Paroles de Poilus, Lettres et carnets du front (1914-1918)

par alltimereadings

Couverture Paroles de Poilus

Résumé :

« Ils avaient dix-sept ou vingt-cinq ans. Se prénommaient Gaston, Louis, René. Ils étaient palefreniers, boulangers, colporteurs, bourgeois ou ouvriers. Ils devinrent soudainement artilleurs, fantassins, brancardiers… Voyageurs sans bagage, ils durent quitter leurs femmes et leurs enfants et revêtir l’uniforme mal coupé, chausser les godillots cloutés… Sur huit millions de mobilisés entre 1914 et 1918, plus de deux millions de jeunes hommes ne revirent jamais le clocher de leur village natal. Plus de quatre millions subirent de graves blessures.. Huit mille personnes ont répondu à l’appel de Radio France visant à collecter les lettres, jusqu’ici éparpillées, de ces Poilus. Cet ouvrage en présente une centaine. Des mots écrits dans la boue et qui n’ont pas vieilli d’un jour. Des mots déchirants, qui devraient inciter les générations futures au devoir de mémoire, au devoir de vigilance comme au devoir d’humanité. »

Mon avis :

Il y a cent ans, notre pays était au cœur d’une guerre qui fera deux millions de victimes du côté français. Lire les lettres et carnets écrits par les poilus au sein même des tranchées est essentiel pour le devoir de mémoire mais aussi pour se rendre compte de ce qu’était réellement leur calvaire.

J’ai été vraiment très touchée par cette lecture et j’ai même versé quelques larmes.

Tout au long de ma lecture je me suis demandée ce que j’allais bien pouvoir raconter dans cette chronique car le titre du livre se suffit à lui-même. On sait ce qu’on va lire, on sait que cela va être poignant et que nous ne ressortirons pas indemne de cette lecture.

Beaucoup des lettres présentes dans ce recueil ont été rédigées par des soldats morts pendant la guerre et dans les années 20 à cause des séquelles de cette guerre. C’est d’autant plus émouvant de lire une lettre et de savoir que deux jours après, cette personne était morte d’un éclat d’obus dans le cœur. D’ailleurs, je trouve ce livre très bien fait car pour la plupart des lettres, on a quelques lignes de description de l’auteur : son nom, son métier, s’il était marié, mais aussi comment et quand il est mort.

Ce que j’ai également beaucoup aimé dans ce livre est qu’il y avait des soldats de lettres allemands. Et on constate qu’il n’y a pas tant de différences en réalité entre les lettres des soldats « ennemis ». Français et allemands ne voulaient pas de cette guerre et le faisaient bien savoir à leur famille au travers de leurs écrits.

La lettre qui m’a vraiment émue aux larmes est celle de Jean Blanchard, qui fait partie des « martyrs de Vingré », ces soldats qui ont été fusillés à tort le 4 décembre 1914 pour abandon de poste et pour avoir soi-disant reculé devant l’ennemi. Ces six soldats ont été réhabilités par la suite, mais évidemment, le mal était fait. Cette lettre présente donc les adieux d’un mari à sa femme. Et on sent bien dans sa lettre qu’il souffre, non pas de cette injustice qui va le faire fusiller, mais au fait que la « honte de son abandon de poste » se répercute sur sa femme, sur sa famille. Cette lettre de trois pages est vraiment magnifique et nous pousse à réfléchir sur les agissements des chefs de guerre à l’époque de la première guerre mondiale.

Une des autres lettres que j’ai trouvé particulièrement émouvante est celle d’un certain « Jacque ». Il ne sait pas écrire, enfin du moins il ne connaît pas l’orthographe, la grammaire, la conjugaison, ce qui était monnaie courante à cette époque. Cependant, il écrit à sa famille pour leur donner de ses nouvelles. Je n’imagine même pas les difficultés qu’a rencontré cette homme pour écrire ces quelques mots, non seulement il était sous le feu des balles et des obus, mais en plus il s’applique à écrire des lettres, ce qui devait lui demander un gros effort et une grande concentration, pour que sa femme ne s’inquiète pas inutilement.

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J’ai choisi de vous parler de ces deux lettres en particulier car ce sont celles qui m’ont vraiment fait pleurer. Toutes les autres sont bien évidemment magnifiques. Elles décrivent l’horreur de la guerre, nous permettent de comprendre un peu mieux ce que les Poilus ont vécus. Certaines sont pleines de détails macabres et on se demande même comment les soldats qui ont survécus ne sont pas tous devenus fous après ce qu’ils avaient pu voir, l’horreur de la guerre, leurs amis tombés morts dans leur bras, les blessures toutes plus graves les unes que les autres.

Bref, vous l’aurez compris j’ai beaucoup aimé cette lecture et je vous la conseille grandement. Je pense même que ce livre devrait être lu au collège ou au lycée pour perpétuer notre devoir de mémoire.

Pour finir cette chronique, je vous propose ces quelques citations car après tout, la guerre, ce sont nos soldats qui en parlent le mieux :

Je veux après la guerre, si mon étoile me préserve, avoir la satisfaction d’avoir fait mon devoir, et le maximum de mon devoir. Je veux que personne ne puisse me contester le titre de Français, de vrai et de bon Français.

Que c’est intéressant la guerre ! On peut être fier de la civilisation.

J’étais l’autre jour dans les tranchées. Je n’ai jamais rien vu de si terrible. Ils avaient étayé leurs tranchées avec des morts recouverts de terre, mais, avec la pluie, la terre s’éboule et tu vois sortir une main ou un pied, noirs et gonflés. Il y avait même deux grandes bottes qui sortaient dans la tranchée, la pointe en l’air, juste à hauteur comme des portes manteaux. Et les « joyeux » y suspendaient leurs musettes, et on rigole de se servir d’un cadavre boche comme porte-manteau.

Que d’horribles blessures ! L’un a le poumon qui sort et il ne se plaint pas, l’autre a des débris de cerveau sur son cou et ses épaules et il veut marcher.

Je ne ferai rien pour disparaître, je n’ai pas le sang d’un héros. J’ai même comme un frisson quand la mort me frôle de trop près et, machinalement je fais ce qu’on appelle son devoir. Je suis un de ces millions d’anonymes qui forment l’instrument pour forger une page sanglante de notre histoire. Cette époque sera bâtie avec beaucoup d’héroïsme, de tristesse et de lâcheté.

Note : 20/20

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