Papillon de nuit – R.J. Ellory

par alltimereadings

Résumé :

« Assassinat de Kennedy, guerre du Vietnam, luttes pour les droits civiques, Ku Klux Klan : c’est dans cette Amérique en crise des sixties que Daniel Ford a grandi. Et c’est là, en Caroline du Sud, qu’il a été accusé d’avoir tué Nathan Verney, son meilleur ami.
1982. Daniel est dans le couloir de la mort. Peu de temps avant son exécution, un prêtre vient recueillir ses dernières confessions. Bien vite, il apparaît que les choses sont loin d’être aussi simples qu’elles en ont l’air. Papillon ne nuit, premier roman publié de R. J. Ellory, nous emporte là où rodent la folie et le complot. »

Mon avis :

Je remercie chaleureusement le Livre de Poche pour l’envoi de ce livre!

Papillon de nuit m’avait tapé dans l’œil il y a déjà un petit bout de temps. Evidemment, un livre dont le résumé débute par « Assassinat de Kennedy » ne peut que m’intéresser et m’intriguer. De plus, je ne voyais que des chroniques positives! Alors quand je l’ai vu dans la sélection de février pour les partenariats du Livre de Poche, je n’ai pas hésité une seule seconde. C’était sûrement l’une des plus belles décisions de ma vie.

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A quinze kilomètres au sud du trente-troisième parallèle nord, entre la rivière Trinity et le triple passage souterrain de Dallas… et c’était Dealey Plaza, le site du premier temple maçonnique de Dallas. Avant, cet endroit s’appelait Bloody Elm Street, et c’est là qu’ils ont amené le roi de Camelot, John Fitzgerald Kennedy, et qu’ils l’ont sacrifié.

Daniel Ford va mourir. Dans quelques semaines, il sera exécuté dans une prison miteuse de Caroline du Sud pour un crime qu’il n’a pas commis. On l’accuse d’avoir tué un jeune noir, Nathan Verney. C’est totalement absurde. Même avec toute la volonté du monde, Danny n’aurait jamais tué personne et encore moins Nathan, son meilleur ami depuis ses six ans. Dans l’Amérique des années 60, leur amitié dérangeait. Rendez vous compte, un petit blanc qui ne quittait pas d’une semelle un nègre. Mais les deux enfants n’avaient que faire des préjugés raciaux de leur époque et un simple sandwich au jambon cuit va les lier d’une amitié indescriptible. Ensemble, ils vont traverser des moments de joie, d’effroi, de peine et les grands événements de leur siècle : l’assassinat de Kennedy – John puis Bobby -, celui de Martin Luther King et surtout le conflit au Vietnam. Cette guerre qui, à peu de choses près, aurait pu mettre un terme à leur amitié. Mais plus les épreuves s’avéraient difficiles, plus leur amitié se renforçait. Jusqu’au jour au Nathan Verney est retrouvé mort. Après une dizaine d’années en prison, on communique à Daniel sa date d’exécution. C’est le début d’un long travail de deuil. Le deuil de Nathan, d’une génération perdue, de lui-même et de ses souvenirs.

De six à vingt-quatre ans, nous avons vécu des vies parallèles, et si l’un ou l’autre partait de temps en temps à droite ou à gauche, ou alors marquait une pause, ralentissait, ou manquait un pas, nous finissions toujours par nous retrouver un peu plus loin. A vrai dire, j’aurais eu du mal à me créer une vie après la mort de Nathan.

Je vais avoir du mal à faire cette chronique car ce livre m’a littéralement laissé sans voix. J’ai été bluffée, scotchée, époustouflée… Tout est parfait, du début à la fin, je n’ai pas trouvé un seul point négatif. Même en cherchant la petite bête je ne trouve rien. Que ce soit les personnages, l’histoire ou le style d’écriture, il n’y a rien à changer, tout est littéralement parfait. Et pour être honnête, je ressors de cette lecture quelque peu changée.

Commençons donc par les personnages. Daniel Ford est aussi attachant qu’émouvant. On sait qu’il se retrouve en prison pour un crime qu’il n’a pas commis et surtout, qu’il va mourir sur la chaise électrique à cause de cela. C’est révoltant. A chaque page tournée, on espère un rebondissement, on espère un appel du gouverneur qui annulera ou au pire retardera l’exécution. On est obligé de ressentir de la compassion pour ce personnage. Comme s’il était réel, comme si toute l’affection qu’on lui porte pouvait traverser le papier et le toucher en plein coeur. C’est assez impressionnant de la part de R.J. Ellory car en lisant Papillon de nuit, j’avais le sentiment que tout ceci était réel, que cette affaire sordide s’était vraiment déroulée et que Danny allait véritablement mourir. Mais je reviendrais sur cet aspect plus tard. Revenons donc à Daniel Ford. C’est lui le narrateur, c’est lui qui nous rend compte des tenants et des aboutissants de cette injustice. Mais le plus important est qu’il nous raconte toute son histoire avec Nathan, de leur six ans jusqu’à la mort de ce dernier. Rien n’est omis. On sait comment ils se sont rencontrés, comment ils sont devenus amis, toutes les épreuves auxquelles ils ont du faire face ensemble. Et il faut bien le dire, leur amitié est extraordinaire, vraiment touchante. A leur époque, une amitié inter-raciale n’était pas chose aisée, et pourtant rien ne semblait plus naturel. Ils étaient fait pour être amis. Le lecteur peut même avoir l’impression de faire partie de cette amitié, on partage tout avec eux. Alors quand Nathan se fait tuer, je crois qu’on ressent presque autant de colère que Danny. Car Nathan est un personnage fort sympathique mais aussi émouvant. Que ce soit au restaurant, dans la rue, au bar, il est la cible d’un racisme abjecte. Pourtant il ne demande rien à personne. Je me suis beaucoup attaché à ce personnage et je dois bien avouer que j’ai versé ma petite larme quand il est mort.
Ce livre nous présente beaucoup de personnages et il serait trop long de tous les détailler. Pour parler des principaux, je dirais que Caroline et Linny m’ont un peu dérouté, Eve Chantry m’a attendri, tout comme Mr Timmons. Quant à Mr West, il n’y a pas grand chose à dire sur lui mise à part que c’est un connard fini. Désolé pour l’expression, mais vous verrez, si vous lisez ce livre, que ce personnage n’est qu’un prétexte pour déverser toute la haine que l’on a accumulé au cours de notre lecture.

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Passons maintenant à l’histoire. J’ai tout simplement adoré découvrir l’amitié entre un jeune blanc et un jeune noir dans les années 60. On parle souvent de la ségrégation et du mouvement pour les droits civiques dans les livres. En revanche, c’est la première fois que je découvre une histoire telle que celle-ci. Certes, le racisme est présent. Mais lorsque les deux enfants deviennent amis, il n’est aucunement question de race. Ils s’apprécient et c’est tout. Ici c’est leur amitié qui est accentuée avant tout le reste. J’ai vraiment adoré les suivre dans leurs aventures. Puis vient le jour où tout bascule. En parallèle de cette histoire d’amitié, Danny nous parle de sa vie en prison. Des gardiens, des autres détenus, de son transfert dans le couloir de la mort, et de sa préparation. Sa préparation à mourir. Rencontrer un prêtre, subir des examens médicaux pour s’assurer qu’il est assez en forme pour mourir, se faire raser la tête pour que le courant passe mieux lorsqu’il sera sur la chaise. Bref, nous vivons les dernières heures d’un homme. Et bon dieu ça prend aux tripes. Je n’ai jamais ressenti ça au cours d’une lecture. Je me sentais oppressée, j’avais le souffle court, j’avais l’impression d’être avec Danny et que j’allais m’asseoir à ses côtés sur la chaise électrique. C’est vraiment morbide ce que je dis, mais je vous assure que c’était une lecture très intense. J’ai refermé ce livre profondément bouleversée. J’imagine que c’est ce qu’on doit ressentir après avoir lu un chef d’oeuvre.

Je sais que tu n’as pas tué Nathan, disaient ses yeux. Je sais que tu n’as pas tué Nathan, que tu ne devrais pas être ici, et que ce qu’ils te font est mal… mais je ne peux rien pour toi. Personne ne peut plus t’aider hormis le gouverneur ou le Seigneur Jésus.

Car oui, c’est un chef d’oeuvre. R.J. Ellory a un talent immense. Comme je le disais un peu plus haut, il rend son livre terriblement réel. On n’arrive plus à détacher la fiction de la réalité. Et ce pour une raison toute simple : le contexte. Les aventures de Daniel et Nathan se déroulent dans les années 60 et rien n’est omis. Kennedy élu Président, la Baie des Cochons, la Crise des missiles de Cuba, Kennedy assassiné, les thèses complotistes, les assassinats de Bobby Kennedy, de Martin Luther King, de Malcolm X, la guerre du Vietnam et tous ces jeunes hommes sacrifiés pour une cause perdue. Bref, l’intrigue est ancrée dans un contexte si réel qu’il est difficile de se dire que tout ceci n’est pas réellement arrivé. C’est juste bluffant. Tout comme l’habilité de l’auteur à nous transmettre des émotions au travers de son récit. Je ne compte même pas le nombre de fois où j’ai pleuré pendant cette lecture! Les moments qui m’ont le plus touché ont été la mort de JFK et bien évidemment la fin du roman. Les 100 dernières pages sont très éprouvantes émotionnellement. Gardez un paquet de mouchoirs à côté de vous, on ne sait jamais. D’ailleurs, mettez vous à l’aise, quand vous atteignez ces 100 dernières pages car vous ne pourrez pas refermer ce livre avant la toute fin, je vous l’assure.

Je crois que je me suis accroché à cet enfant, à l’innocence émerveillée, à la foi en l’humanité, à la certitude que les gens étaient fondamentalement bien intentionnés, et qu’au bout du compte ils opteraient toujours pour le bien, la justice et l’équité. En février, j’ai appris que ce n’était pas le cas.

En résumé, je suis époustouflée par cette lecture. La plume de l’auteur est tout simplement extraordinaire, même addictive. L’intrigue, s’inscrivant dans un contexte historique parfaitement décrit, nous fait passer du rire aux larmes grâce à des personnages aussi sympathiques que touchants. Les 500 pages de ce livre passe à une vitesse folle dans la mesure où on peine à refermer ce livre une fois la lecture débutée. On veut toujours en savoir plus sur les deux amis et sur les événements tragiques qui ont mené Danny dans le couloir de la mort. C’est vraiment un carton plein pour moi. Je n’ai aucun point négatif à formuler. Même la première de couverture est attirante! Non vraiment, c’est un chef d’oeuvre que je conseille à tous.

Note : 20/20
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Les gens erraient dans les rues, brisés comme des poupées de paille. Je crois que je ne m’étais jamais vraiment rendu compte à quel point Greenleaf était divisée. Le chemin que j’avais si souvent emprunté avec Nathan Verney pour aller au lac était en fait la ligne de démarcation entre Blancs et gens de couleur. […] Mais ce jour-là, c’était différent.
Kennedy avait un jour dit : Il n’y a pas de stèles blanches ou de couleur dans les cimetières militaires.
Et c’était l’impression qu’on avait ce 22 novembre. Aucune division entre Blancs et Noirs dans notre chagrin.

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