All Time Readings

"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux." – Jules Renard

Catégorie: Historique

Regeneration – Pat Barker

Couverture Regeneration, book 1

RÉSUMÉ :

« Craiglockhart War Hospital, Scotland, 1917, where army psychiatrist William Rivers is treating shell-shocked soldiers. Under his care are the poets Siegfried Sassoon and Wilfred Owen, as well as mute Billy Prior, who is only able to communicate by means of pencil and paper. Rivers’s job is to make the men in his charge healthy enough to fight. Yet the closer he gets to mending his patients’ minds the harder becomes every decision to send them back to the horrors of the front… »

MON AVIS :

Pour mon cours de littérature britannique, j’ai du lire Regeneration de Pat Barker et voir son adaptation cinématographique. J’ai vu le film avant de lire le roman. Je m’attendais à être bouleversée puisque cela parle de stress post-traumatique à l’époque de la première guerre mondiale. Malheureusement le film m’a déçu et je repoussais donc indéfiniment le jour où j’allais commencer le livre… Puis j’ai vu le film une seconde fois et cette fois-ci, je l’ai plus apprécié et l’envie de lire est revenue. C’est tout de même prudemment que j’ai commencé Regeneration et j’ai été agréablement surprise.

En pleine guerre mondiale, un officier anglais du nom de Siegfried Sassoon publie dans un journal national un réquisitoire contre le conflit en Europe. Il n’est pas pacifiste, mais il considère que la guerre a assez duré et qu’elle n’est motivée que par des politiciens sans raison particulière. Il aurait du passer en court martiale, il aurait pu être executé. Fort heureusement, enfin si on peut dire cela comme ça, son ami Robert Graves intervient. Devant le conseil médical, il leur avoue que Sassoon a des problèmes de bégaiement, qu’il fait des cauchemars et a des hallucinations depuis son retour du front. Le conseil décide donc de l’envoyer à Craiglockhart, un hôpital psychiatrique dédié aux officiers en stress post-traumatique. C’est là qu’exerce le capitaine Rivers, un médecin très réputé qui obtient de bons résultats. Une fois à Craiglockhart, Sassoon se retrouve au coeur de l’enfer. Pour lui, c’est pire que la guerre en France. Cependant, il pourra tout de même compter sur l’appui de Rivers, qui a bien compris qu’il n’était pas fou. Il va également faire des rencontres surprenantes, dont celle de Wilfred Owen. En parallèle, nous suivons également la guérison de Billy Prior, un officier modeste qui souffre de mutisme. Au fil des cauchemars, des séances d’hypnose et des parties de golf, les protagonistes vont se redécouvrir et vont comprendre que le chemin de la guérison sera semé d’embûche.

« They won’t court-martial you. »
In spite of himself, Sassoon began to feel afraid.
« What then ? »
« Shut you up in a lunatic asylum for the rest of the war. »

Que ce soit dans le film ou dans le livre, une chose m’a étonnée. L’histoire se déroule en 1917, durant la première guerre mondiale. Les protagonistes sont des soldats. Pourtant, nous ne sommes pas sur un champ de bataille, nous en sommes même très éloignés. J’étais un peu déroutée au début mais en fait, la guerre est évoquée constamment. C’est même le coeur du livre. Si les soldats sont là, c’est bien parce qu’ils ont vécu une expérience traumatisante sur le front. Le sujet restait donc très intéressant, mais le rythme n’était pas là. En effet, si cela s’était déroulé sur un champ de bataille, l’histoire aurait été palpitante. Or dans ce livre, c’était beaucoup plus calme. Cela ne m’a pas dérangé sauf à certains moments où j’ai trouvé quelques longueurs inutiles. Cependant, dans l’ensemble, j’ai passé un moment de lecture agréable.

Cette histoire est inspirée de faits réels, c’est ce qui la rend particulièrement intéressante. Si les personnages de Billy Prior et David Burns sont sortis tout droit de l’imaginaire de Pat Barker, Siegfried Sassoon, Robert Graves, Wilfred Owen, Dr Rivers, Dr Brock ou encore Dr Yealland ont réellement existés. Cela rend l’histoire plus vivante, plus concrète mais aussi plus émouvante. Par exemple, dans le livre ou dans le film, je ne me suis pas vraiment attachée au personnage de Wilfred Owen. Pourtant, il n’y a rien de désagréable dans son attitude. Seulement, je savais que le vrai Wilfred Owen était mort juste avant la fin de la guerre. Donc le fait de savoir que ces événements se déroulaient quelques mois seulement avant son décès … c’est très touchant, voire même éprouvant émotionnellement parlant. Je pense donc que c’est pour cela que je ne me suis pas attachée à lui, c’était un genre de mécanisme de protection j’imagine.

Le gros point fort de ce roman c’est évidemment les personnages. En regardant le film, j’avais beaucoup aimé Billy Prior. Mon opinion sur lui s’est confirmée lors de ma lecture. J’ai apprécié le fait qu’il n’était pas un officier comme les autres, il ne vient pas d’une riche famille, il n’a pas été dans une école prestigieuse. Je l’ai trouvé attachant dans le sens où il n’est pas traité comme les autres. Certes, le docteur Rivers est un homme d’honneur mais il fait tout de même des distinctions entre ses patients. Billy Prior souffre de mutisme après avoir vécu une expérience plus que traumatisante, or Rivers lui dit « Officers don’t suffer from mutism ». Pourtant, Prior ne simule pas et souffre vraiment de cette situation (surtout qu’il communique par bouts de papier et qu’il fait des fautes d’orthographe… pas très glorifiant). Prior a donc été mon personnage préféré, c’est celui pour lequel j’ai eu le plus d’affection. Bon et le fait que dans le film il soit interprété par Johnny Lee Miller (quand il était jeune) à peut-être aidé je l’avoue!

You seem to have a very powerful anti-war neurosis.

J’ai également adoré le personnage de Siegfried Sassoon. C’est avec sa déclaration que débute l’histoire et pour être honnête, je suis tout à fait d’accord avec ses idées! Il n’est pas pacifiste, mais pour lui, cette guerre dure pour de mauvaises raisons. Surtout, il hait les civils qui encouragent leur soldats à combattre et à revenir victorieux sans imaginer un seul instant l’horreur qu’ils vivent au front. Le fait que Sassoon trouve qu’il n’y a rien de glorieux à tuer un homme le rend tout aussi humain qu’attachant. Je dois également vous avouer que j’ai aimé Siegfried Sassoon avant même de commencer le livre. En parallèle de cette lecture, nous devions choisir un poème dans un petit recueil pour l’analyser: Poems of the Great War. C’est en cherchant le poème que j’allais étudier que j’ai découvert la plume de Sassoon. Et quelle découverte! Je ne suis pourtant pas une grande fan de poésie, mais j’ai pris une grande claque en lisant celle de cet officier! Donc j’avais un a priori très positif sur ce personnage. J’ai aussi beaucoup aimé sa nonchalance face à Rivers.

The haunted faces, the stammers, the stumbling walks, that undefinable look of being « mental ». Craiglockhat frightened him more than the front had ever done. 

Enfin, en ce qui concerne le style de l’auteure, je l’ai trouvé fluide dans l’ensemble. J’ai particulièrement aimé les nombreux dialogues. Quand on lit en VO, les longues descriptions de paysage ou les interminables passages de narration peuvent être un peu ennuyants et même gênants dans le sens où on a plus de chance de rencontrer du vocabulaire précis que l’on ne connait pas forcément. Les dialogues remettaient donc un peu de rythme dans ce livre et permettaient de mettre mon cerveau en pause pendant quelques instants! Mais en général, le vocabulaire était tout de même largement compréhensible, tout comme le style d’écriture. De plus comme le livre a été écrit das les années 90, cela reste très moderne et donc plus simple qu’un livre de Dickens par exemple!

En résumé, je suis ravie que mon professeur de littérature britannique nous ait demandé de lire cette oeuvre. Etant passionnée d’Histoire, j’étais certaine d’adhérer à ce roman et ce fut le cas. J’ai aimé la plume fluide de l’auteure ainsi que les personnages que j’ai trouvé particulièrement attachants, surtout lorsqu’ils évoquaient leurs traumatismes de guerre. J’ai préféré le livre au film. Il y a quelques différences notables qui changent, selon moi, une grande partie de l’histoire. Par exemple, dans le livre, on s’attarde plus sur l’homosexualité de Sassoon et sur sa relation ambiguë avec Wilfred Owen. Cela apporte un petit plus au roman. Bref, j’ai l’impression que cette chronique est déjà bien assez longue, je ne vais pas m’étaler sur ce sujet! Pour faire court : je vous conseille ce livre, bien différents des autres romans traitants de la première guerre mondiale!

Note : 16/20

For a while I used to go out on patrol every night, looking for Germans to kill. Or rather I told myself that’s what I was doing. In the end I didn’t know whether I was trying to kill them, or just giving them plenty of opportunities to kill me. 

Churchill m’a menti – Caroline Grimm

Couverture Churchill m'a menti

Résumé :

« C’est une histoire vraie et oubliée. Celle de l’île de Jersey, abandonnée par Churchill en juin 1940, envahie par les Allemands deux mois plus tard. Comment vont survivre les habitants de l’île livrés à l’ennemi ? Pour qui les nazis font-ils construire les seuls camps de concentration de l’Europe de l’Ouest ? Des centaines de Français y seront déportés. Pourquoi Churchill n’en a-t-il jamais parlé ? Ces années de lutte, l’auteur les raconte en suivant le quotidien palpitant de personnages qui n’ont eu d’autres choix que de collaborer avec l’occupant ou de résister. Un roman poignant sur un chapitre ignoré de la Seconde Guerre mondiale. »

Mon avis :

Je tiens tout d’abord à remercier Le Livre de poche pour l’envoi de ce livre! Je les remercie également pour avoir glissé un second livre dans l’enveloppe (chronique à venir…), c’était une très bonne surprise!

Il y a encore quelques années, je ne savais pas que les îles anglo-normandes avaient été occupées par les allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale. Pourtant, ce n’est pas faute de regarder des reportages et de lire un tas de livres sur cette période qui m’intéresse tout particulièrement. C’est grâce au livre Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates que j’en avais appris plus. Si ce livre traitait de Guernesey, Churchill m’a menti de Caroline Grimm se passe à Jersey et Aurigny. Dans ce roman, plusieurs personnages nous livrent leur vision de la guerre, de la jeune adolescente qui va subir les conséquences de l’occupation dès les premières secondes au vieux pêcheur qui préfère fuir plutôt que d’affronter cette dure réalité. Je dois dire que j’ai été vraiment bouleversée pendant cette lecture…

De tous côtés des cris de douleur, des cris de peur, des yeux agrandis par la terreur et la souffrance. C’est donc ça, la guerre. C’est donc ça, l’enfer.

En juin 1940, lors de la Battle of Flowers, un carnaval organisé sur l’île de Jersey, les éclats d’obus viennent se mêler aux pétales de fleurs en début d’après-midi. Les allemands arrivent. Ils ne sont même pas ralentis par une quelconque résistance. En effet, Churchill avait décidé de démilitariser les îles anglo-normandes puisqu’elles ne présentaient aucune intérêt stratégique, elles n’étaient donc pas en danger. Mais le Vieux Lion avait tort. Et voilà que les habitants de Jersey doivent du jour au lendemain cohabiter avec un ennemi qui met en place sa dictature nazie. Les juifs se cachent ou fuient pendant que certains collaborent, d’autres jouent un double-jeu. Bref, on retrouve sur Jersey tout ce qu’on pouvait voir dans la France occupée par exemple mais… en pire. Jersey étant une île, une petite île, se cacher était très difficile. Fuir était presque impossible avec tous les soldats allemands qui surveillaient la côte. Les habitants n’avaient d’autre choix que de subir. Churchill m’a menti est ponctué par l’horreur, la mort, l’enfer et le résultat est aussi poignant qu’époustouflant.

J’ai particulièrement aimé ce livre car il nous fait découvrir l’occupation allemande du point de vue de plusieurs personnages. Si on s’attache immédiatement à certains comme Victoire Le Gallais ou le Capitaine Richardson, on est assez choqué par d’autres comme Emma Landry ou Pepe Jim. Mais en quatre ans d’occupation, tous ces personnages vont évoluer et on se surprend à ressentir de la sympathie pour le personnage qui semblait le plus détestable au début du roman…

Victoire Le Gallais est sûrement LE personnage principal du livre. Du moins, c’est son histoire qui m’a le plus marqué lors de ma lecture. Elle n’a que 14 ans en 1940. Ce n’est encore qu’une adolescente innocente qui vit avec sa mère et son frère. Dans les premières pages, Victoire nous apparaît comme une jeune fille plutôt joyeuse et un peu candide. Pourtant, dès les premiers jours de l’occupation, on se rend compte qu’elle est bien plus forte que ce que l’on pensait. Si sa mère craque, elle, elle tient bon. Elle a les nerfs solides. Elle ne compte pas se laisser faire, elle est prête à tout pour sauver ses amis juifs par exemple. Mais comme on peut s’en douter, résister à l’occupant n’est pas chose aisée et Victoire va subir d’innombrables épreuves pendant ces années infernales. Ce personnage m’a vraiment touchée pour la simple et bonne raison que c’est d’elle dont je me sens le plus proche. C’est le fait qu’elle soit jeune, qu’elle soit encore une « enfant » qui m’a permis de m’identifier plus facilement à elle. Et en lisant son histoire je m’imaginais à sa place, je me disais que si tout ça m’était arrivé je n’aurais pas eu le quart de sa force ni de son courage.

J’ai compris, mon monde se divise en deux dorénavant, ceux qui baisse la tête, prêts à tout pour « s’arranger », ceux aux yeux de qui la mort de mon frère ne compte pas, et les autres.

Je ne pourrais pas vous parler de tous les protagonistes en détail, ce serait beaucoup trop long. Pour faire court, j’ai eu eu de bonnes et de mauvaises surprises quant à l’évolution de certains personnages. Je ne vous dévoilerai bien sûr pas la fin, mais je peux vous assurer que vous allez être surpris par Emma Landry, cette femme très snob qui me fait penser à Jeannine Schwartz de la série Un Village Français, pour ceux qui connaissent! Je l’imaginais vraiment hautaine, méprisante et mes poils se dressaient quand elle disait des choses du genre « La vie est plus amusante [depuis que les allemands sont là] ». Diane et James Fitzgerald m’ont eux aussi fait penser à des personnages de cette série : Alban et Geneviève. Ils n’aiment pas les allemands mais ils sont bien obligés de les supporter car un membre de leur famille est un éminent collaborateur. Diane m’a particulièrement émue. Enfin, en ce qui concerne Pepe Jim j’ai été vraiment déçue, vraiment écœurée par son comportement… Il a clairement choisi la solution de facilité.

On ne peut pas ressortir indemne de cette lecture. Toutes ces horreurs ont vraiment existé et elles sont très bien décrites dans le livre. L’auteur ne cherche pas à rendre la lecture moins dure. Alors certes, il y a certaines scènes assez crues, mais c’était ça la guerre. Je pense que c’est le gros point fort de ce livre, Caroline Grimm n’atténue pas la dure réalité, elle nous l’expose franchement. Après la lecture de Churchill m’a menti, on est clairement révolté quand on se dit que les livres d’histoire oublient de mentionner l’occupation des îles anglo-normandes. Que dire alors du camp de juif sur l’île d’Aurigny ? J’ai été vraiment choquée quand j’ai appris via ce livre qu’un camp avait existé en Europe de l’Ouest, à seulement quelques kilomètres des côtes françaises. Je ne l’aurais sûrement jamais su si Caroline Grimm n’avait pas écrit ce livre. Elle l’a d’ailleurs pas écrit par hasard : son grand-oncle a été déporté là-bas. On ne peut qu’imaginer à quel point elle a du être bouleversée quand elle a appris ce qui lui était arrivé… c’est encore plus poignant. J’ai aussi beaucoup apprécié toutes les petites notes historiques glissées dans le roman, ça nous aide à bien comprendre tous les faits.

En ce qui concerne le style d’écriture de l’auteur, je l’ai trouvé très fluide, très agréable à lire. J’ai apprécié également l’effort qu’elle a fait pour Victoire. En effet la jeune fille a une façon de parler assez bourrue, ça fait un peu cliché « campagnard pauvre », certes, mais beaucoup parlaient comme ça à l’époque. Ça aurait été dommage de la faire parler comme une fille du XXIe siècle! Je trouve que ça nous aide à nous plonger dans le contexte.
En revanche il y a un tout petit quelque chose qui m’a dérangé. Ce n’est pas grand chose et c’est… « dans l’air du temps ». Je parle bien sûr des scènes un peu olé olé! Honnêtement, je trouve que ça n’apporte absolument rien et j’en ai assez de lire ce genre de scènes dans un grand nombre de livres. Mais bon, ce n’est qu’un petit détail.

Je n’ai pas peur pour moi. Je n’ai pas peur de mourir, au pire il n’y a rien, au mieux j’irai rejoindre mon frère et peut-être mon père. 

L’autre petit point négatif que j’ai trouvé dans ce livre, c’est la présence de Nathalie Goldman. Ce personnage symbolise, à mon avis, Caroline Grimm. C’est-à-dire que c’est une auteure qui écrit un livre sur l’occupation de Jersey. Elle se rend là-bas afin de rencontrer certaines personnes qui en ont été les victimes directes. Honnêtement, j’ai trouvé sa présence un peu inutile. Elle n’est la narratrice que dans peu de chapitres et si elle n’avait pas été là, je n’aurais pas vu la différence! Cela ne m’a pas gâché ma lecture mais j’ai eu l’impression que ça cassait un peu le rythme du roman.

En résumé, voici un livre que je vous conseille fortement, surtout si vous vous intéressez à l’histoire. Vous apprendrez beaucoup de choses. Mais vous allez aussi être bouleversés par toutes les histoires poignantes que vous lirez. Les petits points négatifs que j’ai trouvé ne m’ont pas empêchés d’avoir un petit coup de coeur pour ce livre. Merci encore au Livre de Poche de m’avoir permis de découvrir cette petite pépite.

Note : 18/20

Je n’ai pas le droit d’avoir peur, mon devoir est de protéger une famille. En une année j’ai pris cent ans d’âge. C’est la réalité de ma vie sur terre maintenant. 

L’ennemi, un portrait intellectuel de Carl Schmitt – Gopal Balakrishnan

Couverture L'ennemi : un portrait intellectuel de Carl Schmitt

Résumé :

« Quelle est la part qui demeure vivante dans ce que nous a légué la figure controversée de Carl Schmitt? Pour tenter d’évaluer son actualité, il convient d’évoquer ce que notre situation historique a de commun avec la sienne: l’incertitude de plus en plus forte qui pèse sur la viabilité de certains aspects fondamentaux du statu quo mondial. Au sortir de la guerre froide, l’affirmation de l’imminence d’une fin libérale-démocrate de l’Histoire et l’extension irrésistible du marché mondial aux dépens des Etats-nations préfiguraient, pensait-on, les tendances lourdes du quart de siècle à venir. Or, voici tout à coup que certaines de ces caractéristiques majeures de l’époque semblent en voie de dissolution. Nous assistons aujourd’hui au remplacement controversé des « droits de l’homme » par « l’antiterrorisme » et « le choc des civilisations », à la désignation de l’Islam comme figure de l’ennemi dudit Occident, à la montée inattendue des tensions entre les Etats-Unis et l’Europe continentale, à la remise en cause, pour la première fois en trente ans, de la crédibilité militaire de l’Etat américain à mesure qu’une guerre partisane se déchaîne sur les rives du Tigre, à la fragilisation des accords de non-prolifération, ainsi que – et c’est là peut-être l’élément le plus significatif de ce tableau – à la menace de turbulences économiques dues à la dette d’un Etat américain non solvable et à ses déficits, lesquels pourtant constituent le moteur de l’économie mondiale. En portant le regard plus loin encore, il est aussi possible de discerner, et peut-être de penser, à nouveau, une politique de négations et d’affirmations radicales. Pour le meilleur ou pour le pire, l’actualité de Carl Schmitt va bientôt devenir plus évidente. »

Mon avis :

Je tiens tout d’abord à remercier Babelio et les éditions Amsterdam pour l’envoi de ce livre dans le cadre de la masse critique de septembre.

Lors de la masse critique, L’Ennemi n’était pas l’un de mes premiers choix. En lisant le résumé, je n’ai pas été immédiatement convaincue. Puis en le relisant et en faisant quelques recherches j’ai vu que Carl Schmitt avait tenu un rôle plutôt important dans l’Allemagne nazie. Etant, comme vous le savez, passionnée d’histoire, j’ai eu soudainement envie de découvrir ce livre car je n’avais tout simplement jamais entendu parler de ce Carl Schmitt ! J’étais donc très contente de le recevoir trois semaines plus tard. Mais la déception a été très grande… Jamais je n’oserais dire que ce livre est mauvais. Loin de là. Cependant, malgré toute bonne volonté du monde, je n’ai pas pu dépasser la quarante-septième page.

C’est la première fois que ça m’arrive. C’est la première fois que j’abandonne un livre en étant sûre de ne pas le reprendre plus tard. Mais honnêtement, j’avais beau essayer, je n’y arrivais pas! Ce n’est pas la qualité du livre que je remets en cause. L’auteur étant professeur à UCLA, je me doute bien que son oeuvre est d’une grande qualité. Non, à mes yeux, le problème est que ce livre n’est absolument pas accessible aux gens « ordinaires ». A mon avis, il est réservé aux étudiants de Gopal Balakrishnan ou à des personnes ayant des connaissances très pointues en politique ou théologie politique. Vous allez me dire « oui mais le résumé donne déjà un aperçu du livre, on se doute bien qu’il va être un peu compliqué ». Ce n’est pas totalement faux! Mais après tout, j’ai réussi à comprendre le résumé sans trop de difficulté, à 7h du matin (oui oui, je mets toujours mon réveil tôt pour les masses critiques). Donc il était tout de même abordable! La préface du livre, elle, démarre vraiment sur les chapeaux de roue et j’étais très vite perdue. J’ai voulu persévérer. C’est le fait que ce livre m’ait été envoyé par Babelio et les éditions Amsterdam qui m’a poussé à continuer car si c’était un livre de ma PAL, honnêtement j’aurais arrêté au bout d’une dizaine de pages. Mais je trouvais ça irrespectueux dans le sens où la maison d’édition m’envoie un livre gratuitement et je ne me force même pas à lire… D’ailleurs je culpabilise encore, mais je perdais vraiment mon temps. Je mettais plus de 10 minutes à lire deux pages et encore, je ne comprenais pas totalement ce que je lisais. La phrase (oui oui, c’est une seule phrase) qui m’a convaincue que ce livre n’était vraiment pas fait pour moi a été :

L’un des principaux thèmes qui traversent toutes les études que Georg Lukács consacrera plus tard à cette période de l’Allemagne est la distinction entre le développement d’un idéalisme critique de plus en plus objectif, culminant dans la personne de Hegel et lié aux aspirations progressistes embryonnaires des classes moyennes, et un subjectivisme esthétique réactionnaire qui commence avec les romantiques présageant et illustrant leur impuissance et leur « inféodation » politiques à venir.

Je tenais donc à m’excuser auprès de Babelio et des éditions Amsterdam, mais je n’avais vraiment pas le niveau pour lire ce livre et écrire une critique en n’ayant compris qu’un quart du livre aurait été idiot. Mon jugement n’aurait pas été très fiable!

De plus, ce qui m’a dérangé dans ce livre, c’est que le titre mentionne un « portrait » de Carl Schmitt. Je m’attendais donc à une biographie, ponctuée certes d’éléments un peu plus développés, un peu plus « intellectuels ». Cependant, je n’ai pas du tout retrouvé ce côté biographique et j’ai trouvé ça dommage car je ressors de ces 47 pages sans n’avoir rien appris ou presque de Carl Schmitt.
En fait, j’ai trouvé que le contexte était beaucoup trop présent. On parle plus de l’histoire de l’Allemagne d’entre-deux-guerres que de la vie de Carl Schmitt. C’est dommage car si j’avais voulu un livre sur l’Allemagne, j’en aurai acheté un. Or ici je voulais en apprendre plus sur une personne en particulier.

Enfin, mais cela rejoint un peu ce que j’ai dit au début de cette chronique, j’ai trouvé l’écriture trop lourde et le vocabulaire trop spécifique. Les phrases trop longues associées à des mots complexes m’ont vite perdues et je devais relire chaque phrase à plusieurs reprises pour comprendre ne serait-ce qu’à moitié ce que je lisais. Le style d’écriture du résumé n’est pas le même que celui du livre en lui-même et c’est vraiment dommage.

En résumé, je ne vous conseille pas ce livre si vous n’êtes pas férus de théologie politique. L’Ennemi s’adresse à un public très restreint car le vocabulaire est spécifique et le bagage culturel qu’il faut avoir avant de commencer ce livre doit être conséquent. En revanche, ce livre a eu un côté positif puisqu’il m’a donné envie d’en savoir plus sur Carl Schmitt! J’espérais tellement en apprendre sur cet homme que je suis un peu frustrée! J’essaierai donc de trouver une biographie plus adaptée.

Note : 
Ce serait déplacé de mettre une note alors que je n’ai même pas lu un quart du livre.

Deux dans Berlin – Richard Birkefeld & Göran Hachmeister

Couverture Deux dans Berlin

Résumé :

« Hiver 1944. Dans un hôpital militaire, Hans-Wilhelm Kalterer, un ancien des services de renseignements de la SS, se remet d’une blessure par balle. Il sait que la guerre est perdue et qu’il doit se racheter une conscience. Il rejoint la police criminelle de Berlin où il est chargé d’enquêter sur le meurtre d’un haut dignitaire nazi. Dans le même temps, Ruprecht Haas s’évade de Buchenwald à la faveur d’un raid aérien et regagne la capitale pour retrouver les siens, bien décidé à se venger de ceux qui l’ont dénoncé. Tandis que Berlin agonise au rythme des bombardements alliés et de l’avancée inéluctable des troupes soviétiques, une chasse à l’homme sans merci s’engage. Car, de ces deux hommes au milieu du chaos, un seul doit survivre. »

Mon avis :

Malgré ma passion pour l’Histoire, il me semble que je n’ai jamais chroniqué de livres traitant de la seconde guerre mondiale ou se déroulant pendant celle-ci. Pourtant je trouve que cette période est l’une des plus intéressantes de l’Histoire moderne car elle nous montre ce dont sont capables les Hommes dans les heures les plus sombres. Le livre Deux dans Berlin de Richard Birkefeld et Göran Hachmeister aborde justement cette problématique et c’est ce qui m’a donné envie de le lire.

Ruprecht Haas et Hans-Wilhelm Kalterer sont deux êtres que tout oppose. Le premier est un ancien commerçant détenu à Buchenwald pour avoir été trop bavard lors d’une soirée entre amis, le second est un ancien policier ayant intégré l’armée d’Hitler pour monter en grade. Les événements de l’hiver 1944 vont cependant rapprocher ces deux hommes en les menant tout droit vers Berlin. Tandis que l’un profite d’un raid aérien allié sur le camp pour s’échapper, l’autre est blessé au combat et est donc rapatrié dans un hôpital militaire de la capitale. L’histoire entière est basée sur un parallèle entre la vie de ces deux protagonistes au cœur de Berlin à la fin de cette guerre mondiale. Pendant que Ruprecht Haas arpente la ville dans le but de venger son internement à Buchenwald, le Sturmbannführer Kalterer se voit confier une mission de police qui consiste à résoudre un meurtre. Sous le feu des bombes alliées, Haas et Kalterer vont continuer coûte que coûte leur quête de vérité qui les mènera rapidement à se rencontrer. Les rancœurs personnelles, l’ambiance délétère de cette fin de guerre et les raids aériens permanents vont pousser ces deux hommes dans leurs derniers retranchements. A l’heure où le Reich allemand vit ses derniers instants, il n’est plus question de vivre mais de survivre à cette fin de guerre dont on ne sait pas si l’on sortira indemne…

Au camp, il avait misé sur la haine, une rage qui devenait de plus en plus indéfectible et sauvage à chaque nouveau coup du sort.  […] Il était certes seul et à bout – mais pas face au néant. Il la sentait, au fond de la gorge, cette fureur indescriptible, il la sentait monter, elle cherchait une issue.

Ma maman a lu ce livre. Elle en parlait comme d’un chef d’oeuvre. Mon papa n’a donc pas résisté et l’a lu à son tour. Lui aussi et l’a beaucoup aimé et ils en parlaient souvent. J’ai donc moi aussi craqué et je me suis lancée dans cette histoire en espérant lire l’un des plus beaux livres de ma vie. Et là, boum, je n’accroche pas. J’avoue que j’ai eu du mal avec les deux ou trois premiers chapitres. On ne connait pas encore les personnages ni leurs histoires, on est projeté en Allemagne en 1944 en connaissant certes le contexte historique mais sans savoir les particularités liés à ces deux personnages. Evidemment, vu qu’on a deux histoires parallèles, les chapitres concernent alternativement Haas et Kalterer. Seulement ce n’est pas toujours clair dans les tous premiers chapitres et je me suis un peu embrouillée… Mais cette petite déception a très vite été effacée par la suite du livre.

Vous ne pouvez tout de même pas faire la guerre à tout un pays et prétendre en même temps que ceux qui se défendent ont tort.

En effet, une fois qu’on a fait connaissance avec les personnages, on s’attache très vite à eux et à leurs histoires. Comment ne pas ressentir de la compassion pour Ruprecht Haas, cet homme qui, parce qu’il a dit à voix haute ce que tout le monde pense tout bas, s’est fait emprisonné puis déporté dans un des camps de la mort d’Hitler ? Lorsqu’il réussit miraculeusement à s’échapper du camp, on pourrait croire que le pire est derrière lui, mais c’est loin d’être le cas. Il va devoir surmonter d’autres épreuves qui vont réellement affecter sa santé mentale. Qui ne deviendrait pas fou dans ces circonstances, après tout ? Quant à Kalterer, il a beau être un soldat allemand qui a traversé l’Europe entière pour imposer la puissance allemande, on arrive à l’apprécier… Enfin, on a plutôt de la pitié pour lui. Il sait que la guerre est sur le point de se terminer et que le Reich n’en sortira pas vainqueur. Il sait que les Alliés ne feront pas de cadeaux à tous ces soldats qui ont tués tant d’innocents. Mais il sait également qu’il ne peut pas déserter, il ne peut pas quitter sont poste. Bref, de tous les côtés sa vie est menacée et cela va le pousser à se remettre fortement en question. Il va repenser à toutes les choses qu’il a pu faire pendant la guerre, quand il « obéissait aux ordres ». Il se dit également qu’enquêter et traquer un assassin le fait revenir à sa vie d’avant-guerre, quand il était un policier qui cherchait uniquement à maintenir l’ordre et la sécurité dans la ville. Donc Kalterer reste tout de même un personnage attachant.

En fait, dans ce livre, on découvre un peu l’envers du décor. En tant que français, on voit les allemands de cette époque comme « les méchants », mais il ne faut pas oublier qu’ils n’étaient pas tous des soldats et que la population civile a autant voire plus souffert que les habitants des pays occupés. C’était donc très intéressant de vivre la fin de la seconde guerre mondiale d’un point de vue allemand. De plus, l’histoire des deux protagonistes est très poussée, mais les auteurs n’en ont pas pour autant oublié le contexte : les raids aériens, les tickets de rationnement, les travaux forcés… Ce sont tous ces détails qui rendent le livre vraiment vivant. Lire ce roman c’est littéralement plonger dans l’Allemagne de 1944, c’est vivre les bombardements au côté des habitants, retenir son souffle à chaque signal d’alarme, avoir la peur au ventre dès qu’un soldat du Reich procède à un contrôle d’identité, pleurer la mort de victimes innocentes… Quand j’ouvrais ce livre, j’avais réellement l’impression de m’imprégner de cette ambiance, j’étais dans un autre monde. D’ailleurs, quand je commençais à lire j’avais du mal à m’arrêter. L’histoire est tellement passionnante, il y a tellement de rebondissements que je voulais absolument connaître la suite. Les deux auteurs sont vraiment talentueux. Ils arrivent à nous immerger totalement dans le livre, dans cette ambiance tendue de fin de guerre tout en gardant un style d’écriture fluide. Je n’ai trouvé aucune longueur dans ce roman, je ne me suis jamais ennuyée. Je lirais sans aucuns doutes d’autres de leurs œuvres.

Tu crois vraiment qu’après tout ce qui s’est passé, il suffit de travailler dans une fabrique de savon pour avoir les mains propres ? Tu crois ça, vraiment ? Qu’il suffit de dire : tout ce que j’ai fait, c’était de la merde, mais c’est terminé, je vais refaire un travail correct, et tout sera pardonné, et oublié ? Tu crois vraiment que ça marche comme ça ?

Quant à la fin du roman, elle m’a bouleversé. Je ne spoilerais rien bien sûr. Tout ce que je peux vous dire c’est qu’on a la réponse à toute nos questions, il ne subsiste aucun doute. Je ne pourrais pas dire que la fin m’a « satisfaite » étant donné ce qu’il se passe, mais je peux dire que c’est une vraie fin. La boucle est bouclée, on ne se demande pas ce que devient tel ou tel personnage puisqu’on a la réponse dans l’épilogue.

On ne naît pas victime, on le devient, selon les circonstances, suivant l’époque.

En résumé, si j’ai émis quelques réserves au début elles se sont vite estompées et je me suis laissé emporter dans cette histoire qui a sur me garder en haleine jusqu’à la fin. La plume des auteurs est parfaitement fluide et nous entraîne dans les heures les plus sombres qu’a connu l’Europe du vingtième siècle, en compagnie de deux protagonistes attachants.

Note : 19/20
VE Day: May 8, 1945 - The War Ends In Europe ““Throughout the world throngs of people hail the end of the war in Europe. It is five years and more since Hitler marched into Poland. Years full of suffering, and death, and sacrifice. Now the war...

Le vent avait tourné. C’en était fini de la douceur aryenne pour les camarades du peuple. On leur présentait l’addition pour toutes les horreurs commises en leur nom. Ils ressentaient à présent dans leur propre chair ce qu’était un pays en proie à la guerre totale. Il n’avait plus rien de commun avec l’Allemagne, avec un commerçant du nom de Ruprecht Haas. Il avait déjà payé, et il avait tout perdu.

De foi et de sang – Pierre Gief

Couverture De foi et de sang

Résumé :

« Aux marches de Bretagne, peu avant l’an 800, trois jeune bénédictins cheminent vers un destin incertain et fragile. Leur évêque Théodulphe, zélé propagateur de la politique du roi Charles le Grand, leur a confié mission. Il leur faut bâtir une de ces abbayes nouvelles qui fleurissent sur toute la Francie. Sous le poids d’un enjeu qui souvent les dépasse, ils affrontent avec candeur et humour l’indépendance farouche des hobereaux locaux, leurs luttes d’influence, la méfiance des habitants et le jeu ambigu des moines celtes implantés là depuis plusieurs siècles. Au pays d’Armorique, fascinant et magique, qui des dieux ou des hommes obtiendra préséance ? »

Mon avis :

Je tiens tout d’abord à remercier Annabelle qui a organisé le concours grâce auquel j’ai remporté ce livre. Je remercie également l’auteur, Pierre Gief, pour la jolie dédicace.

Si j’ai participé au concours pour remporter De foi et de sang, c’est principalement parce que j’aime les livres historiques. Je crois que c’est vraiment mon genre littéraire de prédilection. Seulement, je suis plus habituée aux livres se déroulant pendant une guerre mondiale, pendant la guerre froide ou même pendant le règne du Roi Soleil. Je crois bien que je n’avais jamais lu une histoire se déroulant à l’époque de Charles Ier. C’était donc une première pour moi et j’ai été conquise…

Dans ce livre, nous faisons la connaissance de Marcus Tête Grise, un jeune moine bénédictin. Il a été missionnée par l’évêque Théodulphe pour la création d’une abbaye en Bretagne. Or, à cette époque, les Francs et les Bretons étaient loin de s’entendre et ces derniers étaient, certes, catholiques mais ils obéissaient aux règles de croyance celtes. La tâche confiée à Marcus va donc être très compliquée à accomplir, c’est pourquoi il est accompagné de deux autres jeunes moines, Arnulf et Yvo. Une fois arrivé en Armorique, les trois bénédictins rejoignent Armérius, un comte franc qui doit veiller à la coopération des Bretons et principalement à celle de leur seigneur, Garlond Le Fort, aussi rebelle qu’imbu de sa personne. L’installation d’une abbaye n’est pas chose aisée en ces terres hostiles, mais Marcus et ses amis vont rivaliser d’ingéniosité et de bonne volonté afin de mener leur mission à bien. En compagnie de la mystérieuse Annez La Torte, du soldat Pépin, de la jolie Maëlwen, des Bretons cherchant refuge ou encore du barde Llewellyn, les jeunes moines vont vivre des aventures palpitantes et parfois effrayantes sans jamais perdre leur foi ni leur enthousiasme.

Les soirées murmurées, disputées, approuvées, contredites avec respect, animées avec humour et bienveillance lièrent ces trois hommes à jamais d’une amitié indéfectible.

En lisant pour la première fois le résumé de ce livre, je vous avoue que j’étais sceptique. J’avais peur que ce livre soit beaucoup trop porté sur la religion et très peu sur le contexte historique. C’est la chronique d’Annabelle qui m’a fait changé d’avis et j’ai eu raison de l’écouter ! Bien qu’omniprésente, la religion n’est pas oppressante dans le sens où les prières des moines ne sont pas retranscrites par exemple. Cette croyance en Dieu se lit entre chaque ligne, on est conscient de la foi qui anime les moines. Cependant, cette foi pousse les personnages à soulever des montagnes et c’est sur cela que l’on se concentre plutôt que sur leur religion en elle-même. Donc, si comme moi vous n’êtes pas particulièrement attiré par tout ce qui concerne les différentes religions, soyez rassurés, vous pouvez vous lancer dans ce livre sans crainte de vous ennuyer!

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L’histoire de ce livre est, en elle-même, intéressante. Mais ce qui la rend vraiment concrète et passionnante, ce sont les personnages qui la portent. Je crois bien qu’ils m’ont tous plu. Enfin, quand je dis qu’ils m’ont plu, je ne dis pas que je les ai tous aimé! Non bien sûr, il y en a qui sont absolument détestables (comprenez le fier Garlond ou l’irascible Condat) mais ils n’en sont pas moins fascinants. Ce ne sont pas juste des « méchants », ils ont une personnalité bien plus complexe que j’ai pris plaisir à découvrir.
J’ai eu un gros coup de cœur pour Marcus. Il est jeune, un peu naïf et désireux d’accomplir sa mission. Il a été désigné par Théodulphe comme Père de la futur abbaye, c’est donc à lui qu’incombe la responsabilité de faire de ce rêve une réalité et surtout de transformer un simple lopin de terre en un village presque autonome avec son église, ses cultures, son four, sa forge etc. Une grande confiance a été placée en lui par son supérieur et pourtant, il reste humble. Même lorsqu’il s’agit de réprimander ses frères moines, il se montre conciliant et très clément. Ce jeune Marcus n’agit pas dans le but de se faire apprécier de tout le monde et c’est justement ce qui le rend si attachant… D’ailleurs, la vision que j’ai eu de Marcus ressemble grandement à la vision que celui-ci a de Maëlwen.
Maëlwen est une jeune fille très douce et candide qui après avoir servi Garlond se dévoue à l’abbaye et à ses occupants. Elle va peu à peu se rapprocher de Marcus et ne va pas cacher qu’il fait battre son coeur… Je l’ai également trouvé très attachante. Je ne vais pas détailler tous les personnages, cela prendrait trop de temps et serait un peu lassant pour vous! En bref, le personnage de Pépin m’a bien fait rire, celui d’Armérius m’a impressionné par sa force physique et morale, Llewellyn m’a conquise par sa jovialité et Arnulf m’a attendri par sa maladresse. Quant à Yvo, je ne suis pas sûre d’avoir réussi à le cerner, c’est un personnage assez complexe et c’est justement ce qui le rend intéressant.

« Pour être laide grand-mère, vous êtes laide ! »
La femme secoua la tête et rit sans se cacher cette fois, ce qui ne fit qu’accentuer ses traits simiesques.

« Je fais toujours cet effet là ! … Même ma mère a eu peur de moi à ma naissance ! »

La plume de l’auteur a mis quelques temps à me convaincre. En effet, les premiers chapitres introduisent le contexte plus que l’histoire en elle-même. C’est pourquoi ils sont assez lourds en description de personnages et de paysages. De plus, Pierre Gief écrit d’une façon assez bucolique et poétique. Ce n’est pas un frein à ma lecture mais j’avoue que je suis insensible à toutes ces représentations romantiques (une touffe d’herbe reste une touffe d’herbe, peu importe comme on la décrit !). Bien sûr, je comprends que cela embellisse l’histoire pour un grand nombre d’entre vous et c’est tant mieux d’ailleurs car je n’ai sûrement pas apprécié le talent de l’auteur à sa juste valeur. En revanche, le fait que l’auteur décrive avec beaucoup de précision est un véritable avantage lors des batailles ou des événements « exceptionnels » (dur de dire le mot juste sans spoilé!).  D’ailleurs, ces batailles et autres événements rythment parfaitement ce livre. Dès que l’histoire est lancé, à partir du troisième chapitre principalement, on ne s’ennuie pas à un seul instant. Il y a de nombreux rebondissements, plus inattendus les uns que les autres!

En résumé, je suis sorti de mes sentiers battus en me lançant dans ce livre et je ne l’ai pas regretté. J’ai appris beaucoup de choses sur cette époque de l’histoire de France que ce soit sur la guerre entre Francs et Bretons ou sur la prédominance de la religion dans la société. Mes premières appréhensions ont vite été dépassées par l’histoire captivante. Je vous conseille vivement ce roman d’aventures, vous ne serez pas déçus!

Note : 15/20
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La Bretagne n’est pas divisible […]. Tu œuvres pour elle et nous te laissons unir les hommes comme tu le souhaites. Mais tu ne lieras pas leurs âmes sans notre aide, et sans âme, la Bretagne ne sera jamais qu’un ramassis de clans plus désunis que les Scotts et plus barbares que les Pictes !