent ont tort.

En effet, une fois qu’on a fait connaissance avec les personnages, on s’attache très vite à eux et à leurs histoires. Comment ne pas ressentir de la compassion pour Ruprecht Haas, cet homme qui, parce qu’il a dit à voix haute ce que tout le monde pense tout bas, s’est fait emprisonné puis déporté dans un des camps de la mort d’Hitler ? Lorsqu’il réussit miraculeusement à s’échapper du camp, on pourrait croire que le pire est derrière lui, mais c’est loin d’être le cas. Il va devoir surmonter d’autres épreuves qui vont réellement affecter sa santé mentale. Qui ne deviendrait pas fou dans ces circonstances, après tout ? Quant à Kalterer, il a beau être un soldat allemand qui a traversé l’Europe entière pour imposer la puissance allemande, on arrive à l’apprécier… Enfin, on a plutôt de la pitié pour lui. Il sait que la guerre est sur le point de se terminer et que le Reich n’en sortira pas vainqueur. Il sait que les Alliés ne feront pas de cadeaux à tous ces soldats qui ont tués tant d’innocents. Mais il sait également qu’il ne peut pas déserter, il ne peut pas quitter sont poste. Bref, de tous les côtés sa vie est menacée et cela va le pousser à se remettre fortement en question. Il va repenser à toutes les choses qu’il a pu faire pendant la guerre, quand il « obéissait aux ordres ». Il se dit également qu’enquêter et traquer un assassin le fait revenir à sa vie d’avant-guerre, quand il était un policier qui cherchait uniquement à maintenir l’ordre et la sécurité dans la ville. Donc Kalterer reste tout de même un personnage attachant.

En fait, dans ce livre, on découvre un peu l’envers du décor. En tant que français, on voit les allemands de cette époque comme « les méchants », mais il ne faut pas oublier qu’ils n’étaient pas tous des soldats et que la population civile a autant voire plus souffert que les habitants des pays occupés. C’était donc très intéressant de vivre la fin de la seconde guerre mondiale d’un point de vue allemand. De plus, l’histoire des deux protagonistes est très poussée, mais les auteurs n’en ont pas pour autant oublié le contexte : les raids aériens, les tickets de rationnement, les travaux forcés… Ce sont tous ces détails qui rendent le livre vraiment vivant. Lire ce roman c’est littéralement plonger dans l’Allemagne de 1944, c’est vivre les bombardements au côté des habitants, retenir son souffle à chaque signal d’alarme, avoir la peur au ventre dès qu’un soldat du Reich procède à un contrôle d’identité, pleurer la mort de victimes innocentes… Quand j’ouvrais ce livre, j’avais réellement l’impression de m’imprégner de cette ambiance, j’étais dans un autre monde. D’ailleurs, quand je commençais à lire j’avais du mal à m’arrêter. L’histoire est tellement passionnante, il y a tellement de rebondissements que je voulais absolument connaître la suite. Les deux auteurs sont vraiment talentueux. Ils arrivent à nous immerger totalement dans le livre, dans cette ambiance tendue de fin de guerre tout en gardant un style d’écriture fluide. Je n’ai trouvé aucune longueur dans ce roman, je ne me suis jamais ennuyée. Je lirais sans aucuns doutes d’autres de leurs œuvres.

Tu crois vraiment qu’après tout ce qui s’est passé, il suffit de travailler dans une fabrique de savon pour avoir les mains propres ? Tu crois ça, vraiment ? Qu’il suffit de dire : tout ce que j’ai fait, c’était de la merde, mais c’est terminé, je vais refaire un travail correct, et tout sera pardonné, et oublié ? Tu crois vraiment que ça marche comme ça ?

Quant à la fin du roman, elle m’a bouleversé. Je ne spoilerais rien bien sûr. Tout ce que je peux vous dire c’est qu’on a la réponse à toute nos questions, il ne subsiste aucun doute. Je ne pourrais pas dire que la fin m’a « satisfaite » étant donné ce qu’il se passe, mais je peux dire que c’est une vraie fin. La boucle est bouclée, on ne se demande pas ce que devient tel ou tel personnage puisqu’on a la réponse dans l’épilogue.

On ne naît pas victime, on le devient, selon les circonstances, suivant l’époque.

En résumé, si j’ai émis quelques réserves au début elles se sont vite estompées et je me suis laissé emporter dans cette histoire qui a sur me garder en haleine jusqu’à la fin. La plume des auteurs est parfaitement fluide et nous entraîne dans les heures les plus sombres qu’a connu l’Europe du vingtième siècle, en compagnie de deux protagonistes attachants.

Le vent avait tourné. C’en était fini de la douceur aryenne pour les camarades du peuple. On leur présentait l’addition pour toutes les horreurs commises en leur nom. Ils ressentaient à présent dans leur propre chair ce qu’était un pays en proie à la guerre totale. Il n’avait plus rien de commun avec l’Allemagne, avec un commerçant du nom de Ruprecht Haas. Il avait déjà payé, et il avait tout perdu.