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"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux." – Jules Renard

Tome 03 : Tintin en Amérique – Hergé

Couverture Les aventures de Tintin, tome 03 : Tintin en Amérique

Résumé :

« L’histoire se passe aux États-Unis à l’époque de la Prohibition. Tintin arrivé à Chicago juste après son voyage au Congo où il avait démantelé un trafic de diamants organisé par Al Capone. Tintin est enlevé par ce dernier dès son arrivée. »

Mon avis :

Comme je vous l’avais dit dans mon article sur Tintin au Congo, je me suis lancée dans la relecture des aventures du jeune reporter. J’avais été un peu déçue lors de ma relecture du deuxième tome, car je ne retrouvais pas ce « petit quelque chose » qui m’avait tant fait rêvé quand j’étais enfant. Il semblerait que j’ai un regard plus adulte sur ces bandes-dessinées et donc forcément plus critique. Le schéma s’est répété pour Tintin en Amérique : si ce tome m’a fait passé un moment de lecture plutôt agréable, plusieurs éléments m’ont malheureusement dérangés.

Dans ce nouvel épisode des aventures de Tintin, le jeune reporter belge se retrouve à Chicago, ville dans laquelle sévit de puissantes organisations criminelles. Souvenez vous, lors de son escapade au Congo, Tintin avait permis le démantèlement d’un trafic de diamant. Or, ce trafic était orchestré par nul autre que le terrible Al Capone, génie de la mafia. Ce bandit, n’étant pas réputé pour sa clémence, ordonne l’enlèvement de Tintin dès son arrivée sur le sol américain. Si le reporter se laisse prendre au piège, il trouve rapidement un moyen de s’échapper. Il décide alors de traquer son ravisseur. S’en suit de nombreuses aventures qui vont l’amener à rencontrer de dangereux criminels, des Peaux-Rouges ou encore de vrais cow-boys. Avec toutes les menaces qui pèsent sur sa vie, Tintin sortira-t-il indemne de ce périple au pays de l’Oncle Sam ?

Le voilà, ce fameux reporter ! Et c’est ce petit freluquet-là qui voulait s’attaquer à moi, le roi des bandits de Chicago ?

J’avais lu cette bande-dessinée il y a quelques années mais visiblement, je ne m’en souvenais plus très bien ! Je savais que Tintin faisait face à la mafia et qu’il allait rencontrer des indiens, mais je ne me rappelais pas des petits détails comme par exemple… la présence d’Al Capone. Certes quand j’étais petite je ne m’intéressais pas encore à l’histoire de la mafia aux Etats-Unis, donc cela ne m’a pas forcément marqué! Le problème est que, autant je trouve que l’histoire de Lucky Luciano ou de Sam Giancana est captivante, autant Al Capone ne m’intéresse absolument pas. Je ne saurais pas trop comment l’expliquer, c’est comme ça, je ne l’aime pas! Donc quand j’ai lu les premières pages de Tintin en Amérique et que j’ai vu que le gangster avait une grosse balafre sur la joue… j’étais déçue. Je trouve ça dommage qu’Hergé ait utilisé un personnage qui a réellement existé. C’est bien qu’il s’inspire du contexte historique, comme dans Tintin au pays des Soviets. Et même, s’il n’avait fait que citer le nom de ce cher Alphonse, j’aurais dit pourquoi pas! Mais que Tintin le rencontre en personne… ce n’est pas terrible. Quand on connaît la réalité historique, quand on sait qui était Al Capone, on sait que Tintin n’aurait jamais pu sortir vivant de cette situation. Alors oui, c’est une fiction. Oui, Tintin est très malin. Mais il y a déjà tellement de situations aberrantes qu’il serait souhaitable que les personnages secondaires soient un minimum cohérents.

En relisant Tintin au Congo, j’avais été choqué par certains propos ou par certaines scènes. Entre les allusions racistes et le braconnage, j’avoue que j’aurai préféré retrouvé la naïveté de mon enfance car Tintin devenait un personnage détestable à mes yeux. Malheureusement, Tintin en Amérique m’a fait revivre cette désagréable sensation. Je crois que ce qui m’a le plus dérangé, c’est la scène où Tintin et Milou s’apprêtent à rencontrer des Peaux-Rouges.

Mais… mais… On ne va tout de même pas aller chez les Peaux-Rouges, dis, Tintin ?…

Ou plus loin :

S’ils se figurent que je vais adresser la parole à des chiens de peaux rouges !…

Lorsqu’on les voit, ces indiens d’Amérique, ils nous apparaissent comme des sauvages et comme des êtres naïfs prêts à croire tout ce qu’un « visage pâle » leur dit. Avouez que c’est une représentation bien peu flatteuse. Si Milou se montre particulièrement insultant avec eux, personne n’en est pour le moins épargné. En plein milieu de la bande-dessinée, alors que Tintin fait un somme, un bandit arrive après avoir braqué une banque. Ce bandit n’est pas important dans l’histoire. Il va avoir une petite incidence mais bon, ce n’est pas un personnage fondamental. Son nom ? On s’en fiche pas mal. Sa façon de s’habiller ? Egalement. Je me demande donc pourquoi Hergé a pris la peine de lui donner un nom à consonance hispanique et de lui dessiner un accoutrement digne d’un mariachis. Certains se disent sûrement que je vais trop loin. C’est peut-être vrai, mais voilà, c’est un détail qui m’a dérangé.

Dans mes deux articles précédents sur les Aventures de Tintin j’avais déploré les situations plus abracadabrantesques les unes que les autres. Ici, Tintin trouve encore des solutions très étonnantes pour se sortir de la panade comme lorsqu’il scie la porte de la voiture pour s’échapper après son enlèvement (personnellement, je connais peu de gens qui se promènent avec une scie dans leur sac). Cependant, j’ai trouvé que ce tome mettait en scène des situations plus « rationnelles ». Tout est relatif bien sûr, mais j’ai trouvé que Tintin ne passait plus pour un sur-homme mais bien pour un jeune reporter qui a plus d’un tour dans son sac. C’est déjà plus sympathique!

De plus, j’ai encore une fois apprécié la relation qui unie Tintin et Milou. Maître et chien sont tous les deux prêts à sacrifier leur vie pour sauver celle de l’autre et, je le répète, c’est là le point fort de cette série de bande-dessinée! Pas d’histoire sans Tintin, pas d’histoire sans Milou. Lorsqu’un des deux est enlevé ou se perd, on sait que l’autre va tout faire pour le retrouver. C’est quelque chose auquel on peut se raccrocher lorsque le contexte ou l’histoire en elle-même nous déçoit un peu.

Enfin, bien que je n’ai retrouvé pas toute l’excitation de mon enfance quand j’ai relu ce tome, j’ai apprécié les dessins, les couleurs (surtout quand on se retrouve au milieu des indiens) et le style d’écriture. Les dialogues ne sont pas trop lourds, ils se lisent facilement. De plus cette BD est tout de même assez courte donc c’est une lecture très rapide.

Pour résumer, je dirais que j’aimerais beaucoup retrouver mes yeux d’enfants quand je lis une bande-dessinée de Tintin. Je ne sais pas si c’est parce que je fais des études de langue et que, par conséquent, j’analyse plus facilement ce que je lis ou si c’est simplement parce que j’ai grandi, mais je me sens parfois mal à l’aise devant certaines phrases. Si au premier abord elles semblent anodines, on se rend compte que dans le contexte, elles peuvent être insultantes… Même si cela casse un peu le mythe de mon enfance, je vais continuer les relectures des Aventures de Tintin. Qui sait ? Peut-être que l’auteur se rattrape sur les tomes suivants ?

Oh et j’ai une petite question pour vous : quel est votre tome préféré des Aventures de Tintin ?

Note : 13/20

Dites donc, vous ne savez sans doute pas que les travestis sont interdits dans la ville ? Et puis, faites attention aux autos ! Vous vous croyez sans doute au Far West !


Du même auteur :

Couverture Les aventures de Tintin, tome 01 : Tintin au pays des soviets Couverture Les aventures de Tintin, tome 02 : Tintin au congo

Riquet à la houppe – Amélie Nothomb

Résumé :

« L’art a une tendance naturelle à privilégier l’extraordinaire. » Amélie Nothomb

Mon avis :

Le jour où j’ai lu Hygiène de l’assassin, d’Amélie Nothomb, j’ai immédiatement compris que son style me plaisait. Plus que sa plume, c’est sa façon d’être qui me plait. Je la trouve réellement fascinante! C’est pourquoi dès que je le peux, je découvre un autre de ses livres. D’habitude, j’attends que maddiesbookcase en lise un, puis qu’elle me le passe  ;) Mais je ne sais pas pourquoi, cette année je me suis sentie obligée d’acheter Riquet à la houppe dès qu’il est sorti en librairie. La couverture me captivait, l’unique phrase en guise de résumé également. C’est donc toute excitée que je me suis lancée dans lecture, et comme toujours, je n’ai vraiment pas été déçue. Je me répète sûrement d’un article sur l’autre mais… bon dieu, Amélie Nothomb est un pur génie de l’écriture.

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Dans cette revisite du conte Riquet à la houppe de Charles Perrault, Amélie Nothomb nous emmène a la rencontre de deux personnages dont les noms reflètent la singularité. Commençons avec Déodat, le fils d’Honorat et d’Enide. C’est un enfant très intelligent, capable de dire des phrases entières à un âge où n’attend rien de plus qu’un « papa » ou un « maman ». Il sait lire et écrire et semble être même plus intelligent que la plupart des adultes. Cependant, ses parents redoutent grandement son entrée en CP pour une raison assez particulière… il est très laid. Le genre de laideur devant laquelle on ne peut réprimer une grimace de dégoût, le genre de laideur qui repousse les gens. Comme on s’en doute, Honorat et Enide avait raison sur le destin qui attendait leur enfant à l’école. Mais ils ne pensaient pas que cette solitude forcée développerait en Déodat un amour passionné pour les oiseaux…
Passons maintenant à Trémière, la fille de Rose et de Lierre. Elle est en fait aux antipodes de Déodat. C’est une jeune fille divinement belle mais très simple d’esprit. Cela désole ses parents à un tel point qu’ils décident de l’envoyer chez sa grand-mère, Passerose. Un amour fusionnel va naître entre cette vieille femme élégante et cette enfant. Tout comme Déodat, la jeune Trémière est sujette aux moqueries de ses camarades. Car, si la laideur repousse, la beauté est jalousée et la jeune fille connaîtra elle aussi la solitude des cours de récréation.
Si au départ on n’imagine pas une seule seconde que Déodat et Trémière puisse avoir quelque chose en commun, on se rend compte au fil des pages que leur existence est en fait intimement liée. A votre avis, quel serait le résultat d’une rencontre entre ses deux êtres que tout oppose ?

– Enfin, docteur, il est horrible.
– Vous savez, personne n’ose le dire, mais les bébés sont presque toujours laids. Je vous assure que celui-ci me fait bonne impression.

Pour être honnête avec vous, je ne connaissais absolument pas ce conte de Perrault. Je n’en avais même jamais entendu parlé! C’est en regardant La Grande Librairie que j’en ai appris les grandes lignes. Si à première vue l’histoire semble simple, il n’en faut pas moins oublier la complexité des personnages ! Et je trouve qu’Amélie Nothomb s’en est vraiment bien sortie. Comme toujours dans ses livres, je me suis pris d’affection pour ces personnages dont le profil psychique est si bien développé. J’ai beaucoup aimé Déodat, surtout quand il parle des oiseaux. Lorsqu’il évoque sa passion avec les autres, on se laisse bercer par toutes ses connaissances et par tout l’enthousiasme qu’il met dans son discours. On oublie totalement qu’il n’est « pas comme les autres ». Quant à Trémière, j’ai vraiment été touchée par la relation qu’elle entretenait avec sa grand-mère mais aussi par le fait qu’elle subissait sa beauté. Elle est si belle que les gens s’imaginent qu’elle n’a aucune intelligence. Après tout, cela se saurait si on pouvait avoir le meilleur des deux mondes! En réalité, j’ai trouvé que ce personnage était doté de qualités tout aussi admirables que l’intelligence de Déodat. J’ai donc eu un très gros coup de coeur pour les deux protagonistes de ce livre.

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En ce qui concerne l’histoire en elle-même, je ne m’attendais pas du tout à cela! Après avoir écouté le bref résumé de François Busnels dans son émission, je savais que Déodat et Trémière était amené à se rencontrer. Je pensais donc que cette fameuse rencontre se déroulerait peu après l’introduction des personnages et que nous allions suivre l’évolution de leur relation. Eh bien non! Le livre presque totalement divisé en deux. Ces deux personnages se rencontrent tardivement. En fait, on apprend un tas de chose sur chacun d’eux et on glisse lentement vers l’élément qui les amènera à se rencontrer. On les voit grandir, de l’enfance à l’adolescence, à l’âge adulte. Cela m’a vraiment gardée en haleine jusqu’à la toute dernière page. Je ne me suis pas ennuyée une seule fois et, comme toujours avec Amélie Nothomb, j’aurais bien aimé que ce livre dure encore une centaine de pages.

En équivalent langagier cela correspondait aux bigoudis des épouses d’autrefois : une fois mariée, la femme n’hésitait plus à s’exhiber devant son mari la tête couverte de petits rouleaux de plastique rose. Déodat appela ce phénomène le bigoudi verbal.

La plume de l’auteure est toujours aussi addictive. Je n’ai trouvé aucune fausse note, j’ai été captivée du début à la fin. Certains passages m’ont déclenchés de gros coups de coeur. Par exemple, après la naissance de Déodat, nous nous immisçons dans sa tête. Nous découvrons toutes les pensées qui peuplent son esprit d’enfant surdoué. J’ai trouvé cette partie vraiment fascinante et j’avais l’impression de voir ce que Déodat voyait, d’entendre ce qu’il entendait etc. C’est assez drôle puisque, étant très intelligent, il pense comme un adulte. Il se dit exactement ce que nous nous dirions si nous étions coincé dans la peau d’un bébé. En gros : pourquoi est-ce que ma mère me porte tout le temps ? Pourquoi elle me parle comme si je ne comprenais rien ? J’ai a-do-ré !
Ensuite, cela m’a surprise, mais j’ai beaucoup aimé toutes les fois où les oiseaux étaient mentionnés. Lors de son passage à La Grande Librairie, Amélie Nothomb avait tout un tas de choses sur les oiseaux et je me suis dit : c’est tellement vrai, mais en même temps il n’y a qu’elle pour penser à ces petites choses là ! Par exemple, elle avait dit que la langue française était jalouse des oiseaux. Pourquoi ? Eh bien parce qu’il suffit de regarder dans le dictionnaire pour s’apercevoir que le nom de plusieurs volatiles s’apparente à une insulte ! Il n’y a que dans notre langue que cela existe. Du coup, à chaque fois que la passion de Déodat était évoquée, j’étais vraiment intéressée. D’ailleurs, j’ai même découvert des choses sur la huppe fasciée et son histoire dans l’ancienne Egypte. Non seulement ce livre m’a fait passé un excellent moment de lecture, mais en plus il m’a fait apprendre des choses. Que demander de mieux ?
Enfin, j’ai trouvé très émouvant l’évocation du métier de Trémière. Sa relation avec sa grand-mère va bouleverser sa vie entière et elle lui rend un vibrant hommage lorsqu’elle fait son choix de carrière. C’était un très beau passage.

En bref, j’ai encore eu un coup de coeur pour un livre d’Amélie Nothomb. J’ai aimé les personnages, l’histoire en elle-même et le style d’écriture. J’ai passé un très bon moment de lecture. Je vous conseille ce livre si vous aimez Amélie Nothomb ou si tout simplement vous aimez les réécritures de conte !

Note : 20/20
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L’enfant comprit qu’il fallait ménager son père autant que sa mère : cette espèce s’extasiait pour un rien.


De la même auteure :

 Couverture La nostalgie heureuse Couverture Stupeur et tremblements

Edith Wharton – Anne Ullmo-Michel

Edith Wharton par Ullmo

Résumé :

« Voyageuse exceptionnelle, Edith Wharton (1862-1937) se souvient des mœurs compassées du « vieux New York » de son enfance. Henry James la nommait « l’ange de la dévastation » ; il l’invita à concentrer son attention critique sur un milieu qu’elle connaissait de l’intérieur et qui nourrit une oeuvre riche et variée. Le temps de l’innocence est loin des romans de la « génération perdue ». Mais il lui valut le Prix Pullitzer (1921) et compte parmi les plus beaux texte américains. Entre nostalgie et iconoclasme, Edith Wharton explore les difficultés d’un moi qui s’insurge à demi-mot contre un univers méticuleusement répressif. »

Mon avis :

Cette année, en cours de littérature, nous allons parler des romancières américaines. C’est pourquoi nous avons eu une liste de livres au début de l’année sur laquelle se trouvait Edith Wharton, la conscience entravée de Anne Ullmo-Michel. J’ai commencé par ce livre-ci car je n’avais jamais entendue parler de cette auteure et j’aime beaucoup lire des biographies (quand elles sont bien écrites, cela va sans dire). C’est donc très curieuse et studieuse (haha) que me suis lancée dans ce livre…

Pour être honnête, je n’étais pas tout à fait à l’aise en écrivant cette chronique. L’auteure de ce livre, Anne Ullmo-Michel, est maître de conférence à l’université de Lille III. C’est donc une personne qui a déjà fait ses preuves et dont le savoir est incontestable. Au début je n’osais pas trop « critiquer » puisque, après tout, je ne suis qu’une élève en deuxième année, et je serais incapable d’écrire un tel livre. Puis j’ai réfléchi et je me suis dit que si ma chronique ne reflétait pas honnêtement mon ressenti sur ma lecture, elle n’avait pas lieu d’être. Voici donc tout ce que ce livre m’a inspiré.

Si l’introduction a répondu à mes attentes, dans le sens où on apprend des choses sur la vie d’Edith Wharton, la suite m’a un peu déconcertée. Le problème n’est pas que ça n’a m’a pas plu, au contraire j’ai trouvé cela très intéressant, mais je pensais vraiment que j’allais lire une biographie. L’histoire de sa vie, de son enfance à sa mort, en passant par son mariage avec Teddy ou son amitié avec Henry James… Mais ce n’était pas du tout le cas. En effet, Anne Ullmo-Michel nous présente ici une étude de l’oeuvre de cette auteure américaine. Certains aspects de sa vie sont évoqués lorsqu’ils sont nécessaires à la compréhension de son oeuvre, mais cela ne va pas plus loin. Il faut attendre la très courte chronologie en fin de livre pour apprendre qu’elle avait deux frères aînés par exemple. J’ai trouvé ça un peu dommage. Si les éléments apportés par l’auteure m’ont intéressés, j’aurais préféré que ce livre soit plus exhaustif. Quitte à faire connaissance avec cette romancière, autant le faire complètement. J’aurai aimé par exemple un livre qui nous parle des événements marquants de sa vie tout en étudiant leur retentissement sur ses écrits.

Elle y évoque sa « faim », ses « privations », son « appétit dévorant » pour tout ce qui se lit et la frénésie avec laquelle elle engloutit indifféremment sermons et poèmes, romans et ouvrages métaphysiques, en anglais, en français ou en allemand le tout exhumé de la bibliothèque d’un père qui se contentait de les accumuler par devoir de caste.

Sur le moment j’ai donc été déçue, mais ce livre ne m’a pas déplu pour autant! Il est vraiment très intéressant et j’ai appris tout un tas de choses sur les œuvres complexes d’Edith Wharton. Il y a beaucoup de subtilités dans ses écrits, beaucoup d’éléments que je n’aurais même pas remarqué si je ne les avais pas étudié dans ce livre. Ici, l’auteure Anne Ullmo-Michel divise son analyse en quatre parties. La première se concentre sur la critique des Nouveaux Riches dans les œuvres d’Edith Wharton, la seconde aborde le sujet du « ballet des apparences » en évoquant notamment les représentations théâtrales et l’art pictural. Le troisième chapitre est une étude approfondie du langage (et surtout des silences) utilisé dans les récits de la romancière américaine. Quant à la quatrième et dernière partie, elle nous fait découvrir les influences et inspirations d’Edith Wharton au travers du personnage de Vance Weston.

La guerre produit sur Edith Wharton un choc tout aussi dévastateur et d’autant plus irréversible que les amis de toujours meurent les uns après les autres, laissant plus évidente encore la béance d’un monde disparu. Si les ruines sont, dans le cas de la terre américaine, essentiellement métaphoriques, elles servent néanmoins de point de départ à Edith Wharton pour l’écriture de ses derniers romans.

Je ne sais pas si un des chapitres m’a intéressé plus qu’un autre. Ils apportent tous des éléments nouveaux qui permettent de rester concentré sur notre lecture. Cependant, le procédé utilisé par l’auteur qui a réussi à capter toute mon attention est l’utilisation des personnages crées par Edith Wharton. Les œuvres de cette dernière sont pleines de nuances imperceptibles, mais que dire alors de ses personnages !? Je n’ai encore jamais lu un seul de ses romans, mais au travers de ce livre, j’ai compris qu’il ne fallait pas se fier aux apparences et analyser les différents personnages qui peuplent ces récits. Ce que j’ai appris de ces protagonistes m’a réellement intéressée, ils sont captivants par leur complexité. De plus, le fait qu’ils connaissent tous, ou presque, un destin tragique ne peut les rendre qu’attachants. Cela m’a donné l’envie de découvrir Ethan Frome, Charity Royall et tous ces personnages emplis de souffrances qui ne peuvent rien contre la fatalité. D’après ce que j’ai compris, Edith Wharton n’a pas eu une vie des plus heureuses. Elle n’aimait pas sa mère, son mari avait des crises de folies, sa liaison avec son amant a pris fin brutalement, elle était sujette à la dépression… Bref, c’est le genre de personne qui externalise sa souffrance en la couchant sur papier, et, c’est triste à dire, mais ce sont souvent ces auteurs qui produisent les plus belles merveilles. J’ai vraiment hâte de lire une de ses œuvres.

Vous l’aurez compris, ce livre m’a globalement plus. En revanche, il y a quelques éléments qui m’ont parfois dérangés. Tout d’abord, si la plume de l’auteur a su rester fluide la plupart du temps, il est arrivé quelque fois que les phrases soient très longues et cela ne facilite pas la compréhension de notions qui peuvent être complexes. Etant donné que ce livre va m’être utile pour la fac, j’ai pris des notes et parfois le flot d’informations dans une seule phrase était tellement dense que je ne savais plus ce que je devais noter… Ensuite, j’ai trouvé regrettable le fait que les citations tirés des livres ne soient pas en langue anglaise. Après tout, j’imagine que ce livre se destine particulièrement aux étudiants en langues étrangères, puisqu’il s’agit d’une étude de l’oeuvre d’Edith Wharton plutôt que d’une vraie biographie. Logiquement, nous devrions donc être à même de comprendre et de pouvoir traduire ces citations nous-mêmes. Cela pourrait même contribuer à l’enrichissement de notre vocabulaire. Pourquoi, par exemple, ne pas avoir mis les citations en anglais avec la traduction dans une note en bas de page ? J’ai trouvé deux citations particulièrement intéressantes et j’ai donc du me débrouiller pour les trouver en version originale sans devoir acheter et lire le livre en intégralité. C’est dommage d’avoir perdu du temps comme ça. Enfin, je n’ai pas vraiment apprécié cette manie qu’a l’auteure de transformer des noms propres en adjectifs, comme dans « une héroïne balzacienne » et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, je ne trouve pas ça particulièrement esthétique ni très gratifiant. Bon, pour être plus franche je trouve ça très moche et je tiquais à chaque fois que mon regard croisait un de ces adjectifs! Non sérieusement, je n’avais jamais vu les mots « proustienne » ou « hawthornien » auparavant, et c’était mieux comme ça ! Mais bref, ce n’est pas très justifié comme remarque haha. Mon principal souci avec ces adjectifs, c’est que l’auteur s’en contentait. C’est-à-dire que le lecteur se trouve face aux expressions « héroïne balzacienne », « réminiscence proustienne », « narrateur hawthornien » sans plus d’explications. A la limite la réminiscence proustienne, tout le monde voit à peu près ce que c’est. Mais pour les autres références, je ne les maîtrise pas assez pour comprendre exactement ce qu’Anne Ullmo-Michel veut dire. Je devais donc rechercher des informations complémentaires, sans me perdre dans des divagations et en n’oubliant pas les rapports avec les personnages d’Edith Wharton. C’était une gymnastique cérébrale qui, par moment, était un peu trop compliquée pour mon petit cerveau.

Rares sont les créateurs épanouis dans les œuvres de Wharton, comme si l’artiste se devait d’être, sinon torturé, du moins caché et subir les brimades que lui impose bien volontiers un univers fondamentalement hostile à la différence.

En résumé, j’ai apprécié ce livre puisqu’il m’a emmené à la découverte d’une auteure dont je ne connaissais rien. J’ai également trouvé certaines phrases très percutantes, elles me seront utiles (je l’espère) lors de mes examens. En revanche, quelques détails m’ont un peu dérangés comme les citations traduites en français. Je regrette également de ne pas en avoir appris plus sur la vie d’Edith Wharton. Je vous conseille cette lecture si vous êtes étudiants en anglais ou si vous êtes vraiment passionnés de littérature. Cependant, si l’analyse du style d’un auteur ne vous intéresse pas, passez votre chemin!

Note : 15/20

La solitude et le silence font partie intégrante des fictions de Wharton comme ils ont peuplé une jeunesse seulement sauvée du néant affectif par une nourrice choyée et une passion dévorante pour les livres.

Deux dans Berlin – Richard Birkefeld & Göran Hachmeister

Couverture Deux dans Berlin

Résumé :

« Hiver 1944. Dans un hôpital militaire, Hans-Wilhelm Kalterer, un ancien des services de renseignements de la SS, se remet d’une blessure par balle. Il sait que la guerre est perdue et qu’il doit se racheter une conscience. Il rejoint la police criminelle de Berlin où il est chargé d’enquêter sur le meurtre d’un haut dignitaire nazi. Dans le même temps, Ruprecht Haas s’évade de Buchenwald à la faveur d’un raid aérien et regagne la capitale pour retrouver les siens, bien décidé à se venger de ceux qui l’ont dénoncé. Tandis que Berlin agonise au rythme des bombardements alliés et de l’avancée inéluctable des troupes soviétiques, une chasse à l’homme sans merci s’engage. Car, de ces deux hommes au milieu du chaos, un seul doit survivre. »

Mon avis :

Malgré ma passion pour l’Histoire, il me semble que je n’ai jamais chroniqué de livres traitant de la seconde guerre mondiale ou se déroulant pendant celle-ci. Pourtant je trouve que cette période est l’une des plus intéressantes de l’Histoire moderne car elle nous montre ce dont sont capables les Hommes dans les heures les plus sombres. Le livre Deux dans Berlin de Richard Birkefeld et Göran Hachmeister aborde justement cette problématique et c’est ce qui m’a donné envie de le lire.

Ruprecht Haas et Hans-Wilhelm Kalterer sont deux êtres que tout oppose. Le premier est un ancien commerçant détenu à Buchenwald pour avoir été trop bavard lors d’une soirée entre amis, le second est un ancien policier ayant intégré l’armée d’Hitler pour monter en grade. Les événements de l’hiver 1944 vont cependant rapprocher ces deux hommes en les menant tout droit vers Berlin. Tandis que l’un profite d’un raid aérien allié sur le camp pour s’échapper, l’autre est blessé au combat et est donc rapatrié dans un hôpital militaire de la capitale. L’histoire entière est basée sur un parallèle entre la vie de ces deux protagonistes au cœur de Berlin à la fin de cette guerre mondiale. Pendant que Ruprecht Haas arpente la ville dans le but de venger son internement à Buchenwald, le Sturmbannführer Kalterer se voit confier une mission de police qui consiste à résoudre un meurtre. Sous le feu des bombes alliées, Haas et Kalterer vont continuer coûte que coûte leur quête de vérité qui les mènera rapidement à se rencontrer. Les rancœurs personnelles, l’ambiance délétère de cette fin de guerre et les raids aériens permanents vont pousser ces deux hommes dans leurs derniers retranchements. A l’heure où le Reich allemand vit ses derniers instants, il n’est plus question de vivre mais de survivre à cette fin de guerre dont on ne sait pas si l’on sortira indemne…

Au camp, il avait misé sur la haine, une rage qui devenait de plus en plus indéfectible et sauvage à chaque nouveau coup du sort.  […] Il était certes seul et à bout – mais pas face au néant. Il la sentait, au fond de la gorge, cette fureur indescriptible, il la sentait monter, elle cherchait une issue.

Ma maman a lu ce livre. Elle en parlait comme d’un chef d’oeuvre. Mon papa n’a donc pas résisté et l’a lu à son tour. Lui aussi et l’a beaucoup aimé et ils en parlaient souvent. J’ai donc moi aussi craqué et je me suis lancée dans cette histoire en espérant lire l’un des plus beaux livres de ma vie. Et là, boum, je n’accroche pas. J’avoue que j’ai eu du mal avec les deux ou trois premiers chapitres. On ne connait pas encore les personnages ni leurs histoires, on est projeté en Allemagne en 1944 en connaissant certes le contexte historique mais sans savoir les particularités liés à ces deux personnages. Evidemment, vu qu’on a deux histoires parallèles, les chapitres concernent alternativement Haas et Kalterer. Seulement ce n’est pas toujours clair dans les tous premiers chapitres et je me suis un peu embrouillée… Mais cette petite déception a très vite été effacée par la suite du livre.

Vous ne pouvez tout de même pas faire la guerre à tout un pays et prétendre en même temps que ceux qui se défendent ont tort.

En effet, une fois qu’on a fait connaissance avec les personnages, on s’attache très vite à eux et à leurs histoires. Comment ne pas ressentir de la compassion pour Ruprecht Haas, cet homme qui, parce qu’il a dit à voix haute ce que tout le monde pense tout bas, s’est fait emprisonné puis déporté dans un des camps de la mort d’Hitler ? Lorsqu’il réussit miraculeusement à s’échapper du camp, on pourrait croire que le pire est derrière lui, mais c’est loin d’être le cas. Il va devoir surmonter d’autres épreuves qui vont réellement affecter sa santé mentale. Qui ne deviendrait pas fou dans ces circonstances, après tout ? Quant à Kalterer, il a beau être un soldat allemand qui a traversé l’Europe entière pour imposer la puissance allemande, on arrive à l’apprécier… Enfin, on a plutôt de la pitié pour lui. Il sait que la guerre est sur le point de se terminer et que le Reich n’en sortira pas vainqueur. Il sait que les Alliés ne feront pas de cadeaux à tous ces soldats qui ont tués tant d’innocents. Mais il sait également qu’il ne peut pas déserter, il ne peut pas quitter sont poste. Bref, de tous les côtés sa vie est menacée et cela va le pousser à se remettre fortement en question. Il va repenser à toutes les choses qu’il a pu faire pendant la guerre, quand il « obéissait aux ordres ». Il se dit également qu’enquêter et traquer un assassin le fait revenir à sa vie d’avant-guerre, quand il était un policier qui cherchait uniquement à maintenir l’ordre et la sécurité dans la ville. Donc Kalterer reste tout de même un personnage attachant.

En fait, dans ce livre, on découvre un peu l’envers du décor. En tant que français, on voit les allemands de cette époque comme « les méchants », mais il ne faut pas oublier qu’ils n’étaient pas tous des soldats et que la population civile a autant voire plus souffert que les habitants des pays occupés. C’était donc très intéressant de vivre la fin de la seconde guerre mondiale d’un point de vue allemand. De plus, l’histoire des deux protagonistes est très poussée, mais les auteurs n’en ont pas pour autant oublié le contexte : les raids aériens, les tickets de rationnement, les travaux forcés… Ce sont tous ces détails qui rendent le livre vraiment vivant. Lire ce roman c’est littéralement plonger dans l’Allemagne de 1944, c’est vivre les bombardements au côté des habitants, retenir son souffle à chaque signal d’alarme, avoir la peur au ventre dès qu’un soldat du Reich procède à un contrôle d’identité, pleurer la mort de victimes innocentes… Quand j’ouvrais ce livre, j’avais réellement l’impression de m’imprégner de cette ambiance, j’étais dans un autre monde. D’ailleurs, quand je commençais à lire j’avais du mal à m’arrêter. L’histoire est tellement passionnante, il y a tellement de rebondissements que je voulais absolument connaître la suite. Les deux auteurs sont vraiment talentueux. Ils arrivent à nous immerger totalement dans le livre, dans cette ambiance tendue de fin de guerre tout en gardant un style d’écriture fluide. Je n’ai trouvé aucune longueur dans ce roman, je ne me suis jamais ennuyée. Je lirais sans aucuns doutes d’autres de leurs œuvres.

Tu crois vraiment qu’après tout ce qui s’est passé, il suffit de travailler dans une fabrique de savon pour avoir les mains propres ? Tu crois ça, vraiment ? Qu’il suffit de dire : tout ce que j’ai fait, c’était de la merde, mais c’est terminé, je vais refaire un travail correct, et tout sera pardonné, et oublié ? Tu crois vraiment que ça marche comme ça ?

Quant à la fin du roman, elle m’a bouleversé. Je ne spoilerais rien bien sûr. Tout ce que je peux vous dire c’est qu’on a la réponse à toute nos questions, il ne subsiste aucun doute. Je ne pourrais pas dire que la fin m’a « satisfaite » étant donné ce qu’il se passe, mais je peux dire que c’est une vraie fin. La boucle est bouclée, on ne se demande pas ce que devient tel ou tel personnage puisqu’on a la réponse dans l’épilogue.

On ne naît pas victime, on le devient, selon les circonstances, suivant l’époque.

En résumé, si j’ai émis quelques réserves au début elles se sont vite estompées et je me suis laissé emporter dans cette histoire qui a sur me garder en haleine jusqu’à la fin. La plume des auteurs est parfaitement fluide et nous entraîne dans les heures les plus sombres qu’a connu l’Europe du vingtième siècle, en compagnie de deux protagonistes attachants.

Note : 19/20
VE Day: May 8, 1945 - The War Ends In Europe ““Throughout the world throngs of people hail the end of the war in Europe. It is five years and more since Hitler marched into Poland. Years full of suffering, and death, and sacrifice. Now the war...

Le vent avait tourné. C’en était fini de la douceur aryenne pour les camarades du peuple. On leur présentait l’addition pour toutes les horreurs commises en leur nom. Ils ressentaient à présent dans leur propre chair ce qu’était un pays en proie à la guerre totale. Il n’avait plus rien de commun avec l’Allemagne, avec un commerçant du nom de Ruprecht Haas. Il avait déjà payé, et il avait tout perdu.

La Soledad – Natalio Grueso

Couverture La soledad

Résumé :

« Bruno Labastide est venu s’installer à Venise, dans le quartier de Dorsoduro, au terme d’une vie bien remplie durant laquelle il n’a cessé de parcourir le monde. Cela fait bien un an qu’il y réside, lorsqu’un jour, il voit une jeune Japonaise d’une beauté stupéfiante passer devant le café où il a ses habitudes. C’est le coup de foudre. Mais cette dernière, Keiko, ne lui concédera une nuit d’amour que s’il parvient à l’émouvoir avec un poème ou une histoire… Mais par laquelle commencer ? »

Mon avis :

Je tiens tout d’abord à remercier Babelio et les éditions Presses de la Cité qui m’ont envoyé ce livre dans le cadre d’une masse critique privilégiée. Je ne sais pas si j’aurai acheté ce livre, en tombant dessus par hasard dans une librairie. La couverture ne donne aucun indice sur ce que l’on va trouver à l’intérieur. De plus, je n’ai pas l’habitude de lire des œuvres d’auteurs hispaniques. Sans cette masse critique, je serais sûrement passée à côté de ce magnifique chef d’oeuvre.

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Ce livre n’est pas banal. Il ne raconte pas une mais plusieurs histoires. Ces récits sont en fait rédigés par Bruno Labastide dans le but de charmer Keiko, une jeune japonaise aux yeux couleur miel. Cette jeune femme s’offre toutes les nuits à une personne différente, celle qui aura su la séduire par les mots. Elle reçoit de nombreuses lettres chaque jour et en choisit une. Le rêve de Bruno est d’écrire l’histoire parfaite, celle qui fera chavirer le coeur de la jolie Keiko. Ce livre regroupe donc ses diverses tentatives. Les récits sont variés, ils se déroulent en Argentine, en Suisse, ont pour protagoniste un commentateur sportif, un serveur, un prescripteur de livres ou un chasseur de rêve. Mais il existe bien un point commun entre toutes ces histoires : elles sont très touchantes. Bruno tente de toucher la corde sensible de la jeune femme et ses tentatives ne resteront peut-être pas vaines, qui sait ?

Vient le moment où la solitude est si profonde qu’elle t’imbibe les os et te pénètre comme l’humidité des ruelles de la Sérénissime dans la rosée d’un petit matin de janvier, un froid atroce qui te dévore les entrailles, paralyse ta parole et t’engourdit les doigts. Un froid misérable qui t’empêche de respirer et transforme ton visage  celui d’un clown pathétique qui pleure sans cesse, des larmes qui deviennent glace, des cils qui ne sont plus que givre. Et l’âme qui grince, comme la membrure d’un galion qui coule dans la tempête. Et l’angoisse qui t’étouffe.

J’ai été époustouflée par ce livre. Dès la première phrase. L’auteur a vraiment une plume unique qui, bien que légère et fluide, nous fait passer par des tas d’émotions intenses. J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai angoissé. Bref, j’ai ressenti des émotions qui semblaient tellement réelles que seul le fait de tourner les pages pouvait me rappeler que je lisais et que la scène ne se déroulait pas sous mes yeux. Quand on se dit que c’est seulement le premier roman de cet auteur, on ne peut qu’affirmer que Natalio Grueso est un prodige de la littérature. Il y a tellement de citations que j’aurai voulu partager avec vous, mais cela vous aurait dévoilé la nature de toutes ces histoires!

Sa foi en l’homme, une foi qu’à vrai dire il n’avait jamais éprouvée, se dissolvait comme un morceau de sucre dans du café.

D’ailleurs, parlons en de ces histoires. Si après avoir refermé ce livre je peux dire haut et fort que je les ai trouvé magnifique, j’avoue qu’au début j’étais un peu déconcertée. Nous venions de faire la connaissance de Bruno et de Keiko et soudainement, nous étions parti à la découverte du « Prescripteur » en Argentine. Je me suis dit qu’après ce récit, nous aurions les impressions de Keiko. Mais non, nous étions reparti pour un second récit. Puis un troisième. Puis encore un autre, etc etc. Au début je ne comprenais pas trop où cela allait nous mener, je me demandais même si nous allions revoir Keiko et Bruno! Mais j’ai ensuite compris que les récits montaient en intensité. Chacun était plus touchant ou plus intéressant que le précédent. On assiste en fait au développement de la plume de Bruno et on attend uniquement qu’il écrive LE recit qui séduira Keiko bien que nous, lecteurs, avons été séduits il y a déjà bon nombre de pages! Je pensais que ce livre était décousu mais je me suis trompée et j’ai vite regretté mes appréhensions du début!

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Je ne saurais pas dire quelle histoire j’ai préférée. Les deux dernières m’ont particulièrement touchée pourtant elles ne se ressemblent pas du tout. L’avant-dernière essaie de nous montrer tout ce qu’il y a de bon en ce monde et j’avoue que le coup de l’étui à cigarette m’a fait verser ma petite larme! Quant à la dernière, elle résonne particulièrement avec l’actualité et je me demande qui ne pourrait pas être touché par cette histoire, qui n’aurait pas envie de pleurer en la lisant.
Ces deux histoires m’ont obligé à sortir mes mouchoirs et sont donc sûrement celles qui m’ont fait ressentir les plus vives émotions. Mais les autres histoires ne sont pas moins bien pour autant. Elles sont différentes, sûrement un peu plus joyeuse (quoique). Celle du prescripteur m’a vraiment intéressée car le personnage principal, Horatio, est vraiment intrigant. Oh, et pendant que je vous écris cette chronique, l’histoire de Ricardo me revient en tête. Celle-ci aussi est particulièrement émouvante (de toute façon, dès qu’on aborde le sujet des grands-parents, je deviens ultra-sensible!). Vous voyez donc à quel point c’est dur de choisir le plus beau récit de Bruno. Ils ont tous un petit quelque chose.

La simple idée d’un personnage mystérieux qui va de village en village et arpente la montagne pour faire le bien, en cherchant des personnes tristes ou fatiguées et des pauvres maltraités par la vie afin de réaliser l’un de leurs rêves, même un seul, me semblait receler une merveilleuse justice poétique. Et si un tel personnage existait, je voulais le rencontrer.

Quant à la fin de ce livre, elle est très prévisible. En même temps, si ce livre s’était terminé d’une autre façon je pense que j’aurai été vraiment très déçue!
En fait ce livre est assez étrange en lui-même puisque nous avons deux personnages principaux, Bruno et Keiko, et nous ne savons à peu près rien d’eux (on ne connaît pas le vrai du faux dans les histoires de Bruno). Cependant ce n’est absolument pas dérangeant. J’ai trouvé ça un peu déroutant au début mais j’ai réalisé que si nous ne savions rien sur Bruno et Keiko c’est parce qu’eux mêmes ne savent rien l’un de l’autre. Ce n’est qu’au travers des différentes histoires qu’ils vont apprendre à se connaître.

Ce qui rend les êtres humains profondément malheureux, c’est la capacité absurde qu’ils ont à anticiper leurs souffrances ; nous nous inquiétons de notre avenir alors que nous ne sommes même pas sûrs qu’il nous reste quelques heures à vivre.

Je ne suis pas une spécialiste de la « morale », je veux dire que je ne suis pas la plus douée pour trouver le message caché d’un auteur au travers de son livre. En revanche, cette fois-ci, j’ai eu l’impression que tout ce livre avait pour seul et unique but de nous faire aimer la vie. Dit comme ça, c’est niais, mais pourtant c’est vrai. Du moins, c’est ce que je retiendrais de ce livre.

En bref, ce livre est une pépite de cette rentrée littéraire 2016. Il nous fait passer pas une dense palette d’émotions et on ne peut pas sortir indemne de cette lecture, j’en suis certaine. Les nombreux récits enchâssés associés au style d’écriture totalement addictif de l’auteur nous font passer un agréable moment loin de la réalité.
Si je ne mets pas 20/20, c’est uniquement à cause des doutes que j’ai eu au début. S’ils se sont vite effacés, ils m’ont tout de même empêché de profiter pleinement des premières pages.

Note : 19/20
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Si, dans l’implacable loterie des vertus, la nature avait été généreuse avec toi, si elle t’avait béni en t’accordant la beauté et la grâce ou bien condamné à cette terrible peine qu’est la vulgarité, cela importait peu. En ce lieu, seuls comptaient les mots, le vers écrit, le sentiment épanché sur le papier.