My Ántonia – Willa Cather

Couverture Mon Antonia

Résumé :

« My Ántonia (1918) depicts the pioneering period of European settlement on the tall-grass prairie of the American midwest, with its beautiful yet terrifying landscape, rich etchnic mix of immigrants and native-born Americans, and communities who share life’s joys and sorrows. Jim Burden recounts his memories of Ántonia Shimerda, whose family settle in Nebraska from Bohemia. Together they share childhoods spent in a new world. Jim leaves the prairie fo college and a career in the east, while Ántonia devotes herself to her large family and productive farm. Her story is that of the land itself, a moving portrait of endurance and strength. »

Mon avis :

Comme certains d’entre vous le savent, je suis actuellement en LCE Anglais et j’ai donc des cours de littérature. Ce semestre-ci, mon cours sur les auteures américaines sera largement consacré à Willa Cather. En plus de ses short stories, nous avons du lire My Ántonia. A première vue, la couverture et le résumé ne m’attiraient pas vraiment. Mais si la lecture des trente premières pages s’est révélée fastidieuse, j’ai été prise d’un réel intérêt pour le reste du livre et j’ai même versé ma petite larme.

Devenu orphelin à seulement dix ans, Jim Burden se voit dans l’obligation de partir habiter chez ses grands-parents. Dans le train, il apprend qu’une famille tchèque, les Shimerda, vient également s’installer dans la région. Jim est immédiatement intrigué par une de leur filles, Ántonia. Les deux enfants vont rapidement développer une forte relation de confiance et d’amitié. Cependant, alors que le jeune garçon vit dans un environnement plutôt confortable, sans trop s’inquiéter de quoi demain sera fait, la vie d’immigrés fraîchement arrivés se révèle bien plus compliquée. Cette situation devient pesante pour la famille d’Ántonia. Bien trop pesante. Et un événement tragique va venir bouleverser la paisible campagne du Nebraska, obligeant Ántonia à mettre de côté la naïveté de son enfance pour se consacrer au travail fermier et à la subsistance de sa famille. Jim, quant à lui, part vivre en ville. Mais si le dicton dit « Loin des yeux, loin du coeur », les deux enfants eux, ne s’oublient pas, et ne s’oublieront même jamais…

I don’t think I was homesick. If we never arrived anywhere, it did not matter. Between that earth and that sky I felt erased, blotted out. I did not say my prayers that night : here, I felt, what would be would be.

Voilà une lecture riche en surprises! En général, je l’ai trouvé vraiment très agréable. J’ai passé un bon moment de lecture. Pourtant ce n’était pas gagné. En effet, comme je devais lire cette oeuvre pour un de mes cours, je la détaillais très méticuleusement afin de ne manquer aucune information. A chaque page, je notais les éléments importants, je recopiais des citations etc. Bref, c’était long et fastidieux. J’ai tenu ce rythme jusqu’à la page 32. Puis j’ai arrêté ce livre pendant au moins deux semaines. Ce n’est pas qu’il ne me plaisait pas. Enfin, il ne m’intéressait pas énormément non plus. Et comme je lisais en anglais et que je faisais tout ce travail à côté, j’avançais vraiment très lentement dans ma lecture et j’avais l’impression que je n’allais jamais réussir à la finir. Donc j’étais un peu découragée. Puis la date du test de lecture a été fixée par le prof et là j’ai compris que je n’avais plus d’autre choix que de lire. Alors j’ai repris où je m’étais arrêté, mais sans prendre de notes, en me plongeant tout simplement dans l’histoire. Après tout, dès que je lis un livre, j’en imprègne chaque cellule de mon cerveau afin de vous en faire une chronique complète par la suite. J’ai donc décidé de faire comme d’habitude et de simplement prendre du plaisir en lisant. Je ne regrette pas cette décision car cela m’a fait prendre conscience que ce livre était magnifique.

They were going prettier every day, but as they passed, I used to think with pride that Ántonia, like Snow-white in the fairy-tale, was still « fairest of them all ».

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par le côté négatif. Ce sera rapide! En effet, les seuls éléments qui m’ont dérangé lors de ma lecture étaient les « passages à vides ». Je ne saurais pas comment qualifier autrement ces moments où le narrateur, Jim Burden, ne nous raconte pas une histoire, mais où il nous décrit simplement le paysage. Bien sûr, je ne parle pas là de toutes les descriptions, mais seulement de celles qui s’étalent sur une page et demie juste pour dire que le soleil se couche. Même si on s’en sort très bien en anglais, c’est toujours plus compliqué de lire dans une langue autre que le français. Cela demande plus d’attention. Et j’avoue que toute ma concentration avait tendance à s’évaporer quand Jim nous parlait de paysage, de couleurs, de la nature en général. Du coup je devais relire la page 5 ou 6 fois pour tout saisir. C’était une perte de temps et cela n’apportait rien à l’histoire, c’est dommage! Je suis sûre que mon prof de littérature va y trouver de nombreuses significations et nous expliquer par A+B pourquoi ces descriptions sont importantes. Mais pour ma part, je les ai juste trouvée ennuyantes!

Passons maintenant à tous les points positifs, à commencer par les personnages. Je me suis très vite attachée à Jim Burden. C’est lui qui nous raconte l’histoire. C’est lui qui nous parle de son Ántonia. Et dès le début, il l’aime. Je ne dis pas qu’il a un coup de foudre pour elle. Mais dès les premières pages, il apprécie chaque moment passé à côté d’elle, s’inquiète de son bonheur et cherche à la protéger. C’est vraiment adorable! Leur amitié est très intéressante et surtout touchante. Même lorsqu’ils vieillissent. Le fait que toute le livre repose sur les épaules de ces deux personnages est un véritable atout. Tout comme Jim, Ántonia est un personnage qu’on ne peut qu’apprécier. On comprend que la vie n’est pas évidente pour elle qui ne parle que quelques mots d’anglais en arrivant aux Etats-Unis. D’autant plus que le destin ne va pas se montrer très tendre avec elle. Mais malgré tout, elle reste forte. Elle ne se décourage jamais et fait de son mieux pour vivre la vie dont elle a rêvé. C’est un personnage qui m’a impressionné de part sa force mentale. Elle sait aussi apprécier les plaisirs simples et n’ose pas se plaindre. Je pense qu’elle peut être une source d’inspiration pour toute les jeunes filles qui liront cette oeuvre.

Now, don’t you go and be a fool like some of these town boys. You’re not going to sit around here and whittle store-boxes and tell stories all your life. You are going away to school and make something of yourself. I’m just awful proud of you.

L’histoire en elle-même m’a également plu. On découvre Ántonia et Jim alors que ce ne sont que des enfants, puis lorsqu’ils sont adolescents, jeunes adultes et enfin quarantenaires. Les ellipses narratives sont les bienvenues car elle nous permettent de découvrir les étapes les plus importantes dans la vie de nos personnages, de leur 10 à leur 40 ans, sans lire un roman de 1000 pages. Comme je l’ai dit plus haut, j’ai adoré la relation entre Jim et Ántonia. Mais j’ai également aimé leurs histoires personnelles et celles des autres personnages. C’était intéressant de suivre Jim à l’université, de retrouver Lena qui avait tant changé en si peu de temps, de connaître les détails macabres de la fin des Cutter et de retrouver Ántonia si épanouie des années plus tard. En fait, en y repensant on peut se dire qu’il y a très peu d’histoires concrètes en 200 pages. Il est vrai que l’auteure se concentre pas mal sur la vie quotidienne et sur des détails parfois insignifiants. Mais j’ai trouvé que cela rendait ces petites tranches de vie bien plus réelles. On ne se concentre que sur quelques épisodes, certes, mais quand on le fait, on le fait à fond!

I don’t want a husband. Men are all right for friends, but as soon as you marry them they turn into cranky old fathers, even the wild ones. They begin to tell you what’s sensible and what’s foolish, and want you to stick at home all the ime. I prefer to be foolish when I feel like it, and be accountable to nobody.

J’avais découvert le style d’écriture de Willa Cather l’année dernière, puisque j’avais du lire une de ses short stories (The Enchanted Bluff) pour mon cours de Nature Writing. Je l’avais bien apprécié et j’étais contente de retrouver sa plume dans My Ántonia. Mises à part certaines descriptions qui se sont révélées un peu ennuyeuses, j’ai beaucoup aimé sa façon de présenter ses personnages ou d’écrire les dialogues. Parfois, elle écrit des phrases pleines de passion. C’est même à cause de cela que j’ai versé ma petite larme à la fin! Ce n’était pas triste. C’était juste… beau. Les trois dernières phrases m’ont vraiment touché. Ressentir autant d’émotions lorsque je lis un livre, c’est vraiment ce que je recherche!

Do you know, Ántonia, since I’ve been away, I think of you more often than of anyone else in this part of the world? I’d have liked to have you for a sweetheart, or a wife, or my mother or my sister – anything that a woman can be to a man. The idea of you is a part of my mind, you influence my likes and dislikes, all my tastes, hundreds of times when I don’t realize it. You really are a part of me.

En résumé, je n’ai pas eu de coup de coeur, mais j’ai vraiment aimé découvrir la relation émouvante entre Jim et Ántonia. La plume de Willa Cather est en général plutôt fluide et légère. En revanche, il est vrai que cette lecture peut se révéler un peu déconcertante au début étant donné qu’il ne se passe pas énormément d’action. Mais une fois plongé dans l’histoire, on se laisse facilement prendre au jeu. C’est la première fois que je lis un tel livre et j’en ressors agréablement surprise!

For Ántonia and for me, this had been the road of Destiny ; had taken us to those early accidents of fortune which predetermined for us all that we can ever be. Now I understood that the same road was to bring us together. Whatever we had missed, we possessed together the precious, the incommunicable past.

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The Yellow Wallpaper – Charlotte Perkins Gilman

Couverture La séquestrée

Résumé :

« Il y a un détail frappant concernant ce papier peint que je suis seule, semble-t-il, à discerner : il change avec la lumière. Quand le soleil se lève et transperce les vitres (je guette toujours le premier rayon qui pénètre, long et droit) le papier change avec une telle rapidité que j’en suis ahurie. C’est pourquoi je ne cesse de le guetter. Dans l’état lunaire – quand elle est haute, la lune éclaire la pièce entière toute la nuit -, le papier devient méconnaissable. La nuit, peu importe l’éclairage, à la lumière du crépuscule, des bougies, de la lampe, et surtout de la lune, on croit voir surgir des barreaux. »

Mon avis :

Au début du semestre, mon professeur de littérature nous a remis un dossier contenant plusieurs short stories. Chaque semaine, nous devons en lire une et l’analyser. Comme ce sont des histoires courtes, nous les lisons en intégralité et parfois je me demande si je ne devrais pas les compter dans mon bilan lecture ! Si je ne les chronique jamais, c’est qu’en général elles ont été publiées dans des revues ou dans des corpus de plusieurs histoires. Je ne saurais pas trop comment les présenter sur mon blog. Cependant, j’ai décidé de changer mes habitudes pour The Yellow Wallpaper de Charlotte Perkins Gilman, l’histoire que nous devions lire cette semaine. Bien sûr, comme je suis en LCE Anglais, je l’ai lu en version originale. Si j’ai décidé de faire une exception cette semaine, c’est tout simplement parce que j’ai eu un gros coup de coeur pour cette histoire! Je l’ai trouvé fascinante du début à la fin.

L’histoire débute par la description d’une maison, celle dans laquelle la narratrice (dont on ignore le nom) va passer trois mois avec son mari, John. Ce dernier étant médecin, il s’est occupé de sa femme lorsqu’elle est tombée malade et lui a finalement diagnostiqué une dépression. Après l’avoir mis sous traitement médicamenteux, il l’oblige à se reposer. Mais il ne se cantonne pas au repos physique. Il la force également à reposer son esprit. Elle n’a pas le droit d’écrire ou de faire quoique ce soit qui pourrait stimuler son cerveau. La narratrice n’a donc rien d’autre à faire qu’à observer l’environnement dans lequel elle est. Le problème est qu’elle déteste clairement la chambre dans laquelle elle est condamnée à l’isolement et pour cause! Le papier peint est d’une couleur assez particulière, d’un jaune indéfinissable. Si ce papier peint la rebute voire même l’effraie au début, elle va commencer à y prêter une attention grandissante au fil des jours… Alors que la dépression l’affectait physiquement, son obsession pour les murs de sa chambre pourrait bien cette fois-ci lui coûter sa santé mentale.

I am afraid, but I don’t care – there is something strange about the house – I can feel it. 

Woah. Je n’ai vraiment pas d’autre mot. J’ai adoré cette histoire du début à la fin. Je ne sais pas si je vais réussir à décrire convenablement ce que j’ai ressentie en la lisant. En fait, on se retrouve emporter dans le tourbillon qui va piéger la narratrice dans une folie destructrice et c’est tout simplement prodigieux. D’un côté, on a envie de la croire lorsqu’elle décrit ce qu’elle voit sur et à travers ce papier peint, mais d’un autre on se dit qu’elle devient tout simplement malade. L’isolement aussi bien social que culturel aura eu raison d’elle et elle devient folle. En fait, ce qu’il y a de si particulier, c’est qu’à un certain moment on a l’impression d’être devenue aussi folle qu’elle. Ceci pour la simple et bonne raison que l’auteure décrit l’escalade vers la psychose d’une façon très détaillée.

There comes John and I must put this away – he hates to have me write a word.

Charlotte Perkins Gilman a elle-même été sujette à la dépression. A l’époque, le docteur Silas Weir Mitchell était connu pour avoir un remède miracle, surtout pour les femmes. Il les isolaient de la vie culturelle, leur empêchait de lire ou de s’approcher d’un stylo. Il leur conseillait également de bien, très bien, se nourrir. Ainsi elles retrouveraient leur physique de femme enceinte et elles se sentiraient mieux car, c’est bien connu, les femmes ne sont heureuses que lorsqu’elles font le ménage et s’occupe des gosses! Le problème est que Charlotte Gilman a très mal vécu ce « traitement » et c’est pour cela qu’elle a écrit The Yellow Wallpaper. Le résultat est brillant, absolument brillant! Surtout qu’à un moment dans cette histoire, elle cite le nom de Weir Mitchell. Elle l’attaque personnellement et lui montre que sa solution miracle n’en est pas une. Plus que de guérir les femmes déjà mal en point, son remède ne fait qu’empirer leur état. On arrive très bien à comprendre le message que l’auteure a voulu faire passer dans cette histoire, c’est limpide. A son époque, défendre les droits femmes n’était pas très courant et c’était loin d’être facile. Pourtant, en publiant cette histoire, elle a cassé les codes et n’a pas hésité à citer le nom du médecin qui a voulu l’empêcher d’écrire. Si ça ce n’est pas du courage, alors je ne sais pas ce que c’est!

Si l’histoire en elle-même est génial et le contexte qui se cache derrière sa rédaction est passionnant, c’est bel et bien le style d’écriture qui m’a provoqué le coup de coeur. Charlotte Perkins Gilman nous fait réellement entrer dans la tête de la narratrice. On connaît ses appréhensions, ses doutes, ses réflexions et, même si l’histoire est courte, cela établit un lien intime entre le lecteur et la narratrice. On partage un petit bout de sa vie et c’est fascinant. Lorsqu’elle sombre dans la folie, on le ressent immédiatement. Ces phrases sont de plus en plus exclamatives, elle devient euphorique dès qu’elle regarde son papier peint jaune. Bref, on a une description psychologique très poussée et c’est même assez effrayant de se dire qu’un petit détail comme celui de la couleur des murs a perturbé la narratrice au point de lui faire perdre la tête!

I cry at nothing, and cry most of the time. Of course I don’t when John is here, or anybody else, but when I am alone. 

Avec mon groupe cette semaine, nous devions analyser le rôle des « private and public spheres » dans cette histoire. C’était fascinant de voir comment cette femme a réussi à cacher sa folie à son mari ou à son frère. Elle n’avait plus toute sa tête, mais elle réfléchissait encore assez pour savoir que parler de ça la desservirait. Le plus intéressant, c’est quand la folie l’emporte et que la narratrice ne peut plus se retenir et se comporte de la même façon sur la scène privée ou la scène publique.

There are things in that paper that nobody knows but me, or ever will.

En bref, voilà pourquoi j’aime faire des études de langues! Grâce à mes cours de littérature, je découvre parfois des auteurs qui m’embarquent complètement dans leurs histoires. L’année dernière par exemple, j’avais eu un gros coup de coeur pour Wildlife de Richard Ford. Eh bien, cette année c’est au tour de Charlotte Perkins Gilman avec son Yellow Wallpaper. J’aimerai vraiment découvrir d’autres de ses œuvres!

It was not intended to drive people crazy, but to save people form being driven crazy, and it worked. – Charlotte Perkins Gilman.

Thumbelina – Ciou

Couverture Thumbelina

Résumé :

« Quand l’artiste-peintre et illustratrice française Ciou s’immerge dans l’univers du conte féerique du XIXe siècle « Poucette », de Hans Christian Andersen, cela donne un livre bilingue illustré inattendu!
L’interprétation que Ciou livre dans ce surprenant Thumbelina, ressuscite l’onirisme et la cruauté du monde d’Andersen dans un feu d’artifice de couleurs hypnotiques : entrer dans l’univers de Ciou, c’est accepter le bouleversement émotionnel, les non-dits qui dérangent, l’ordre qui émerge du chaos, et un esthétisme hors norme. »

Mon avis :

Quand j’étais petite, je gardais toujours un gros livre de contes d’Andersen à côté de mon lit. J’adorais regarder les illustrations dont il était orné et, quand j’en ai eu l’âge, j’aimais lire un de ses contes avant de m’endormir (mon préféré restant La princesse au petit pois). Alors quand ma sœur m’a prêté le livre Thumbelina, j’étais ravi de redécouvrir un conte d’Andersen illustré d’une manière si moderne. Je n’ai vraiment pas été déçue de ma lecture.

En ce qui concerne le conte en lui-même, il n’y a pas grand chose à dire, c’est du Andersen comme je l’aime. Il s’agit en fait de l’histoire de Poucette (Thumbelina en anglais) qui est une petite fille, pas plus grande qu’un pouce, née dans une fleur. Un jour, un crapaud vint l’enlever à sa mère adoptive car il voulait la marier à son fils. S’en suit alors une succession d’aventures pour la petite Poucette qui va rencontrer tour à tour une hirondelle, une souris, une taupe, mais également des gens comme elle… On ne peut que s’attacher à cette minuscule héroïne qui est arrachée à sa mère par un crapaud laid, ennuyeux et sans scrupules. Elle traverse de dures épreuves, doit parfois supporter la faim, la soif et doit en plus se soustraire à plusieurs mariages forcés. Le fait qu’elle ne soit pas plus haute qu’un pouce, que les animaux parlent et habitent dans de petites maisons aménagées amène un petit côté féerique et magique qui ne peut que nous ramener en enfance, quand on croyait que tout cela existait vraiment. Bref, c’est un très beau conte qui, je le pense, peut ravir les petits comme les grands.

« Quelle jolie fleur ! » dit la femme en déposant un baiser sur ces feuilles rouges et jaunes ; et au même instant la fleur s’ouvrit avec un grand bruit. On voyait maintenant que c’était une vraie tulipe ; mais dans l’intérieur, sur le fond vert, était assise une toute petite fille, fine et charmante, haute d’un pouce tout au plus. Aussi on l’appela la petite Poucette.

Tout l’intérêt de ce livre réside dans l’opposition entre le conte classique et les illustrations modernes de Ciou. L’auteur réinterprète totalement l’histoire d’Andersen au travers de ses illustrations. Car si le texte reste inchangé, les œuvres de Ciou redonne un souffle nouveau à ce classique. En effet, on a pour habitude de se représenter les héroïnes de conte comme de jolies petites princesses, de petites poupées aux cheveux soyeux, aux vêtements impeccables et au teint éclatant (vous en avez d’ailleurs un aperçu avec les images, tirées du dessin animé Thumbelina, qui accompagnent cet article). Ciou, elle, nous offre sa vision de Poucette, dont vous pouvez avoir un aperçu sur la couverture. Je ne saurais pas décrire exactement le style de cette illustratrice, je ne m’y connais pas du tout en art. Mais je dois dire que ses dessins m’ont vraiment beaucoup plu. Je les trouve très minutieux, tous les petits détails sont soignés. Je ne peux qu’imaginer la quantité de travail que cela représente… c’est vraiment très impressionnant! Les grands yeux des personnages pourraient faire penser un petit côté « manga japonais », le mélange de couleurs et l’utilisation de nombreuses formes géométriques rappellent le style contemporain mais… j’avoue que je ne suis pas trop sensible à cela. En revanche, je suis très sensible à l’ambiance qui se dégage de ces illustrations. C’est tout un monde qui se crée sous nos yeux et, je me trompe peut-être (quoique chacun a sa définition de l’art, pas vrai ?) mais j’ai retrouvé un petit côté « Tim Burton » et un petit esprit à la Mathias Malzieu qui m’ont totalement fait craquer. C’est le genre d’univers dans lequel j’aime me plonger. C’est joyeux et festif tout en gardant une petite part d’ombre, un petit côté lugubre, et c’est surtout très particulier et farfelu. Quand je dis farfelu, ça ne signifie absolument pas que les destins sont brouillons, au contraire, ils sont impressionnant par leur précision et leur netteté. Si je devais choisir mon dessin préféré dans ce livre, je dirais que c’est le coeur humain, à la page 46. Mais en même temps, j’ai aussi beaucoup aimé les nombreux oiseaux qui décorent les pages. Les flocons de neige de la page 29 sont également sublimes. En fait, tous les dessins sont d’une qualité exceptionnelle et sont vraiment très jolis. Ils apportent un vrai plus au livre. Tout comme il nous arrive de tomber amoureux du style d’un auteur, je crois bien que je suis tombée amoureuse du pinceau de cette artiste! (Et c’est maintenant que j’envie ma sœur d’avoir eu une si jolie dédicace lors du dernier salon du livre.)
Les illustrations ne sont pas les seuls éléments que font de ce livre une vrai merveille artistique. En effet, j’ai adoré la police de caractères utilisée ainsi que la mise en page. Tout fonctionne en harmonie, que ce soit les couleurs, les formes ou l’insertion du texte. Cette oeuvre est un formidable livre-objet et un vrai régal pour les yeux.

Si la chronique s’arrêtait ici, vous imaginez bien que la note serait 20/20. Seulement, il a fallu qu’un élément vienne gâcher mon impression de perfection lors de cette lecture : le texte anglais. Faire un livre bilingue c’est bien, faire un livre bilingue où les traductions anglaise et française correspondent, c’est encore mieux. Malheureusement ici, j’ai eu l’impression que dans la version française pas mal d’éléments passaient à la trappe. Rien que sur la première page, on apprend dans le texte anglais qu’une femme s’était arrêté sur son chemin pour demander à manger à une vieille paysanne et cette dernière lui avait donné une graine (cette graine devenant la fleur qui va donner naissance à Poucette). Dans le texte français cette même femme ne demande pas à boire ou à manger mais déclare à la paysanne vouloir un enfant et c’est pourquoi l’autre lui donne cette graine magique. Hm ??? Je ne sais pas qui du traducteur français ou anglais a raison, mais je trouve ça dommage car l’avantage que devait représenter le bilinguisme de ce livre se transforme en un gros défaut… Malheureusement cela se répercutera forcément sur ma note finale. Les éditions Scutella ont peut-être été trop ambitieuses sur ce projet en voulant ajouter l’anglais ?

Lorsque les deux autres eurent tourné le dos à l’oiseau, elle se pencha vers lui, et, écartant les plumes qui couvraient sa tête, elle déposa un baiser sur ses yeux fermés.

Mais en résumé, on peut dire que ce livre est un gros coup de coeur. Non seulement j’ai aimé le conte d’Andersen, mais j’ai aussi adoré la réinterprétation qu’en a fait l’illustratrice Ciou. On se retrouve dans un univers bien loin du conte de fée classique et cela nous fait découvrir et apprécier cette histoire sous un autre angle. Je lirais sans hésitation un autre livre illustré par Ciou car j’ai réellement adoré le monde dans lequel elle m’a fait entrer. J’ai hâte de découvrir d’autres de ses dessins!

Nous fuirons loin de ta vilaine taupe et de sa demeure obscure, bien loin au-delà des montagnes, où le soleil brille encore plus qu’ici, où l’été et les fleurs sont éternels.

Un cœur simple – Gustave Flaubert

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Résumé :

« L’histoire d’ Un Cœur simple est tout bonnement le récit d’une vie obscure, celle d’une pauvre fille de campagne, dévote mais mystique, dévouée sans exaltation et tendre comme du pain frais. Elle aime successivement un homme, les enfants de sa maîtresse, un neveu, un vieillard qu’elle soigne, puis son perroquet ; quand le perroquet est mort, elle le fait empailler et, en mourant à son tour, elle confond le perroquet avec le Saint-Esprit. Cela n’est nullement ironique comme vous le supposez, mais au contraire très sérieux et très triste. » Gustave Flaubert.

Mon avis :

Cette année, en cours de littérature française, nous avons beaucoup parlé de la place des esclaves et des servants dans les pièces de théâtre ou les romans. Pour les partiels, notre professeur nous avait conseillé de lire Un cœur simple de Flaubert. C’est donc avec une grande curiosité que je me suis lancée dans ce tout petit livre, car il s’agissait de ma première lecture pour cet auteur.

Dans l’édition du Livre de poche que j’ai acheté, il y a une petite présentation au début, écrite par Marie-France Azéma. Elle est intéressante car elle nous permet de nous placer dans le contexte et de faire la connaissance de Félicité, la protagoniste de ce conte. Cependant, après avoir lu ces quelques pages, on connaît l’histoire dans son intégralité. C’est dommage car on n’a pas vraiment envie de se lancer dans une histoire quand on vient d’en lire un résumé détaillé… Mais la présentation n’est pas le gros point négatif de ce livre (plutôt de cette édition en fait). En effet, bien que ce livre fasse 95 pages, je ne peux pas dire qu’officiellement j’ai lu 95 pages. On va dire que j’en ai lu la moitié. Pourquoi ? Car une page est, en gros divisé en deux : le conte rédigé par Flaubert / les notes de Marie-France Azéma. Il y en a trop! Beaucoup, beaucoup trop! Au début je les lisais, car je me disais, bon c’est pour la fac, on peut en avoir besoin pour les partiels, donc je me motive et je les lis. Mais j’ai très vite arrêté. Tout d’abord, j’ai trouvé ça ennuyant (certaines notes ne servent littéralement à rien) mais surtout je perdais le fil de ma lecture! Je devais à chaque fois relire la phrase qui contient la note, voire même recommencer le paragraphe. Bref, cette lecture pourtant si courte n’en finissait pas! Et puis, il faut bien le dire, elle a pris les lecteurs pour des idiots finis. Par exemple, à un moment Flaubert dit que « Tous les lundis » des vendeurs exposent leurs marchandises. La petite note spécifie : « C’est le marché hebdomadaire. » Hm. On l’aurait pas deviné tiens. C’est d’autant plus dommage que certaines notes sont utiles, principalement quand le mot employé ne fait plus partie du vocabulaire actuel. Mais on est franchement découragé en voyant la tonne de texte et on ne prend même plus la peine de chercher ce qui nous intéresse.

Mais parlons plutôt du conte en lui-même. Gustave Flaubert nous raconte ici l’histoire d’une servante, Félicité, qui passa la majeure partie de sa vie au service de Mme Aubain. Elle voua à sa maîtresse une fidélité sans faille depuis que Mme Aubin, jeune veuve avec deux enfants, a perdu son mari. Bien évidemment, Félicité n’est qu’une servante, par conséquent, sa vie n’est pas des plus heureuses. Elle n’a pas de famille, hormis un neveu qui vient rarement la voir, pas d’amant, le seul qu’elle ait jamais eu l’ayant abandonnée, et ses seuls loisirs consistent à aller à l’église ou à s’occuper des enfants. Pourtant, elle ne s’en plaint pas. Elle est très reconnaissante envers sa maîtresse et offre tout son amour à Paul et Virginie (les deux enfants de Mme Aubain) ainsi qu’à son neveu Victor qu’elle chérit plus que tout. Son quotidien semble donc banal et réglé comme du papier à musique… jusqu’à que plusieurs drames viennent bouleverser sa vie…

Un des souhait de Flaubert était d’écrire « un livre qui n’aurait presque pas de sujet, ou du moins dont le sujet serait presque invisible ». Je crois qu’avec Un Cœur simple, il a visé juste. En effet, même s’il y a un personnage principal, Félicité, il n’y a pas de sujet. C’est juste une sorte de biographie de la servante. Mais l’auteur ne se focalise pas sur un épisode de sa vie, ce qui est assez déroutant en fait. Ce que je vais dire peut sembler irrespectueux envers cet auteur encensé par tous les professeurs et autre adorateurs des œuvres classiques, mais pourquoi écrire ce conte ? J’essaie de trouver le but, le message que Flaubert veut nous faire passer mais je ne trouve pas. Certes, l’auteur a sûrement écrit cette oeuvre, juste parce qu’il en avait envie, et c’est déjà une raison bien suffisante! Cependant je n’ai pas trouvé d’intérêt à cette lecture.

Son visage était maigre et sa voix aiguë. A vingt-cinq ans, on lui en donnait quarante. Dès la cinquantaine, elle ne marque plus aucun âge; et toujours silencieuse, la taille droite et les gestes mesurés, semblait une femme en bois, fonctionnant d’une manière automatique.

Attention, je ne dis pas que ce livre est d’un ennui mortel. Non, il est même plutôt agréable à lire puisque la plume de l’auteur reste assez fluide et ne s’attarde pas sur des descriptions inutiles. On tourne les pages machinalement, on suit le cours de la vie de Félicité puisque, après tout, on veut savoir ce qu’elle devient. En revanche, je ne dirais pas que je me suis attachée à elle. Tout va un peu trop vite, on n’a pas le temps d’en apprendre assez pour s’attacher à certains personnages ou pour en détester d’autres. En fait, même si Marie-France Azéma et d’autres, s’attardent sur le moindre petit détail ou analysent la moindre petite virgule, cette lecture est simple et plutôt légère. Comme je l’ai dit plus haut, on tourne mécaniquement les pages, on n’a pas besoin d’une réflexion très poussée pour comprendre ce livre. Bien sûr, j’imagine qu’on pourrait faire tout un tas de commentaires composés et autres dissertations pour comprendre tout ce que Flaubert a voulu nous transmettre au travers de ce conte. Cependant pour moi, toutes ces études de texte ne font que dénaturer le texte même. Chacun a une approche différente et aucune n’est meilleure que les autres, selon moi. Enfin bref! J’ai préféré lire Un coeur simple comme une courte histoire qui se lit facilement et sans prise de tête plutôt que de voir ce conte comme un grand classique écrit par un maître de la littérature française.

Les jours de soleil, elle se tourmentait de la soif ; quand il faisait de l’orage, craignait pour lui la foudre. En écoutant le vent qui grondait dans la cheminée et emportait les ardoises, elle le voyait battu par cette même tempête, au sommet d’un mât fracassé, tout le corps en arrière, sous une nappe d’écume ; ou bien, – souvenirs de la géographie en estampes, – il était mangé par des sauvages, pris dans un bois par des singes, se mourait le long d’une plage déserte. Et jamais elle ne parlait de ses inquiétudes.

En résumé, même si ce petit livre n’a pas été un coup de cœur, j’ai apprécié ma lecture. Je suis contente de l’avoir choisi pour commencer ma découverte des œuvres de Flaubert. J’ai souvent entendu que son écriture était trop lourde et désagréable à lire or ici, c’est plutôt léger. Bien sûr, le thème abordé reste tragique, mais c’est tellement court qu’on a à peine le temps de s’apitoyer sur le sort de la pauvre Félicité. Je pense lire les deux autres contes qui accompagnent Un Cœur simple dans le recueil Trois Contes pour voir si le style d’écriture reste tout aussi abordable. Ensuite, si je trouve le courage, je me lancerais dans Madame Bovary!

Elle retenait sa douleur, jusqu’au soir fut très brave ; mais, dans sa chambre, elle s’y abandonna,  à plat ventre sur son matelas, le visage dans l’oreiller, et les deux poings contre les tempes.

Le Barbier de Séville – Beaumarchais

Couverture Le Barbier de Séville

Quatrième de couverture

« Un vieux barbon décide d’épouser au plus vite sa pupille qui ne l’aime pas. C’est sans compter sur l’ardeur du comte Almaviva qui, avec l’aide de son complice le barbier Figaro, tentera tout pour arracher la belle aux griffes du vieux jaloux. Stratagèmes esquivés et rebondissements insensés vont donner un rythme effréné à cette brillante intrigue jusqu’à la chute du rideau. »

Mon avis

Une nouvelle fois, le professeur de français nous a demandé de livre deux livres. Cette fois-ci il s’agissait du Barbier de Séville de Beaumarchais et d’Un cœur simple de Flaubert. J’ai débuté par le premier, tout simplement car c’est celui que j’ai pu me procurer le plus rapidement. Comme vous le savez sûrement, il s’agit d’une pièce de théâtre dont Le Mariage de Figaro est considéré comme la suite puisque les mêmes personnages y sont présents. J’avais du lire cette pièce au collège et je me souviens l’avoir beaucoup apprécié. J’étais donc plutôt contente de retrouver la plume de Beaumarchais quelques années plus tard et de me replonger dans les aventures de Figaro et de son maître Le Comte Almaviva. Comme d’habitude avec le théâtre, je n’ai pas été déçue!

Dans la scène initiale, nous faisons la connaissance du Comte qui attend impatiemment l’apparition de Rosine au balcon. Il l’a rencontré six mois auparavant à Madrid et n’a jamais pu l’oublier, c’est pourquoi il s’est lancé à sa recherche. Cependant, lorsqu’il la retrouve, les choses ne sont pas si simples. Il ne lui suffit pas de déclarer sa flamme à Rosine pour que celle-ci tombe dans ses bras. La première difficulté est que Rosine, orpheline, est sous le contrôle permanent de son tuteur Bartholo. On peut très clairement dire qu’il se comporte comme un tyran avec elle. Elle n’a le droit de rien faire, pas même se mettre à la fenêtre. En réalité, si cet homme se comporte de cette manière, c’est qu’il a peur. Il a réellement peur que sa pupille tombe sous le charme d’un homme quelconque et qu’elle quitte donc sa demeure, le laissant seul. La suite de l’histoire va prouver que Bartholo avait raison de se méfier. En effet, le Comte Almaviva va user et abuser de stratagèmes divers pour se faire connaître de Rosine puis pour la séduire. Avec son valet Figaro, le barbier de Séville, il va donc se lancer à la conquête du cœur de sa belle…

Je dois avouer que j’ai beaucoup aimé cette pièce de théâtre! Je l’ai trouvé très divertissante et même amusante. L’histoire est sympathique et surtout les personnages sont attachants, ou du moins Le Comte et Rosine le sont. On espère vraiment que les deux amants seront réunis au final et que Rosine échappera à l’autorité de son tuteur. En réalité, on passe par plusieurs phases pendant la lecture de cette pièce. Au début, on est plutôt impatient car on se demande quand et comment le Comte et Figaro vont mettre leur plan en place, ensuite on est intrigué car au final, même si on connaît les grandes lignes du plan, on n’en connaît pas les détails. Plus tard on est compatissant quand on voit à quel point Rosine souffre de sa situation actuelle. On est attendri quand les deux amants sont réunis, même brièvement et on est parfois agacé par le comportement de Bartholo. En bref, ce livre est une vraie palette d’émotions mais tout en restant léger. En effet, il y a toujours des petits aspects comiques qui rendent la pièce beaucoup plus agréable à lire et qui nous permettent de modérer notre énervement envers Bartholo ou notre tristesse face à la situation de Rosine.

Je crois bien que l’une de mes scène préférées dans cette pièce est la scène où Bartholo accuse Rosine d’avoir écrit une lettre à un quelconque amant car il manque une feuille de papier à lettres sur son bureau et que la plume neuve est tâchée d’encre. Rosine ne se démonte pas, elle tient tête à son tuteur. C’est une vraie femme de caractère! J’ai beaucoup aimé son personnage car j’ai trouvé qu’il contrastait avec les jeunes femmes des autres pièces de théâtre de l’époque. Je l’ai trouvé beaucoup plus forte, tout en restant fragile à l’intérieur bien sûr. Dans la scène 6 de l’acte IV, elle tient tête à une autre personne (que je ne nommerais pas pour éviter tout spoil!) et j’ai trouvé cela très courageux de sa part. Elle est en colère et n’a pas peur de le montrer.

Le personnage du Comte Almaviva m’a bien plu aussi. Il est vraiment déterminé à conquérir le coeur de cette jeune femme dont il est tombé fou amoureux six mois auparavant. Quand on y pense, c’est vraiment très très romantique mais aussi émouvant dans un sens! Lui aussi va être courageux à plusieurs reprises et surtout, il va être très inventif. Dès que son stratagème est sur le point d’être révélé au grand jour, il trouve un moyen de retourner la conversation à son avantage.
Bien sûr, tout ceci ne pourrait pas se dérouler sans l’aide de Figaro, le personnage qui donne son nom à la pièce de théâtre. J’avoue que c’est plutôt malin de la part de l’auteur d’avoir nommé sa pièce Le Barbier de Séville. Qui pourrait s’attendre à lire l’histoire de deux amants prêt à tout pour être réuni sous un titre pareil ? De plus, Figaro est tout de même un des personnages central du livre. Sans lui, aucuns des stratagèmes ne serait possible, tout simplement car il connaît personnellement Bartholo et qu’il peut donc rentrer chez lui (contrairement à tous les autres hommes, amants potentiels de Rosine). De plus, c’est un valet. Il apporte cette petite touche de malice typique des œuvres classiques et qui rajoute toujours un petit effet comique bien appréciable.

J’ai beaucoup aimé la plume de Beaumarchais. C’est très fluide, les répliques ne sont pas très longues, on ne perd donc jamais le fil. Les scènes aussi sont courtes (certaines se limitent même à une réplique d’un personnage isolé), ce qui permet de fractionner sa lecture plus facilement. Le vocabulaire employé reste classique mais est tout à fait compréhensible, tout comme les tournures de phrase.

En bref, voici encore une fois une pièce de théâtre que j’ai adoré lire. L’histoire est intéressante, a même un petit côté palpitant et certains des personnages sont très attachant. On prend donc beaucoup de plaisir à les accompagner dans leurs petites aventures. Après cette lecture, j’ai hâte de relire Le Mariage de Figaro et de retrouver Almaviva, Rosine et Figaro. Si je me montre aussi enthousiaste, c’est parce que je trouve ça tellement excitant d’aimer un classique! L’école arrive parfois à nous dégoûter de certaines classiques qu’on aurait pu aimer dans le cadre d’une lecture privée. C’est aussi pour cela que j’aime l’université, on doit lire certains livres, mais en cours, on ne passe pas notre temps à les analyser dans les moindres détails, on n’étudie pas les figures de style une par une jusqu’à ne plus vouloir entendre parler de cet auteur et notre opinion sur cette lecture reste donc intacte.

Citations

Chacun court après le bonheur. Il est pour moi dans le cœur de Rosine.

Le Comte : Son caractère ?
Figaro : Brutal, avare, amoureux et jaloux à l’excès de sa pupille, qui le hait à mort.
Le Comte : Ainsi, ses moyens de plaire sont…
Figaro : Nuls.

Si vous êtes exempt des gens de guerre, vous n’êtes pas exempt de politesse peut-être ?

Roméo et Juliette – William Shakespeare

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Quatrième de couverture

« Un drame fatal se prépare pour un couple d’amoureux nés sous la pire des étoiles, et rien n’apaisera la haine expiable que se vouent leurs nobles familles.
Ballet, opéra, chanson, cinéma : les enfants de Vérone ont fait le tour du monde. Juliette est victime de son innocence et de sa pureté ; Roméo, de sa fougue. Autant que la rivalité de leurs parents, c’est le destin qui entraîne leur séparation, un mauvais sort fait de hasards, d’accidents et de malchances.
Par la grâce du génie poétique de Shakespeare, Roméo et Juliette incarnent toute la tragédie de la jeunesse révoltée au nom de l’amour contre le conformisme et la stupidité du monde adulte. »

Mon avis

Etant en LCE Anglais, il y a certains classiques que je dois absolument lire afin d’avoir une culture solide pour mes cours de littérature britannique ou américaine. Donc j’ai pris l’initiative de me constituer une liste de « grands classiques » que je dois lire avant ma rentrée en deuxième année. Je commence avec Roméo et Juliette de Shakespeare.

Commençons tout d’abord par la préface. Vous en avez maintenant l’habitude, lorsqu’une de mes lectures est introduite par une préface, j’en dis quelque mot pour vous la présenter. Ici, elle a été écrite par Marc-Henri Arfeux (édition Pocket). Malheureusement, elle ne m’a pas vraiment plu dans le sens où elle révèle toute l’intrigue. Certes, tout le monde connait Roméo et Juliette. On a tous déjà vu un film ou une comédie musicale qui reprenait cette célèbre pièce. Mais tout de même, c’est dommage de lire un résumé détaillé juste avant de lire la pièce.
Sinon, l’écrivain replace l’oeuvre dans son contexte et nous aide à comprendre certains subtilités que nous n’aurions peut-être pas saisi lors de notre lecture. En fait, il nous présente les thèmes principaux de cette pièce de théâtre, qu’ils soient exposés ouvertement ou plus subtilement. Cela nous permet d’aborder notre lecture plus sereinement car on a déjà les grandes idées en tête et on sait qu’on comprendra un peu mieux les phrases ambiguës pendant notre lecture.

Passons maintenant à l’oeuvre en elle-même. Comme vous le savez, elle se déroule à Vérone, une ville dans laquelle vivent deux familles ennemies : les Capulet et les Montague (ou Montaigu). Un des jeune Montague, Roméo, est un véritable cœur d’artichaut. Dès qu’il voit une femme/fille plutôt jolie, il croit immédiatement que cette personne est le grand amour de sa vie. Au début du livre, il est d’ailleurs très épris de Rosalie, mais celle-ci ne voulant pas de lui, il se retrouve plongé dans un immense chagrin. Pour lui changer les idées, ses deux amis Mercutio et Benvolio décident de l’emmener à une fête organisée par les Capulet, afin qu’il comprenne qu’il existe d’autres femmes aussi jolies, voir plus jolies que Rosalie. Cette tactique va très bien fonctionner puisqu’il va immédiatement tomber sous le charme de Juliette. Cette jeune fille répondra d’ailleurs à ses avances. Malheureusement pour elle, son père la destine à quelqu’un d’autre, un jeune seigneur du nom de Pâris. Les deux amoureux vont donc faire tout ce qui est en leur pouvoir pour être réunis et vivre heureux. Seulement, les choses sont loin d’être simple et leur chemin sera semé d’embûches, plus tragiques les unes que les autres.

Dans son ensemble, j’ai beaucoup aimé cette pièce de théâtre. C’est une très belle histoire d’amour, c’est même LA mythique histoire d’amour dont on retrouve des références un peu partout. Même si elle se finit (très) tragiquement, on peut sentir l’affection que ces deux jeunes gens se portent. Je trouve que c’est une pièce très touchante, d’autant plus que toute l’action se déroule sur quelques jours. La vie de Roméo et Juliette a donc basculé en très peu de temps, passant de joies intenses à des moments douloureux en quelques minutes seulement.

Shakespeare réussi à capter notre attention du début à la fin. Cette pièce étant pleine de rebondissements, on ne s’ennuie à aucun moment. Parfois, certaines actions sont plus importantes que d’autres, mais on prend toujours plaisir à accompagner Roméo et Juliette dans leur quête du bonheur. D’ailleurs, je crois que ma scène favorite a été la fameuse scène du balcon. A vrai dire, j’hésitais entre cette scène la et la dernière scène ou les deux amants sont côte à côte. Mais je vous avoue que la fin m’a un peu déçue. Bien sûr, je savais à quoi m’attendre. Mais j’ai trouvé que c’était très (trop ?) rapide. Pour le coup, c’est sûr que les actions s’enchaînent. Mais on n’a même pas le temps d’intégrer l’information que quelque chose d’autre se passe. Cela casse un peu le côté tragique à mon avis, car on a pas le temps d’assimiler.

En ce qui concerne les personnages, j’ai beaucoup aimé Juliette. Quand on sait qu’elle n’a pas encore 14 ans, c’est encore plus touchant. Cette jeune fille est promise à un seigneur qu’elle n’aime pas, son mariage est précipité et organisé en moins de quatre jours… On comprend son désespoir et on ressent même une certaine pitié pour elle. En revanche, j’ai un peu moins aimé le personnage de Roméo. Dès le début, on sait qu’il « tombe amoureux » très souvent, du moment que la femme en face de lui ait un visage agréable à regarder. Du coup, j’avoue que j’ai douté de la sincérité de ses sentiments pour Juliette jusqu’à la fin. Et même à la fin d’ailleurs, je n’ai pas ressenti la même peine que pour Juliette. Roméo m’a donné l’impression d’un garçon qui a toujours besoin d’attention, notamment de la part des femmes, et qui n’hésite donc pas à tomber dans des extrêmes pour se rendre intéressant…
J’ai aussi eu un petit souci concernant les personnages. J’ai trouvé qu’il y en avait trop. Ce que j’aime généralement dans les pièces de théâtre, c’est que tout est clair. On a moins d’une dizaine de personnages, on s’y retrouve très facilement. Mais ici, entre Roméo, Juliette, Montague, Lady Montague, Capulet 1, Capulet 2, Lady Capulet, Pierre, Balthazar, Benvolio, Mercutio, Tybalt… on est toujours obligé d’être attentif à qui parle pour pas s’y perdre. De plus, j’ai mis un petit peu de temps avant de me familiariser avec tout le monde, avant de me souvenir qui est un Capulet, qui est un Montague. Donc ça m’a un peu gêné pour le début de ma lecture, c’est dommage.

Parlons maintenant du style de Shakespeare. Comme pour A Midsummer Night’s Dream, je l’ai bien aimé. Même si c’est vrai qu’il est très classique, il reste assez facile à lire et à comprendre. En revanche, j’ai lu Roméo et Juliette en français, tout simplement parce que je l’avais déjà acheté il y a un petit bout de temps! Mais je tenterai sûrement la lecture en VO, qui sera plus simple vu que je connais maintenant l’histoire.

En bref, je vous conseille cette pièce si vous ne l’avez jamais lu. C’est un classique plutôt simple et agréable à lire. On se plonge facilement dans l’histoire et espère tout au long de notre lecture que cela se finisse bien pour les deux jeunes amants, même si malheureusement on connait tous le dénouement! Cette pièce m’a donné envie de découvrir d’autres classiques de Shakespeare. Je pense que mon prochain sera MacBeth, Hamlet ou Othello.

Citations

Sous des étoiles contraires, un couple d’amoureux
Dont la ruine néfaste et lamentable

Doit ensevelir dans leur tombe l’animosité de leurs parents.

Voilà bien des matinées qu’on l’a vu là augmenter de ses larmes la fraîche rosée du matin et à force de soupirs ajouter des nuages aux nuages.

Ô cœur reptile caché sous la beauté en fleur ! Jamais dragon occupa-t-il une caverne si splendide ! Gracieux tyran ! démon angélique ! corbeau aux plumes de colombe ! agneau ravisseur de loups ! méprisable substance d’une forme divine ! Juste l’opposé de ce que tu sembles être justement, saint damné, noble misérable ! Ô nature, à quoi réservais-tu l’enfer quand tu reléguas l’esprit d’un démon dans le paradis mortel d’un corps si exquis ? Jamais livre contenant aussi vile rhapsodie fut-il si bien relié ? Oh ! que la perfidie habite un si magnifique palais !

Ton nom seul est mon ennemi. Tu n’es pas un Montague, tu es toi-même. Qu’est-ce qu’un Montague ? Ce n’est ni une main, ni un pied, ni un bras, ni un visage, ni rien qui fasse partie d’un homme… Oh! sois quelque autre nom !


Du même auteur :

Couverture Le Songe d'une nuit d'été

Le jeu de l’amour et du hasard – Marivaux

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Quatrième de couverture

« Peut-on épouser un inconnu ? Ce n’est pas l’avis de Silvia, promise à un certain Dorante qu’elle n’a jamais vu. Avant d’accepter ce mariage, elle décide donc de tester son prétendant sans se faire connaître : elle prendra l’identité et les attributs de sa servante Lisette, pendant que celle-ci se fera passer pour Silvia. Mais ce qui était une bonne idée se transforme en situation cocasse, puisque Dorante a lui aussi échangé les rôles avec son serviteur. L’entrevue des deux valets subitement élevés au rang de maîtres laisse présager de savoureuses répliques, mais pourra-t-elle changer la donne amoureuse de la pièce ? Rien n’est moins sûr, à moins que derrière les travestissements, l’amour ne finisse par reconnaître les siens… »

Mon avis

Comme je vous l’ai déjà dit dans un article précédent, je dois lire certaines œuvres pour mon cours de littérature française. Après L’île des esclaves, c’est au tour du Jeu de l’amour et du hasard, de Marivaux. C’était donc ma seconde lecture pour cet auteur et je n’ai pas été déçue. J’ai même beaucoup aimé!

Commençons par la préface. Dans mon article sur l’Ile des esclaves, je vous avais fait part de mon agacement face à celle de Jean Goulemot qui se prenait pour un « Monsieur-je-sais-tout » et qui décrivait les pensées et intentions de Marivaux comme s’il était dans sa tête. Et bien en ce qui concerne la préface de Jean-François Patricola (édition Pocket), mon ressenti a été totalement différent. J’ai beaucoup aimé ces quelques pages dans lesquelles il replace Marivaux dans un contexte actuel pour nous faire comprendre quelle petite révolution les écrits de Marivaux ont provoqués à son époque. On comprend beaucoup plus facilement quand les exemples sont replacés au XXIe siècle et cela permet d’appréhender la pièce avec un tout autre regard. Et surtout, dans cette préface, Jean-François Patricola ne dévoile pas l’intrigue et encore moins la fin de cette pièce de théâtre (je ne vise personne, bien évidemment…), ce qui m’a permis de découvrir la pièce au fil de ma lecture et de ne pas anticiper sur ce qui allait se passer. Mes lectures de l’Île des esclaves et du Jeu de l’amour et du hasard ont donc été très différentes.

Dans cette pièce de théâtre nous découvrons donc Silvia, une jeune femme sur le point de rencontrer son futur époux. Ce mariage a été arrangé par son père et un de ses amis. Mais les deux hommes ne veulent pas que leurs enfants s’unissent s’ils ne s’apprécient pas. Une première rencontre entre Silvia et Dorante est donc organisée. Mais Silvia pense à quelque chose… Dorante pourrait ne l’aimer que pour sa dot et sa condition sociale! Alors pour être certaine que ses sentiments sont sincères, elle décide d’inverser les rôles : elle prendra la place de Lisette, sa servante, tandis que cette dernière devra faire illusion en se comportant comme une femme de bonne condition. Cependant, elle ne se doute pas une seule seconde que son futur époux a pensé à la même chose qu’elle et qu’il a pris la place de son valet, Arlequin. Les quatre jeunes gens sont donc au centre d’un cercle vicieux dans lequel personne ne joue son propre rôle et où chacun va tomber amoureux « de la mauvaise personne »…

J’ai vraiment beaucoup aimé les différents personnages de cette pièce! Silvia n’est, au départ, qu’une jeune femme qui ne veut pas d’un mariage sans amour. Il en est de même pour Dorante. Quant aux deux servants, Lisette et Arlequin, ils présentent toutes les caractéristiques des valets de comédie. Leur conversation sont vraiment comiques car ils exagèrent leurs manières, ils essaient de se comporter comme leurs maîtres mais bien sûr, ils n’ont pas eu la même éducation et ne savent pas comment s’y prendre.
J’ai aussi beaucoup aimé Mr Orgon et Mario. Depuis le début, ils savent qui est qui. Mais ils laissent les deux couples mariner, ils font comme si de rien était, et cela apporte un effet très ironique lorsqu’ils parlent à Silvia du fait qu’elle s’amourache d’un valet!

J’ai bien aimé l’histoire, c’est très original et divertissant. On se demande à chaque instant s’ils vont révéler leur véritable identité où s’ils vont garder leur couverture jusqu’au bout. Mais surtout, certaines situations sont tellement aberrantes qu’on ne peut qu’en rire!
J’ai aussi apprécié le fait que les deux personnages principaux, Dorante et Silvia, évoluent au fil des pages. Ils apprennent à connaître l’autre, mais aussi à se connaître eux mêmes. Etant de bonne condition, ils ne pouvaient pas imaginer un seul instant pouvoir tomber amoureux d’un simple servant. Mais à la fin de la pièce, ils se remettent tout de même en question…
Enfin, l’écriture de Marivaux m’a une nouvelle fois beaucoup plu. Le vocabulaire employé n’est pas compliqué ni « trop classique » et les répliques sont presque toujours courtes (il ne doit y avoir que 4 ou 5 répliques de plus de 8 lignes). Mais, le vrai petit plus par rapport à l’Ile des esclaves, c’est l’histoire d’amour car j’ai trouvé certaines répliques vraiment magnifiques et bien écrites.

En bref, c’était une pièce de théâtre très agréable à lire et cela m’a donné envie de découvrir d’autres œuvres de cet auteur. Je vous le conseille vivement si vous ne l’avez pas déjà lu!

Citations

Je hais la maîtresse dont je devais être l’époux, et j’aime la suivante qui ne devait trouver en moi qu’un nouveau maître.

Mon cœur est fait comme celui de tout le monde. De quoi le vôtre s’avise-t-il de n’être fait comme celui de personne ?

Nous parlions d’une physionomie qui va et qui vient ; nous disions qu’un mari porte un masque avec le monde, et une grimace avec sa femme.


Du même auteur :

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L’île des esclaves – Marivaux

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Quatrième de couverture

« Échoués à la suite d’un naufrage sur une île gouvernée par des esclaves fugitifs, une coquette et un petit-maître perdent la liberté tandis que leurs esclaves désormais affranchis deviennent maîtres et leur font subir diverses épreuves.
En 1725, c’est un monde social renversé que Marivaux donne à voir sur la scène du Théâtre-Italien : la fragilité du pouvoir peut ainsi se dévoiler, les rancœurs enfouies se libérer, et le malheur d’une condition servile s’éprouver. Mais si l’inversion est bien politique, elle est également ludique, et cette pièce sérieuse aux faux airs d’utopie est aussi une comédie : le spectateur s’y amuse aux dépens des maîtres que leurs valets caricaturent, et il rit autant des maladresses que commettent ces valets lorsqu’ils tiennent le rôle des maîtres. »

Mon avis

Au début du second semestre, j’ai été étonnée de voir que j’aurais des cours de littérature française alors que je fais une licence d’anglais… Mais j’étais tout de même pressée de découvrir ce que nous allions étudier. Lorsque le professeur nous a dit qu’on allait travailler sur le théâtre, j’ai tout suite été enchantée à l’idée de passer des heures sur des textes de Sartre (auteur dont je me sens diamétralement opposée et qui pourtant réussi toujours à me captiver avec ses écrits). Et là… c’est le drame! Au revoir Sartre, bonjour Marivaux. Et oui, nous n’irons pas plus loin que le dix-huitième siècle à mon grand malheur. La première pièce que nous devons lire est L’Île des esclaves, de Marivaux donc. C’était la première fois que je lisais une de ses pièces et c’était plutôt une bonne découverte.

Avant de vous parler de l’oeuvre en elle-même, j’aimerai aborder la préface. Dans mon édition du Livre de Poche, elle a été rédigée par Jean Goulemot. En général, quand je lis une oeuvre classique, j’évite de lire les préfaces, dossiers et autres fioritures ajoutées à l’oeuvre initiale. Mais bon, étant à la fac, je dois approfondir mes connaissances sur ces classiques, donc j’ai fait le choix, cette fois-ci, de lire la préface. Grave erreur de ma part! L’histoire y est racontée avec force détails et même la fin est dévoilée, même plus, développée. Ce fut une grande déception car après cela, je ne voyais plus l’intérêt de lire l’oeuvre, je connaissais déjà toute l’histoire…
De plus, je ne suis pas contre l’idée même d’une préface, mais quand celle-ci est rédigée par une autre personne que l’auteur, il me semble que cela a moins d’intérêt. Par exemple, dans Jane Eyre, j’ai apprécié les deux courtes préfaces rédigées par Charlotte Brontë. Mais ce que je n’aime pas, c’est quand une personne, autre que l’auteur, se permet de dire « Ici, l’auteur voulait dire que… », « Ici c’est évident que l’auteur nous fait comprendre ceci… ». Premièrement, vous n’êtes pas dans sa tête, vous n’en savez strictement rien, et deuxièmement, l’époque a changé, même en connaissant le contexte, on ne peut que s’imaginer ce qu’était la vie à ce temps-là. On ne peut pas réellement être convaincu de ce qu’un auteur voulait dire, tant que l’on a pas vécu la même expérience que lui.
Enfin bref, ce que je dis là n’est évidemment pas propre à ce livre ou à Jean Goulemot, je n’ai rien contre cet homme, d’ailleurs je ne le connais même pas. Je parle ici des préfaces en général et du fait que certaines personnes s’approprient un peu trop les grands classiques en affirmant les comprendre dans leurs moindres détails alors qu’en réalité, même en étudiant avec minutie la vie de l’auteur, on ne pourra jamais s’immiscer dans sa tête et découvrir ce que celui-ci pensait précisément au moment où il a écrit ces lignes.

Passons maintenant à l’oeuvre elle-même : Arlequin et Iphicrate sont des rescapés du naufrage de leur navire. Tandis qu’Arlequin, au début, ne sait où il se trouve, Iphicrate fait la grave erreur de lui révéler qu’ils ont échoués sur l’Île des esclaves, autrement dit, une île sur laquelle des anciens esclaves et valets, se retrouvent libres et maîtres de leurs anciens maîtres. D’ailleurs, plus que leurs maîtres ils deviennent leurs bourreaux. Arlequin y voit donc une chance pour lui de s’affranchir de l’autorité d’Iphicrate et décide donc d’abandonner ce dernier à son triste sort pendant que lui va chercher ses fameux esclaves libres pour se joindre à eux. C’est alors qu’il va tomber sur Trivelin, « chef » de cette île. Il retrouve aussi Euphrosine et sa suivante Cléanthis.
C’est sur les conseils de Trivelin que les rôles vont s’inverser. Cléanthis devient Euphrosine, Arlequin devient Iphicrate, et inversement. Cela va mener à des situations et discussions assez cocasses.

Comme je vous l’avais déjà dit dans une de mes chroniques, j’adore lire des pièces de théâtre. Donc je n’avais aucun a priori sur cette lecture. Et au final, bien que cette pièce soit très courte, on prend le temps d’apprécier les personnages, de rire de leurs comportements ou au contraire d’avoir de la compassion pour eux. J’ai bien aimé le personnage d’Arlequin, bouffon très populaire dans la Comedia dell’arte, qui ici est sûrement le personnage le plus censé de toute la pièce. Même quand il prend la place de son maître, il n’abuse pas de son pouvoir et savoure juste le fait d’être libre, contrairement à Cléanthis qui n’a qu’une seule envie : se venger. Le fait que Cléanthis soit si virulente m’a empêché de ressentir une quelconque compassion pour elle, au contraire, j’ai plutôt eu pitié d’Euphrosine à qui, il faut le dire, elle fait subir un véritable supplice.

J’ai aussi apprécié l’histoire en elle-même. Comme la pièce est très courte, on ne s’attarde pas sur des détails inutiles. Les personnages vont droit au but. On sait quelles sont leurs intentions, l’auteur n’y va pas par quatre chemins, ce qui fait qu’on a pas le temps de s’ennuyer. On se laisse porter par l’histoire, et on tourne les pages sans difficultés.

Le style de l’auteur est agréable à lire. Même si cette pièce date de 1725, le vocabulaire employé est très simple, même les « vieilles expressions » sont faciles à comprendre. J’aime aussi le fait qu’il n’y ait pas de grande tirade à la Shakespeare, car je perds souvent le fil quand un personnage parle sur une ou deux pages entières. Ici les répliques sont relativement courtes et cela nous permet de nous plonger aisément dans la pièce.

En bref, c’est une pièce de théâtre très simple et très sympathique à lire. Cela m’encourage à découvrir d’autres œuvres de cet auteur. Je sais que beaucoup de gens ont lu ce livre au lycée, mais si vous ne l’avez pas fait, je vous encourage vivement à le découvrir!

Citations

Dans le pays d’Athènes j’étais ton esclave, tu me traitais comme un pauvre animal, et tu disais que cela était juste, parce que tu étais le plus fort : eh bien, Iphicrate, tu vas trouver ici plus fort que toi : on va te faire esclave à ton tour ; on te dira aussi que cela est juste, et nous verrons ce que tu penseras de cette justice là, tu m’en diras ton sentiment, je t’attends là.

Nous ne nous vengeons plus de vous, nous vous corrigeons, ce n’est plus votre vie que nous poursuivons, c’est la barbarie de vos cœurs que nous voulons détruire ; nous vous jetons dans l’esclavage pour vous rendre sensibles aux maux qu’on y éprouve ; nous vous humilions, afin que, nous trouvant superbes, vous vous reprochiez de l’avoir été.

Ne persécute point une infortunée, parce que tu peux la persécuter impunément. Voix l’extrémité où je suis réduire ; et si tu n’as point d’égard au rang que je tenais dans le monde, à ma naissance, à mon éducation, du moins que mes disgrâces, que mon esclavage que ma douleur t’attendrissent. Tu peux ici m’outrager autant que tu le voudras ; je suis sans asile et sans défense, je n’ai que mon désespoir pour tout secours, j’ai besoin de la compassion de tout le monde, de la tienne même, Arlequin ; voilà l’état où je suis, ne le trouves-tu pas assez misérable ? Tu es devenu libre et heureux, cela doit-il te rendre méchant ? Je n’ai pas la force de t’en dire davantage ; je ne t’ai jamais fait de mal, n’ajoute rien à celui que je souffre.


Du même auteur :

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A Midsummer Night’s Dream – Shakespeare

Couverture Le Songe d'une nuit d'été

Résumé :

« À l’heure où les elfes s’éveillent, les humains s’endorment, et il est demandé au spectateur, victime consentante, de croire à la communication improbable de ces deux mondes. Les uns habitent la cité, régie par une loi anti-naturelle et imposée ; les autres demeurent au plus profond des bois, lieu où les lois irrationnelles de l’amour ont libre cours. Thésée juge les amoureux, Obéron les réconcilie grâce à un philtre d’amour qui, tel une encre magique, engendre dans le coeur des amants, comme dans l’intrigue, des bouleversements baroques. »

Mon avis :

Dans le cadre de mes études, j’ai étudié deux passages de cette pièce de théâtre. Pour mieux comprendre l’histoire je me suis dit que ce serait une bonne idée de lire l’oeuvre intégrale afin d’en comprendre toutes les subtilités. Eh bien c’est chose faite et je dois dire que ce fut une expérience assez plaisante. Ah oui, je dois vous préciser aussi que c’était ma première lecture de Shakespeare.
J’aime beaucoup lire des pièces de théâtre. J’ai toujours aimé celles que j’ai lu. Celle-ci ne dérogeant pas à la règle ! Je l’ai lu en anglais, mais j’avais choisi une édition bilingue, ce qui fait que pour certains mots ou expressions j’avais la traduction directement sous les yeux, c’était plus simple.

La pièce débute à quelques heures du mariage de Theseus et Hippolyta. Les deux futurs mariés parlent de la cérémonie quand un homme, Egeus, arrive en trombe et se plaint auprès de Theseus, que sa fille Hermia veut offrir son cœur à un certain Lysander alors que lui l’avait pré-destiné à Demetrius. Hermia se retrouve donc dans une situation délicate, elle est aimée par deux hommes et doit en plus faire son choix en fonction du souhait de son père.
Nous découvrons par la suite la jeune Helena, qui est amoureuse de Demetrius mais qui n’est pas aimée en retour. C’est là tout le paradoxe de la pièce puisqu’on sait qu’Helena était en réalité si belle que c’est à cause d’elle qu’a eu lieu la guerre de Troie…

We must starve our sight
From lover’s food till morrow deep midnight.

Au cours de la pièce nous découvrons aussi Oberon et Titania (le roi et la reine des fées) qui sont en pleine dispute conjugale à cause d’un petit garçon « adopté ».
Les autres personnages tenant une assez grande importance dans la pièce sont les ouvriers, dont Bottom, et le serviteur d’Obéron, Puck (un petit être assez malicieux).

Presque tous les personnages sont donc dans une situation amoureuse assez catastrophique. Oberon, en fin stratège, décide d’utiliser une potion d’amour pour que sa femme tombe éperdument amoureuse de quelqu’un d’autre et qu’elle n’ait plus aucun intérêt à garder le petit garçon, ainsi il pourra le récupérer. Mais, ayant surpris une conversation entre Demetrius et Helena, il demande à son serviteur d’utiliser la potion sur le jeune homme afin qu’il tombe amoureux d’elle. Evidemment, Puck va se tromper de personne et c’est là que tous les personnages tombent dans une confusion extrême où les couples d’avant ne sont plus et où Helena, rejetée par celui qu’elle aime, est courtisée par deux hommes à la fois.

Maidens call it Love-in-idleness.
Fetch me that flower : the herb I show’d thee once.
The juice of it, on sleeping eyelids laid,
Will make or man or woman madly dote
Upon the next live creature that it sees.

L’histoire en elle-même m’a bien plu. C’est saugrenue, il y a beaucoup de rebondissements et certaines répliques sont assez drôles. Je pensais que, étant donné que c’est du Shakespeare et donc du classique, la pièce allait être trop lourde, écrite en langage trop soutenu et que les personnages seraient ennuyant à mourir. Mais pas du tout. D’ailleurs, les ouvriers comme Bottom ou Quince apporte un peu de légèreté à la pièce car il arrive qu’ils ne s’expriment pas en vers mais en prose.

En ce qui concerne les protagonistes, on s’attache assez facilement aux jeunes amoureux, Hermia et Lysander. J’ai eu un peu plus de mal avec Demetrius et surtout avec Helena car elle passe clairement trois actes à se plaindre de sa situation. Quand elle dit à Demetrius qu’elle préfèrerait être tuée de sa main plutôt que de vivre en sachant qu’il ne l’aime pas, je n’ai eu qu’une envie, c’est qu’il le fasse, au moins on ne la verrait plus gémir comme cela!

I’ll follow thee and make a heaven of hell,
To die upon the hand I love so well.

Puck m’a bien fait rire aussi. Il n’y a pas de description physique de lui, mais je me l’imaginais comme un petit lutin irlandais malicieux! D’ailleurs, quand il jette un sort à Bottom, en lui donnant une tête d’âne, on comprend qu’il le fait rien que pour sa propre satisfaction et son propre divertissement. Sacré lutin!

Enfin, pour la compréhension de l’anglais, je dirais que ce livre est assez hétérogène. C’est-à-dire que certaines parties sont écrit en langage courant, avec des mots très faciles et donc il n’y a aucunes difficultés. Par contre, certains passages, et surtout les grandes tirades, sont écrites en vieil anglais, avec des expressions et mots totalement désuets ce qui fait qu’un petit coup d’œil à la traduction m’a été nécessaire. Le vocabulaire bucolique est aussi assez présent, donc si on ne connaît pas les noms de plantes aromatiques ou de certains oiseaux on ne comprend pas la référence. Mais en général le livre est assez compréhensible. On arrive à comprendre le gros de l’histoire même sans être vraiment concentré sur notre lecture.

Note : 15/20

Theseus
I wonder, if the lion be to speak.
Demetrius
No wonder, my Lord, one lion may, when many asses do.


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