Churchill m’a menti – Caroline Grimm

par alltimereadings

Couverture Churchill m'a menti

Résumé :

« C’est une histoire vraie et oubliée. Celle de l’île de Jersey, abandonnée par Churchill en juin 1940, envahie par les Allemands deux mois plus tard. Comment vont survivre les habitants de l’île livrés à l’ennemi ? Pour qui les nazis font-ils construire les seuls camps de concentration de l’Europe de l’Ouest ? Des centaines de Français y seront déportés. Pourquoi Churchill n’en a-t-il jamais parlé ? Ces années de lutte, l’auteur les raconte en suivant le quotidien palpitant de personnages qui n’ont eu d’autres choix que de collaborer avec l’occupant ou de résister. Un roman poignant sur un chapitre ignoré de la Seconde Guerre mondiale. »

Mon avis :

Je tiens tout d’abord à remercier Le Livre de poche pour l’envoi de ce livre! Je les remercie également pour avoir glissé un second livre dans l’enveloppe (chronique à venir…), c’était une très bonne surprise!

Il y a encore quelques années, je ne savais pas que les îles anglo-normandes avaient été occupées par les allemands pendant la Seconde Guerre Mondiale. Pourtant, ce n’est pas faute de regarder des reportages et de lire un tas de livres sur cette période qui m’intéresse tout particulièrement. C’est grâce au livre Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates que j’en avais appris plus. Si ce livre traitait de Guernesey, Churchill m’a menti de Caroline Grimm se passe à Jersey et Aurigny. Dans ce roman, plusieurs personnages nous livrent leur vision de la guerre, de la jeune adolescente qui va subir les conséquences de l’occupation dès les premières secondes au vieux pêcheur qui préfère fuir plutôt que d’affronter cette dure réalité. Je dois dire que j’ai été vraiment bouleversée pendant cette lecture…

De tous côtés des cris de douleur, des cris de peur, des yeux agrandis par la terreur et la souffrance. C’est donc ça, la guerre. C’est donc ça, l’enfer.

En juin 1940, lors de la Battle of Flowers, un carnaval organisé sur l’île de Jersey, les éclats d’obus viennent se mêler aux pétales de fleurs en début d’après-midi. Les allemands arrivent. Ils ne sont même pas ralentis par une quelconque résistance. En effet, Churchill avait décidé de démilitariser les îles anglo-normandes puisqu’elles ne présentaient aucune intérêt stratégique, elles n’étaient donc pas en danger. Mais le Vieux Lion avait tort. Et voilà que les habitants de Jersey doivent du jour au lendemain cohabiter avec un ennemi qui met en place sa dictature nazie. Les juifs se cachent ou fuient pendant que certains collaborent, d’autres jouent un double-jeu. Bref, on retrouve sur Jersey tout ce qu’on pouvait voir dans la France occupée par exemple mais… en pire. Jersey étant une île, une petite île, se cacher était très difficile. Fuir était presque impossible avec tous les soldats allemands qui surveillaient la côte. Les habitants n’avaient d’autre choix que de subir. Churchill m’a menti est ponctué par l’horreur, la mort, l’enfer et le résultat est aussi poignant qu’époustouflant.

J’ai particulièrement aimé ce livre car il nous fait découvrir l’occupation allemande du point de vue de plusieurs personnages. Si on s’attache immédiatement à certains comme Victoire Le Gallais ou le Capitaine Richardson, on est assez choqué par d’autres comme Emma Landry ou Pepe Jim. Mais en quatre ans d’occupation, tous ces personnages vont évoluer et on se surprend à ressentir de la sympathie pour le personnage qui semblait le plus détestable au début du roman…

Victoire Le Gallais est sûrement LE personnage principal du livre. Du moins, c’est son histoire qui m’a le plus marqué lors de ma lecture. Elle n’a que 14 ans en 1940. Ce n’est encore qu’une adolescente innocente qui vit avec sa mère et son frère. Dans les premières pages, Victoire nous apparaît comme une jeune fille plutôt joyeuse et un peu candide. Pourtant, dès les premiers jours de l’occupation, on se rend compte qu’elle est bien plus forte que ce que l’on pensait. Si sa mère craque, elle, elle tient bon. Elle a les nerfs solides. Elle ne compte pas se laisser faire, elle est prête à tout pour sauver ses amis juifs par exemple. Mais comme on peut s’en douter, résister à l’occupant n’est pas chose aisée et Victoire va subir d’innombrables épreuves pendant ces années infernales. Ce personnage m’a vraiment touchée pour la simple et bonne raison que c’est d’elle dont je me sens le plus proche. C’est le fait qu’elle soit jeune, qu’elle soit encore une « enfant » qui m’a permis de m’identifier plus facilement à elle. Et en lisant son histoire je m’imaginais à sa place, je me disais que si tout ça m’était arrivé je n’aurais pas eu le quart de sa force ni de son courage.

J’ai compris, mon monde se divise en deux dorénavant, ceux qui baisse la tête, prêts à tout pour « s’arranger », ceux aux yeux de qui la mort de mon frère ne compte pas, et les autres.

Je ne pourrais pas vous parler de tous les protagonistes en détail, ce serait beaucoup trop long. Pour faire court, j’ai eu eu de bonnes et de mauvaises surprises quant à l’évolution de certains personnages. Je ne vous dévoilerai bien sûr pas la fin, mais je peux vous assurer que vous allez être surpris par Emma Landry, cette femme très snob qui me fait penser à Jeannine Schwartz de la série Un Village Français, pour ceux qui connaissent! Je l’imaginais vraiment hautaine, méprisante et mes poils se dressaient quand elle disait des choses du genre « La vie est plus amusante [depuis que les allemands sont là] ». Diane et James Fitzgerald m’ont eux aussi fait penser à des personnages de cette série : Alban et Geneviève. Ils n’aiment pas les allemands mais ils sont bien obligés de les supporter car un membre de leur famille est un éminent collaborateur. Diane m’a particulièrement émue. Enfin, en ce qui concerne Pepe Jim j’ai été vraiment déçue, vraiment écœurée par son comportement… Il a clairement choisi la solution de facilité.

On ne peut pas ressortir indemne de cette lecture. Toutes ces horreurs ont vraiment existé et elles sont très bien décrites dans le livre. L’auteur ne cherche pas à rendre la lecture moins dure. Alors certes, il y a certaines scènes assez crues, mais c’était ça la guerre. Je pense que c’est le gros point fort de ce livre, Caroline Grimm n’atténue pas la dure réalité, elle nous l’expose franchement. Après la lecture de Churchill m’a menti, on est clairement révolté quand on se dit que les livres d’histoire oublient de mentionner l’occupation des îles anglo-normandes. Que dire alors du camp de juif sur l’île d’Aurigny ? J’ai été vraiment choquée quand j’ai appris via ce livre qu’un camp avait existé en Europe de l’Ouest, à seulement quelques kilomètres des côtes françaises. Je ne l’aurais sûrement jamais su si Caroline Grimm n’avait pas écrit ce livre. Elle l’a d’ailleurs pas écrit par hasard : son grand-oncle a été déporté là-bas. On ne peut qu’imaginer à quel point elle a du être bouleversée quand elle a appris ce qui lui était arrivé… c’est encore plus poignant. J’ai aussi beaucoup apprécié toutes les petites notes historiques glissées dans le roman, ça nous aide à bien comprendre tous les faits.

En ce qui concerne le style d’écriture de l’auteur, je l’ai trouvé très fluide, très agréable à lire. J’ai apprécié également l’effort qu’elle a fait pour Victoire. En effet la jeune fille a une façon de parler assez bourrue, ça fait un peu cliché « campagnard pauvre », certes, mais beaucoup parlaient comme ça à l’époque. Ça aurait été dommage de la faire parler comme une fille du XXIe siècle! Je trouve que ça nous aide à nous plonger dans le contexte.
En revanche il y a un tout petit quelque chose qui m’a dérangé. Ce n’est pas grand chose et c’est… « dans l’air du temps ». Je parle bien sûr des scènes un peu olé olé! Honnêtement, je trouve que ça n’apporte absolument rien et j’en ai assez de lire ce genre de scènes dans un grand nombre de livres. Mais bon, ce n’est qu’un petit détail.

Je n’ai pas peur pour moi. Je n’ai pas peur de mourir, au pire il n’y a rien, au mieux j’irai rejoindre mon frère et peut-être mon père. 

L’autre petit point négatif que j’ai trouvé dans ce livre, c’est la présence de Nathalie Goldman. Ce personnage symbolise, à mon avis, Caroline Grimm. C’est-à-dire que c’est une auteure qui écrit un livre sur l’occupation de Jersey. Elle se rend là-bas afin de rencontrer certaines personnes qui en ont été les victimes directes. Honnêtement, j’ai trouvé sa présence un peu inutile. Elle n’est la narratrice que dans peu de chapitres et si elle n’avait pas été là, je n’aurais pas vu la différence! Cela ne m’a pas gâché ma lecture mais j’ai eu l’impression que ça cassait un peu le rythme du roman.

En résumé, voici un livre que je vous conseille fortement, surtout si vous vous intéressez à l’histoire. Vous apprendrez beaucoup de choses. Mais vous allez aussi être bouleversés par toutes les histoires poignantes que vous lirez. Les petits points négatifs que j’ai trouvé ne m’ont pas empêchés d’avoir un petit coup de coeur pour ce livre. Merci encore au Livre de Poche de m’avoir permis de découvrir cette petite pépite.

Note : 18/20

Je n’ai pas le droit d’avoir peur, mon devoir est de protéger une famille. En une année j’ai pris cent ans d’âge. C’est la réalité de ma vie sur terre maintenant. 

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